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mardi, 12 décembre 2006
FAUT-IL GELER LES NEGOCIATIONS D’ADHESION AVEC LA TURQUIE ?
Faut-il interrompre – ou plutôt geler – les négociations d’adhésion avec la Turquie ? La question sera au cœur du prochain Conseil européen, et elle est pour le moins compliquée. La Turquie persiste, depuis 1974, à refuser de reconnaître Chypre, et n’accepte pas d’avancer tant que l’Union ne mettra pas fin aux soutiens économiques frappant la « République » turque de Chypre du Nord. Elle ferme ses ports et aéroports au commerce européen – donc aux navires chypriotes. Dès lors, la Commission a proposé de suspendre les négociations sur 8 des 35 chapitres de la candidature turque. La Turquie a tenté de desserrer l’étreinte en proposant l’ouverture d’un port et d’un aéroport turcs. Les Européens paraissent divisés entre les partisans de la fermeté, dont la France et l’Allemagne, et les tenants d’une attitude plus accommodante – Grande-Bretagne, Suède, Italie, Lettonie.
J’avoue être, pour ma part, très partagé. Je crains en effet que des sanctions de l’Union ne creusent encore le fossé qui s’élargit entre l’Europe et la Turquie, menacées d’une double désaffection. Le risque serait qu’elles n’aboutissent qu’à consolider le sentiment anti-turc qui grandit dans certains pays européens – à commencer par le nôtre – et à éloigner encore la Turquie de la perspective européenne. Or, on le sait, je continue de croire stratégique l’adhésion, à long terme, de la Turquie. Dans le même temps, l’Union ne peut sembler céder à de fausses ouvertures, et faire preuve de faiblesse à l’égard de la Turquie. Il serait vain de laisser croire aux Turcs qu’ils pourraient appartenir à l’Union sans reconnaître Chypre. Et il serait dangereux de sembler renoncer à la volonté d’une réunification de Chypre. C’est pourquoi, au final, je penche plutôt pour la fermeté. L’Union ne doit pas fermer la porte, elle doit indiquer de manière claire qu’il ne s’agit que d’une suspension partielle – 8 chapitres – et conditionnelle – à l’ouverture des ports et aéroports – des négociations, dire que sa porte reste ouverte. Mais elle doit, par un geste fort, marquer dès maintenant sa résolution absolue de voir réglée la querelle chypriote. Je le dis, moi aussi à mes amis turcs : pour adhérer, il faut avancer vers la réconciliation. C’est, je le crois, le moment de le faire.
Pierre Moscovici est vice-président du Parlement européen et ancien Ministre délégué français, chargé des Affaires européennes
02:17 Publié dans PIERRE MOSCOVICI, POLITIQUE, TURQUIE | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : turquie, adhésion, chypre, europe, moscovici, europeus.org, europeus









Commentaires
Monsieur Moscovici,
je suis d'accord avec vous qu'il s'agit d'un vrai casse-tête. Si l'Europe ne travaille pas sérieusement sur l'intégration turque en Europe (chose sur laquelle de plus en plus de Turques expriment des sérieux doutes), nous pousseront la Turquie vers une autre orientation géo-stratégique. Déjà depuis pas mal de temps, nombreux sont ceux en Turquie qui demandent une orientation vers l'Est, vers les anciennes républiques de l'URSS dont la population est de souche turque, comme le Turkménistan, la Kirgisie et d'autres. Dans la mesure où une bonne partie des ressources énergétiques du monde sommeille encore dans ces contrés, les Turques commencent à se poser la question si une telle orientation ne pourrait pas signifier le retour vers un empire ottomane.
A nous de leur proposer une vraie voie d'intégration (et non une "coopération priviligiée" molle comme le proposent certains) et aux Turques de se pencher sérieusement sur les révendications justes de la CE. Toutefois, une telle démarche nécessite davantage de confiance réciproque, une confiance qui n'existe plus vraiment en Turquie et pas non plus dans la CE.
D'ici une génération, soit la Turquie fera partie de la CE, soit elle sera devenue la scène d'une sérieuse bataille d'intérêts.
Ecrit par : Kai | mardi, 12 décembre 2006
Monsieur Moscovici,
c'est vrai, la situation est un vrai casse-tête. Un des dangers dans la situation actuelle est qu'un nombre croissant de Turques estiment que la CE joue un double jeu et n'a pas du tout l'intention d'intégrer la Turquie en Europe. En parallèle, nombreux sont ceux en Turquie qui rêvent d'un nouvel empire ottomane, de concert avec les anciennes républiques soviétiques qui sont de culture turque et dont les langues sont basées sur la langue turque, comme le Turkménistan, la Kirgisie etc.. Dans la mesure où une bonne partie des ressources énergétiques du monde sommeille encore dans cette région, de nombreux turques estiment que la perspective d'une Turquie leader de la région et des marchés énergétiques serait plus intéressante qu'une "coopération priviligiée" comme proposent mollement certains politiques européens. Il faut faire très attention que nous ne poussons pas la Turquie à devenir le prochain centre de conflit sur la carte mondiale. En même temps, la CE se doit de maintenir ses exigences vis-à-vis de la Turquie, car il est inconcevable que l'Europe élargie brade ses valeurs.
Dans tous les cas, il faut maintenant cesser de proposer des schéma mous et des faibles compromis aux Turques. La CE, tout comme la Turquie, a besoin d'un calendrier sérieux et rapproché. Pendant ce délai, les négociations doivent soit être concluantes, soit terminées.
Si jamais nous ne réussissons pas à intégrer la Turquie en Europe, dans une ou deux générations, nos enfants le regretteront amèrement.
Ecrit par : Kai | mardi, 12 décembre 2006
la question de l'intégration de la turquie suppose d'avoir répondu à des questions multiples
L'Europe aura t-elle un jour des frontières?
Avons nous une véritable stratégie européenne face aux grands ensembles régionaux qui se dessinent?
L'Europe a t-elle un sens avec 35 ou 40 Etats?
Quelles sont les critères d'appartenance à l'Europe?
Quels sont les avantages de l'intégration de tel ou tel pays
Ecrit par : aston martin | mardi, 12 décembre 2006
la question de l'intégration de la turquie suppose d'avoir répondu à des questions multiples
L'Europe aura t-elle un jour des frontières?
Avons nous une véritable stratégie européenne face aux grands ensembles régionaux qui se dessinent?
L'Europe a t-elle un sens avec 35 ou 40 Etats?
Quelles sont les critères d'appartenance à l'Europe?
Quels sont les avantages de l'intégration de tel ou tel pays
Ecrit par : aston martin | mardi, 12 décembre 2006
moi je vais faire du bush-miroir :
"je suis favorable à ce que la turquie devienne le 51 eme etat des etats unis ."
Apres tout, la turquie , ca touche l'irak , non ? c'est pas tres loin d'israel, et tout ça , le petrole, le gaz, les terminaux , etc , donc les interets strategiques des etats unis sont hyper-concernés
vive laturquie dans les etat unis. ;-))
Ecrit par : mowglii | jeudi, 14 décembre 2006
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