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vendredi, 22 décembre 2006
GAUCHE SOCIALE ET LIBERTE DE LA PRESSE…
Là, c’est un journaliste de France 3 Alsace qui s’agace, qui ne comprend pas comment en France il serait devenu impossible de faire son travail de journaliste. Faute est alors à nouveau rejetée sur la direction de Kraft Foods, par Evelyne Issinger, secrétaire générale adjointe départementale de la CFTC. Selon elle, c’est l’entreprise qui bloque et non l’équipe de Royal. Le directeur de la communication de la société, soucieux de montrer sa bonne foi (réelle ou non) donne alors consigne de laisser entrer la presse locale. La situation se dénoue. Ségolène arrive et la petite troupe de journalistes nationaux et régionaux finit par l’accompagner et couvre sa rencontre avec les dirigeants de Suchard et les représentants des salariés.
Reste que deux-trois petites choses m’intriguent encore quant aux raisons de ce blocage médiatique. Quel intérêt aurait en effet eu l’entreprise à laisser accéder dans son enceinte la presse nationale et pas la presse locale, pourtant bien moins puissante en terme d’audience ? A moins que la version soutenue par le PS et la CFTC relève de l’intox pure et simple.
Ségolène, cela commence à se savoir, aime maîtriser son image. L’omniprésence (pesante) de sa responsable presse (nos moindres faites et gestes étaient scrutés une fois entré) pendant la rencontre entre la candidate socialiste et la direction, puis les représentants des salariés, en fut un bon exemple. Illustration: en pleine prise de notes (lors de la rencontre avec la direction), la femme nous apostrophe (les «locaux»…) afin de savoir quel média nous représentons. Là, une certaine politesse m’empêchera, tout comme mes confrères, de lui rappeler que la discussion peut attendre et qu’accessoirement, à cette minute même, je travaille et n’ai pas forcément envie de compter fleurette avec elle…
Quant à la représentante de la CFTC – celle qui nous expliquait précédemment que l’équipe de Royal n’était pour rien dans cet imbroglio - trois faits successifs étonnent. Le premier tient à une discussion saisie entre deux représentants d’un syndicat concurrent, après le départ de la candidate. D’après leurs propos, la CFTC serait une sorte de cheval de Troie du PS au sein de l’entreprise. A ce moment, je mets cela sur le compte d’une quelconque rivalité corporatiste et n’y prête guère plus attention. Puis vient le moment où je retrouve notre syndicaliste CFTC. Ma démarche est simple : tout comme je le fais avec d’autres représentants de salariés, essayer d’obtenir leurs premières impressions sur le discours que leur a tenu Royal. Un discours incitant la direction de l’entreprise à mettre en place un moratoire sur les licenciements, d’interdire les licenciements de complaisance, à développer de nouveaux produits en phase avec le marché (bio, bien-être) afin de consolider le site. Là, la femme cache déjà moins son engouement pour Ségolène, qu’elle semble espérer pour présidente, sinon voir déjà aux affaires. Rien de bien méchant, chacun a le droit de voter pour qui il l’entend, mais bon.... Reste la troisième «rencontre» : la secrétaire générale adjointe départementale de la CFTC n’est alors plus dans l’enceinte de l’entreprise mais à Illkirch-Graffenstaden, là où se tient le premier meeting participatif de Ségolène Royal. Non pas dans la salle mais sur le podium, porte-parole des employés menacés et soutien ouvert à la candidate. Alors info ou intox lors de sa première intervention quand elle expliquait aux journalistes que leur refus d’accès émanait de la direction de Kraft Foods et non de l’équipe de campagne de la candidate socialiste ?
La question peut d’autant plus se poser qu’être journaliste ce jour-là n’était décidément pas une sinécure. Pour l’anecdote, l’entrée au meeting nocturne – pourtant public – fut elle aussi mouvementée. Premier passage sans faille à l’entrée presse. Un badge m’est remis dans la bonne humeur, par des membres de sections locales (du moins est-ce ce que j’en comprends, ceux-ci, suite à une boutade de ma part, m’indiquant qu’ils ne venaient pas de Paris). Puis arrive le passage devant le service d’ordre de la candidate. Là, interdiction m’est donnée d’entrer. Motif invoqué : vous avez beau être journaliste, vous n’êtes pas sur la liste des accrédités ! Ce sort sera également partagé par d’autres confrères, dont une photographe qui, bloquée, m’expliquait encore aujourd’hui qu’elle avait du ruser pour entrer. Question : depuis quand faut-il être accrédité pour se rendre à un meeting public ?! Pour ma part, je ne demande même pas à accéder à l’espace presse, cela ne sert de toute façon à rien dans ce genre d’occasions. Tout juste à entrer dans la salle à l’instar de n’importe quel citoyen. Refus net. La salle est – nouveau motif – officiellement bondée et nul ne peut plus y entrer pour raison de sécurité. Etrangement, une vingtaine de personnes s’y engouffre pourtant sous l’œil bienveillant du même service d’ordre… La sécurité a parfois bon dos …
Le bras de fer s’éternise. Pénible et ubuesque, il durera au total une trentaine de minutes, avant que quelques coups de fils ne finissent par débloquer la situation. Au passage, le responsable de la sécurité signifiera mon impertinence à l’un des journaux pour lesquels je travaille. Etrangement la chose m’amuse. Non mais c’est vrai, depuis quand un journaliste aurait-il le droit de faire son job librement, qui plus est en France et dans un espace public ? Autre fait amusant : Cette dernière scène s’est, comme écrit plus haut, passée bien loin de l’usine Suchard. Il y était aussi question de liste, mais la direction de Kraft Foods n’y avait de fait aucune autorité… Question subsidiaire : le slogan de campagne de Ségolène Royal, «Pour que ça change fort», concerne-t-il aussi la liberté de la presse ?
Christophe Nonnenmacher est journaliste
13:35 Publié dans 55e FBG ST HONORE , CHRISTOPHE NONNENMACHER , PODCAST , POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ségolène royal, médias, liberté presse, strasbourg
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Commentaires
Christophe, dans ce type de manifestation, il ne s'agit pas de relayer des informations aux lecteurs ou au spectateurs, mais de "faire de la comm" pour une candidate à la présidentielle. La presse locale qui (forcément) connaît bien les dossiers locaux, risquerait de poser des questions concrètes, ou même critiques. Dans ce grand "Star Ac' - le nouveau président", cela fait désordre. Le comportement des services d'ordre, des services du PS local et l'incapacité d'intervenir en faveur d'une presse libre, positionne le PS étrangement à proximité des Scientologues, au moins dans la démarche.
Quelle chance pour la droite française de se trouver face à une telle gauche ! Si nous avons entendu dans les couloirs du PS ces dernières années souvent des "Nous ne devons surtout pas bouger - la droite fait tellement de conneries qu'on passera automatiquement", faut croire qu'ils n'ont toujours pas compris que le face-à-face Chirac - Le Pen était uniquement du à leur propre comportement. Vu comme c'est engagé, le PS finira par ouvrir la voie pour un président Le Pen un jour, si ce dernier a la patience d'attendre l'implosion du PS. Espérons que ce soit pas pour cette fois-ci...
Il serait temps que la France adopte enfin la démocratie proportionnelle - l'expérience montre que ce type de démocratie favorise le débat sur les contenus politiques et enlève un peu ce côté "l'état, c'est moi" de la politique. Le néo-féodalisme de la grande politique en France est un anachronisme unique en Europe et n'a rien qui pourrait amener le pays vers le 21ème siècle. Mais pour cela, on pourra attendre, car ceux qui en décident, sont ceux qui profitent personnellement le plus du statut quo - donc, peu de chance à ce qu'ils adoptent un système plus en phase avec l'époque dans laquelle nous vivons.
Ca promet...
Ecrit par : Kai | vendredi, 22 décembre 2006
Ce qui es amusant, en tout cas, c'est qu'une fois de plus, on parle de Ségolène, mais pas un mot sur son programme. Ah, la politique française. Je rejoins Kai sur son constat: elle est vraiment d'un autre âge... Pauvre de nous, pauvres citoyens...
Ecrit par : Flora-Lyse | vendredi, 22 décembre 2006
Kai, Flora,
Pour le "programme" présidentiel de Royal et le feedback sur la situation des employés de Suchard, cela suit d'ici à la fin du WE. Le temps de monter les rush. Mais bon, je vous préviens par avance, en terme de propositions politiques, on baigne dans la démagogie... Je ne parle même pas (encore) du déroulement du "débat public"... La suite bientôt.
Christophe
Ecrit par : christophe | vendredi, 22 décembre 2006
Commentaires également ici: http://www.dailymotion.com/video/xuda9_royal-et-les-medias
Christophe
Ecrit par : christophe | samedi, 23 décembre 2006
"Ce qui es amusant, en tout cas, c'est qu'une fois de plus, on parle de Ségolène, mais pas un mot sur son programme."....Kai
C'est qu'il y n'y en a pas, Madame.
Nous sommes en présence de deux populismes, avec un concentré amer de démagogie creuse (pardon pour la redondance) chez Ségolène.
Ecrit par : Cakeeh | samedi, 23 décembre 2006
Je ne comprends pas... pourquoi dites vous qu'il n'y a pas de programme ? Il m'a semblé qu'elle donnait des objectifs clairs : tenter d'influencer la ligne économique de l'Europe (pour une compétition plus équilibrée), tenter de ré-orienter l'économie (épauler les pme/pmi, etc...), appliquer le revenu minimum expliqué par Martin Hirsch, etc... Qu'attendez-vous ? Qu'entendez-vous pas un "programme" ? Attention à garder un oeil "intelligent" et à ne pas répeter béatement des critiques prémâchées... Etre journaliste ne signifie pas combattre systématiquement. Certes, Royal évolue dans la machine politique qu'est le parti, certes elle emploie des stratégies de communication, mais vous connaissez beaucoup de français qui préfèrent les infos bruts de décoffrage et surtout qui sont prêts à y réfléchir (surtout avant de critiquer et de s'opposer ?) ?
Ecrit par : Isabelle | samedi, 23 décembre 2006
Isabelle,
Le programme, venons-en justement (un article plus complet suivra mais quelques éléments pour l'instant):
1/ Ségolène Royal explique que le budget universitaire par étudiant est largement inférieur en France qu'il ne l'est aux Etats-Unis: on est d'accord, il devrait être plus élevé. mais comment fait-on: comme aux Etats-Unis en faisant flamber le prix des études et en autorisant le sponsoring des entreprises privée?
2/ Elle veut également que chaque diplômé ait un vrai premier emploi avec un vrai salaire: là aussi, on ne peut qu'applaudir. mais comment fait-on? On oblige les entreprises? Comment? Et quid si un étudiant préfère aller dans l'entreprise A plutôt que B? Là, il faut m'éclairer...
3/ Pour Martin Hirsch, très bien. mais que faites-vous des gens qui ont déjà un emploi mais qui ne gagnent pas assez pour être solvables auprès d'un proprio mais trop pour bénéficier du FSL par exemple. L'idée que développe le patron d'Emmaüs est intéressante mais elle concerne prioritairement le retour à l'emploi. Pas ceux qui (très nombreux) sont déjà dans la situation précédemment décrite. Par ailleurs, quid encore du financement?
4/ Royal veut aussi interdire les licenciements de complaisance, obliger les entreprises qui délocalisent à rembourser les aides publiques qu'elles auraient reçues en venant chez nous. Très bien mais pensez-vous sérieusement que la mise en oeuvre d'une telle politique est crédible?!! Si cela profite aux IDE en France j'applaudis mais, en toute honnêteté il y a peu de chances que cela se produise. Simplement pour des questions de bon sens.
Ah, oui, j'oubliais. Royal veut également faire du protectiuonnisme européen. Très bien, très beau. Mais juste une question: l'OMC, on en fait quoi? Cela me fait penser à Edf: tout le monde ou presque trouvait normal que cette entreprise prenne des parts de marché à l'étranger mais criait au scandale dès que les autres pays demandaient la réciprocité.
Quant aux stratégies de communication, bien sûr que tout parti ou candidat en a. c'est une évidence. Mais quand cette communication se fait au détriment de la liberté de la presse, là, oui, cela me pose problème...
Quant à la parodie de débat participatif, pour connaître certains des intervenants "publics" dans la salle, laissez-moi en sourire, à défaut d'en pleurer. Certains n'ont même pas jugé utile d'enlever leur badge "organisation" en intervenant en tant que "citoyen lambda"...
Allez également parler de démocratie à la personne qui, ne pouvant de fait poser la moindre question sur la politique étrangère de Ségolène et plus particulièrement sur le Rwanda a tenté de la poser à la tribune avant de se faire sortir de façon musclée par 5 men in black. Pormesse lui a été faite ) ce moment par Royal de revenir sur ce point à la fin de son discours. le mec attend toujours.
Désolé mais en terme de démagogie et de pseudo démocratie, j'ai déjà vu mieux. Après que Royal soit de gauche ou de droite m'importe peu. Simplement, et jusqu'à preuve du contraire, la FRance est encore une démocratie, ce qui signifie en deux périphrases:
- qu'on est encore en droit de se poser des questions sur le fond d'un programme dont on imagine mal qu'il puisse s'appliquer d'une façon ou d'une autre, à moins de se couper du reste de la planête et de sa réalité. Si certains veulent y croire tant mieux pour vous mais cela est à mon sens désolant.
- que certains droits existent encore en France et que stratégie de communication politique ou non, ils doivent être respectés, qui plus est par l'équipe de campagne d'une personne qui ambitionne d'accéder à la plus haute marche de l'Etat.
Christophe
Ecrit par : christophe | samedi, 23 décembre 2006








