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vendredi, 26 janvier 2007

DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 1/7

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.2.jpgLa campagne électorale française est placée sous le signe de la relation à Washington. En publiant début janvier 2007 sur son site Internet «L’inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy», document de près de 100 pages sans concession dirigé contre le candidat de l’UMP, le Parti Socialiste a confirmé, si cela était encore nécessaire, la tendance de la vie politique française à s’américaniser, parfois malgré elle, de façon inquiétante, et à copier le modèle politique outre-Atlantique. Cela confirme également la relation particulière entre la France et les Etats-Unis, faite d’attraction autant que de répulsion, et de fascination réciproque.


Il n’y a bien entendu rien en soi d’inquiétant à chercher (ou non d’ailleurs) à copier le modèle américain. On pourrait débattre longuement (et c’est, il convient de le rappeler, l’un des nombreux points évoqués dans le rapport) sur le modèle social, le régime des retraites, la politique énergétique et environnementale, les lois sur l’immigration, et même la politique étrangère des Etats-Unis. Il est après tout utile, sinon indispensable, dans une grande démocratie, de regarder ce qui se passe à l’extérieur, et de porter des jugements sur les bons et les moins bons aspects des autres systèmes. Ceux qui ne se soumettent pas à cette règle peuvent légitimement être qualifiés d’autistes.

 

L’américanisation de la vie politique française à laquelle nous assistons depuis quelques années est en revanche inquiétante pour deux raisons. D’une part, même si cela peut se discuter, les méthodes utilisées en politique aux Etats-Unis ne sont pas forcément les meilleures. L’image y prime souvent sur le contenu, créant de facto une forme de populisme dans lequel les idées s’effaceraient derrière l’apparence. La mise en scène des candidats est ainsi le plus souvent ce qui permet la victoire électorale, le contenu des programmes étant secondaire. Un président américain est généralement choisi autour d’un slogan, «it’s the economy, stupid !» pour Bill Clinton, et le «conservatisme à visage humain» pour George W. Bush, sans qu’une telle formule résume forcément un programme politique. S’inquiétant d’un populisme politique dont le point de départ serait l’élection du fringuant Kennedy face au mal rasé Nixon en 1960, l’écrivain italien Umberto Eco remarquait récemment que, «dès lors que le politique a commencé à se montrer, il est devenu un acteur». Le débat télévisé entre les deux candidats, le premier dans l’histoire de la vie politique américaine, se solda en effet par une prestation d’acteur, et ouvrit une nouvelle ère de relations du politique à l’image, et son utilisation. Cette tendance s’est, depuis, considérablement amplifiée outre Atlantique. Les trois débats télévisés opposant George W. Bush et John Kerry en 2004 furent ainsi considérés comme tournant à l’avantage du candidat démocrate sur le fond, mais comme une victoire pour le président sortant sur le terrain de l’émotionnel, ce dernier faisant finalement la différence grâce à sa faculté de convaincre plus que sur le contenu de ses interventions.

 

D’autre part, il serait naïf de croire que le modèle politique américain, qui s’appuie notamment sur la bipolarisation, les primaires et l’investissement «total» (c’est-à-dire en comprenant les aspects de la vie privée) des candidats, puisse s’appliquer à un pays comme la France. Les deux pays ont une tradition politique très différente et un mode de scrutin qui ne saurait être comparé, ce qui a pour effet de rendre très périlleuse toute forme d’interaction. Et pourtant, force est de constater que le «facteur américain» joue un rôle de premier plan dans la campagne présidentielle française, et que les mécanismes politiques de Washington sont de plus en plus repris par les partis politiques français.

 

L’idée développée dans ce texte n’est certainement pas de critiquer l’approche de tel ou tel candidat à l’élection présidentielle, mais consiste à analyser dans quelle mesure cette campagne électorale, plus encore que les précédentes, s’inspire fortement des méthodes américaines, ce qui pourrait avoir des effets dommageables, voire désastreux pour les deux grandes formations politiques nationales (ou l’une des deux), le 22 avril 2007, au soir du premier tour de l’élection présidentielle.

 

Barthélémy Courmont est chercheur à l'Iris, responsable du bureau de l'IRIS à Taiwan

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Commentaires

Il serait peut être intéressant de pointer du doigt des exemples (concret) de cette américanisation : Sarkozy s'affiche avec Georges Bush et Karl Roves (le conseiller en stratégie électorale) inspire Manuel Aeschlimann, le conseiller en stratégie électorale de Nicolas Sarkozy. par ex ...

Si tel est le cas, on peut s'inquiéter d'une possible élection de NS : le populisme, et le cynisme permettent certes de gagner des élection, mais on peut constater (aux USA) les dégats 8 ans après. Je crains que nous devions encore attendre 5 ans (et nous enfoncer encore un peu plus), pour espérer avec quelque chose de mieux ...

Ecrit par : ~laurent | vendredi, 26 janvier 2007

Laurent,

la suite vient dans les prochains jours ;-) L'article est en 7 parties, particulièrement intéressantes.

Amitiés

Christophe

Ecrit par : christophe | vendredi, 26 janvier 2007

Je souscris tout à fait à cette analyse, le bipartisme n'existe pas en France, les deux candidats principaux représentent des partis nettement minoritaires dans l'opinion...De plus les usa sont un pays fédéral, la France un état hyper centralisé....

Ecrit par : thureau | vendredi, 26 janvier 2007

allons allons, nous sommes dans le pays le plus anti US qui existe, les sondages l'ont montré, classant les français en europe comme seuls designant majoritairement les US et le liberalisme comme facteurs de troubles si je ne me trompe ..
ce qui nous guette c'est l'antiaméricanisme primaire pas autre chose ...

Ecrit par : mathias | samedi, 27 janvier 2007

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