« ERNEST-ANTOINE SEILLIERE, LE RETOUR... DANS LA CONTINUITE VIA L'UNICE | Page d'accueil | FRANCE: MONSIEUR ET MADAME PQR ONT LE PLAISIR DE VOUS FAIRE PART DE LA CANDIDATURE OFFICIELLE DE NICOLAS SARKOZY »

mercredi, 29 novembre 2006

AUTOMNE ET RA’UP MACGEE SECOUENT LE PETIT MONDE TRANQUILLE DU CINEMA TRANSATLANTIQUE


Visionner l'intégralité du film en exclusivité sur GoogleVideo

 

Automne (ou Autumn, pour la version anglaise) est sans doute l’événement cinématographique du moment. Non pas tant en raison de son scénario, ni de son réalisateur ou de ses acteurs mais parce que ce long métrage de Ra’up McGee sort des circuits de distribution officiels. Ici, nulle salle obscure. Ne cherchez pas à le voir dans un quelconque complexe cinématographique. Non, c’est sur le web qu’Automne prend son envol, visible gratuitement avant son lancement en DVD. Un choix qui interpelle, qui amène inévitablement un nombre non-exhaustif de questions, dont celle – première – de la rentabilité financière.


Les Internautes qui se sont déjà pris au jeu pousseront-ils l’expérience plus loin. Iront-ils jusqu’à acheter le DVD? Si oui, cette brèche pourrait sans doute donner de nouvelles ailes au cinéma d’auteur. Permettre à certains cinéastes, peu courtisés des grands studios de sortir leur travail de l’ombre. A voir. Mais là semble être le pari fait par Ra'up McGee, diplômé en études cinématographiques de l'Université Loyola Marymount, de Los Angeles et jusque-là documentariste. Deuxième gageur d’Automne, le film fait non pas appel à des acteurs américains comme la logique aurait pu le laisser supposer, mais à des Européens et Français en particulier, même si Ra’up McGee prévient qu’«Automne n'est ni français, ni américain, mais entre les deux. Tout comme les films français des années 1960 ont emprunté aux films américains des années 1940, je m'inspire de certains éléments forts du cinéma français, en essayant d'éviter l'écueil de la répétition.»

Au final, une histoire sombre et stylisée du métier de tueur à gage. Un film noir et subtil à l’ambiance empruntée aux polars français des années cinquante. «Automne est une histoire d'amour entre deux âmes soeurs unies depuis l'enfance par un lien qui transcende la brutalité de leur existence urbaine, explique l’homme. Chaque personnage recherche l'amour ou le pouvoir, pendant qu'une tempête de mélancolie le fait basculer du bord de la réalité vers quelque chose de plus fort. Bien que l'époque soit actuelle, j'ai essayé de donner à Automne une qualité intemporelle. Situé dans un lieu qui n'existe plus - ou n'a peut-être jamais existé - Automne se déroule dans un monde à lui : une atmosphère créée sur la riche toile de fond de Paris, qui se déploie méthodiquement comme un poème. Automne met moins l'accent sur le récit qu'il ne permet aux forces, aux espoirs et aux craintes des personnages d'apparaître au grand jour grâce à des interactions révélatrices. L'un après l'autre, chaque personnage est forcé de faire face à sa propre solitude intérieure. Ils sont finalement poussés à l'extrême, ce qui ne peut que déboucher sur une violence désespérée.»

Le résultat est à classer dans le cinéma d’auteur, intimiste, loin des blockbusters américains. Mais la réussite est réelle, pour peu qu’on se laisse transporter le premier quart d’heure. Car l’effort fait, on se prend au jeu. On se laisse entraîner dans une histoire dont le flou se dissipe progressivement. En une phrase, le scénario fonctionne, aidé par un jeu d’acteurs convaincant et d’une rare et belle sobriété.

Etrange aventure donc que celle de ce film qui n’aurait pourtant jamais dû voir le jour, raillé, disqualifié par nombre de maisons de production nord-américaines ou françaises. «J'avais un script, que j'ai commencé à montrer à des producteurs à Los Angeles, revient Ra’up MacGee. Personne ne m'a pris au sérieux : faire un premier long métrage en France et en français, pensez donc ! Frustré, j'ai décidé de passer à l'acte. J'ai quitté ma maison de Los Angeles, mis toutes mes affaires au garde-meubles et suis parti pour Paris. Ne parlant pas un mot de la langue, je me suis inscrit à des cours de français et ai commencé à me renseigner sur les 700 sociétés de production de Paris. Par élimination, j'en ai réduit la liste à 200, que j'ai entrepris d'appeler ‘à froid’. Dieu sait pourquoi, je m'étais imaginé que ce serait simple : avec un bon script et des idées bien arrêtées sur la façon de faire le film, je ne pouvais qu'être accueilli avec intérêt. Six années de contacts et d'entretiens avec les 200 sociétés allaient me ramener à la réalité. Vers la cinquième année, après plusieurs voyages aux Etats-Unis pour travailler et dormir sur les canapés d'amis, j'ai conclu que la manière française de faire du cinéma ne me convenait pas. J'ai alors décidé de produire le film moi-même. La première chose à faire était d'attirer des acteurs.»

«J'avais toujours pensé à Irène Jacob en écrivant le scénario. Les films de Kieslowski m'avaient marqué dans ma façon de voir et de concevoir le cinéma. Après plusieurs appels à son agent de Paris ­ restés sans réponse ­ j'ai été mis en rapport avec son agent à Los Angelès par un ami. Le film est-il en anglais ou en français, a-t-elle demandé. En français, ai-je répondu. Elle a ri et m'a dit qu'elle ne connaissait pas un mot de français, mais qu'elle transmettrait le script à Irène. A l'époque, Irène jouait au théâtre à Londres. J'ai donc prévu d'aller voir sa pièce deux semaines plus tard. Cinq minutes avant d'aller prendre mon avion pour Londres, le téléphone sonne. C'est Irène : elle a lu le scénario, il lui a plu, pouvons-nous nous rencontrer ? Pour avoir une idée de la génération actuelle d'acteurs français, j'ai vu autant de films français que possible. Il y en avait un en particulier, Quelque chose d'organique de Bertrand Bonello, un film à petit budget tourné au Québec, avec Laurent Lucas dans le premier rôle. Dès la première scène, j'ai compris que je tenais ma vedette masculine. Il assistait à l'avant-première, et je suis allé lui parler. Le seul problème était que je ne parlais pas français, et lui, pas anglais. Le lendemain, son agent m'a donné son numéro de téléphone. Laurent m'a invité chez lui et nous avons passé quatre heures assise par terre, avec une de ses amies Canadienne-française assise entre nous, servant d'interprète. Je lui ai dit qu'il fallait absolument qu'il soit la vedette de mon film, et que je n'enverrais le script à personne d'autre. Plus tard, alors que Harry, un ami qui vous veut du bien l'avait rendu plus célèbre, je me suis demandé s'il accepterait toujours de tourner mon film. Lorsque je l'ai appelé, il m'a demandé quand nous commencerions le tournage.

Ayant mes deux vedettes, toutes deux des valeurs connues sur le marché, j'ai pensé qu'il serait plus facile de trouver un producteur français. Après avoir essuyé 20 ou 30 refus supplémentaires, de la part de producteurs établis ou nouveaux, j'ai décidé d'écrire un « business plan » moi-même. Je me suis plongé dans des ouvrages spécialisés, et j'ai posé des questions pointues à des gens qui connaissaient le métier. J'ai ensuite parcouru le globe, jusqu'à Singapour, pour voir une banque d'investissement, en pure perte. Finalement, j'ai fait la connaissance de quelqu'un qui s'intéressait aux gens et à leur potentiel, et qui a transformé mon attitude vis-à-vis de la prise de risque et du passage de la parole à l'acte. Changeant mon fusil d'épaule, j'ai dit à tout le monde que j'allais de l'avant, même s'il fallait le faire à coup de cartes de crédit. J'ai vu alors combien l'action concrète pouvait gagner l'adhésion»

«J'ai tourné avec une équipe entièrement française, sauf pour Erin Harvey, le directeur de la photographie. Erin avait tourné mes deux longs métrages documentaires. Automne lui servant d'excuse commode, il a réalisé son rêve, d'acheter une caméra Aaton Super-16mm. Erin est le talent en personne pour l'éclairage et le cadrage, et il travaille aussi vite et bien qu'il le faut pour mettre au point une prise de vue. Nous ne disposions que de peu de temps et d'argent : il a fait des miracles et m'a déchargé de bien des soucis pour que je puisse me consacrer au travail avec les acteurs. Les vedettes étant choisies, j'ai complété ma distribution avec des acteurs que j'avais eu l'occasion d'admirer ou qui m'ont été suggérés par des amis. J'ai vu Michel Aumont ­ peut-être l'un des plus grands acteurs de théâtre de tous les temps ­ dans une pièce, et j'ai été complètement ébloui par sa gamme d'émotions. Nous nous sommes vus brièvement, après la pièce, dans la rue, et il ne m'a posé qu'une seule question : ‘Vous pensez que je peux jouer ce rôle ?’. J'ai dit oui, il l'a accepté.»

«Au départ, j'avais vu Clotilde Coureau pour le rôle de Véronique. Mais elle a épousé le prince de Savoie et est tombée enceinte. Longues séances de casting à la recherche d'une remplaçante. Et puis, ma directrice de production, Marianne Germain, a vu Depuis qu'Otar est parti, un petit film tourné en république de Géorgie. Elle a été si impressionnée par Dinara Droukarova qu'elle a appelé son agent sans même m'en parler, et nous a organisé un rendez-vous. L'énergie et une sorte de légèreté de Dinara se sont révélés être un grand atout du film. L'épaisseur, la densité de Jean-Claude Dreyfus en sont un autre. Ayant vu Delicatessen, je savais qu'il ne reculait pas devant la prise de risque.»

«Le tournage a été long et froid, mais pour un film intitulé Automne, nous avons eu la malchance de tomber sur la seule année où les feuilles n'ont pas changé de couleurŠ. Pour un film sombre et froid, nous semblons aussi avoir eu un nombre disproportionné de journées radieuses pendant le tournage. Tourner avec l'équipe française a été un vrai plaisir. Nous avons réussi à tourner pendant 50 jours dans toutes sortes d'endroits en France. La post-production est allée vite. Nous avons pu profiter de la technologie moderne de ‘color timing’, et utiliser le procédé Digital Intermediate chez Cinesite/Laser Pacific et la sonorisation en DTS 5.1 chez Sony. Maintenant que le film est terminé, je vois bien que tout a été une subtile harmonie de chance, de talent et de détermination. J'ai été obligé de me charger de beaucoup de tâches en pré-production, pendant le tournage et en post-production, mais j'y ai appris à faire un film en essayant des choses, en posant les bonnes questions, et en me fiant à mon instinct.»

L’instinct de Ra’up McGee aura pour le coup été payant. Sélectionné au Festival du film international de Toronto, prix du meilleur réalisateur et de la meilleure photographie du Festival du film de Newport Beach, Automne a déjà été vu par 440.000 Internautes. Reste la question de départ : pour quelle rentabilité ? L’instinct du réalisateur-producteur sera-t-il payant jusqu’au bout ? Seul l’avenir le dira. Mais ces derniers mois, quelque chose est venu bousculer les certitudes des grandes majors cinématographiques. Aux personnes séduites par le film et l’aventure de faire le reste. De donner raison à McGee : croire que, de la même façon que de nouveaux médias se sont développés sur la Toile, un nouveau cinéma peut y faire son nid. Casser une certaine uniformisation des styles et de la pensée. C’est là tout le mal que l’on souhaite à Automne. En attendant, bon film.

Christophe Nonnenmacher est journaliste
 
 
Site web de Automne 
 
Se procurer le DVD du film 
 
L'interview de Jean-Claude Dreyfus par Jérôme Bouteiller 

Trackbacks

Automne : Rencontre avec Jean-Claude Dreyfus

Rencontre improvisée avec Jean-Claude Dreyfuss, acteur dans le film "Automne" de Ra'up McGee, diffusé en exclusivité sur Google Video. Désolé pour le son de mauvaise qualité, c'est filmé avec un modeste appareil photo :-)

Trackback par : jbouteiller.net | mercredi, 29 novembre 2006

Ecrire un commentaire