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dimanche, 28 janvier 2007
DES CANDIDATS POUR OU CONTRE WASHINGTON / DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 3/7
Dans ce contexte d’hostilité (ou de soutien) passionnelle à Washington, les candidats à l’élection présidentielle ont rapidement choisi de se positionner par rapport aux Etats-Unis, offrant ainsi aux électeurs une véritable grille de lecture, un peu à la manière d’un référendum. Après avoir dit Oui à Maastricht et Non au Traité constitutionnel, les Français seraient ainsi invités à se prononcer Pour ou Contre le modèle américain. Tout un programme pour un pays qui a encore la prétention d’être un modèle à échelle internationale ! Encore une fois, et malgré le fait qu’il serait sans doute préférable de voir émerger de nouveaux modèles plutôt que de critiquer ou défendre ceux d’un pays allié, cela n’est pas malsain en soi. A condition toutefois de s’assurer que ce «référendum» porte bien sur le contenu du modèle américain, et non sur l’image que souhaitent se donner les candidats par rapport à Washington, et certaines personnalités américaines en particulier.
Nicolas Sarkozy fut le premier à «inviter» les Français à se prononcer pour ou contre Washington, à l’occasion d’un déplacement aux Etats-Unis, en marge des célébrations du cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. Au cours de cette visite très médiatisée, et dont le point d’orgue fut une rencontre avec George W. Bush, le ministre de l’Intérieur avait critiqué vivement «l’arrogance» de la France lors de la crise irakienne, se démarquant ainsi très nettement des positions de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin. A son retour en France, il fut très vivement critiqué par ses adversaires politiques (de gauche comme de droite) sur ses positions trop atlantistes, qualifiées pour l’occasion de «pro-américaines». Le ministre-candidat se défend des critiques dont il est l’objet : «Certains m’attaquent sur le thème : ‘Sarkozy est américain’. Or je n’ai aucune envie d’aller vivre là-bas, cette critique est outrancière. J’ai seulement su mal à considérer comme adversaire une société qui partage les mêmes valeurs que nous».
Nicolas Sarkozy ne se contente pas d’affirmer sa sympathie à l’égard de Washington, mais justifie ce positionnement pour plusieurs raisons : «Je suis partisan d’une France amie des Etats-Unis, et je vais m’expliquer sur ce point : les Etats-Unis sont un des rares pays au monde avec lequel nous n’avons jamais fait la guerre… Les Américains sont venus nous aider à deux reprises, et nous les avions nous-même aidés il y a plus longtemps. Nous partageons les mêmes valeurs, nous sommes riverains du même océan, ils sont la première puissance économique, militaire et monétaire. Nos enfants rêvent de la musique américaine et des films américains. Et quand on leur demande d’aller faire un séjour linguistique, ils préfèrent aller à New York qu’à Sheffield. Est ce que ça veut dire que l’on doit aligner nos positions sur celles des Américains ? Non. On peut parfaitement avoir des désaccords mais on doit se souvenir dans l’expression de ces désaccords, que nous sommes amis depuis longtemps et pour longtemps…il n’y a pas d’avenir dans l’opposition entre eux et nous».
Le président de l’UMP est revenu sur les accusations d’atlantisme dont il a fait l’objet dans son discours le 14 janvier 2007, consécutivement à sa victoire dans les Primaires : «Je veux d’une France qui parle toujours à l’Amérique comme une amie, qui lui dit toujours la vérité et qui sait lui dire ‘non’ quand elle a tort, qui lui dit qu’elle n’a pas raison quand elle viole le droit des nations ou le droit des gens qu’elle a tant contribué à forger, quand elle décide unilatéralement, quand elle veut américaniser le monde alors qu’elle a toujours défendu la liberté des peuples», a ainsi déclaré le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle. «Je veux rendre hommage à Jacques Chirac, qui a fait honneur à la France quand il s’est opposé à la guerre en Irak, qui était une faute».
La candidate socialiste a, de son côté, très rapidement choisi de se démarquer très nettement du président américain, en particulier sur la politique étrangère, mais également sur les questions sociales et environnementales. Mais c’est surtout l’approche sécuritaire du Président américain qui est en première ligne de ses attaques. Selon Ségolène Royal, «Il n’y a plus que Bush pour penser que le monde est plus sûr depuis l’occupation de l’Irak. Et le conflit au Liban vient de confirmer l’expérience d’une certaine impuissance de la force. Dans ce monde-là, ni la peur ni le simplisme comme la théorie de l’axe du Mal ne sont bons conseillers».
Après avoir effectué une tournée au Proche-Orient (Liban et Israël), et avant d’aller en Chine, elle devait se rendre à Washington, ce déplacement s’inscrivant dans une habituelle démarche des candidats, destinée à faire la démonstration de leur crédibilité sur la scène internationale. Cette visite, qui devait s’inscrire dans un contexte post-électoral aux Etats-Unis, fut finalement annulée par la candidate socialiste, tandis qu’elle maintenait dans son programme un déplacement très médiatisé à Pékin en janvier 2007. La visite de Ségolène Royal au Proche-Orient fut vivement critiquée par l’UMP (et même par d’autres partis politiques), non sur le fond mais sur ce qui fut perçu comme des erreurs (notamment la rencontre avec un élu du Hezbollah). La réponse du Parti Socialiste à ces attaques fut pour le moins révélatrice de l’utilisation des Etats-Unis comme d’une référence dans le positionnement des candidats français.
Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal (après avoir été quelques temps candidat aux Primaires du Parti Socialiste), a ainsi affirmé le 5 décembre 2006 que le déplacement de Ségolène Royal au Proche-Orient valait «quand même mieux que celui de Nicolas Sarkozy qui est allé se coucher devant M. Bush aux Etats-Unis pour s’excuser de la politique française en Irak». Normal en politique que de se défendre en portant des attaques, mais on en viendrait presque à se demander si cette remarque est plus critique à l’égard de Nicolas Sarkozy ou de George W. Bush. Rappelons au passage que cette intervention de l’ancien ministre de la Culture suivait de quelques semaines l’intervention du président vénézuélien Hugo Chavez à l’Assemblée Générale de l’Onu, au cours de laquelle il qualifia à plusieurs reprises le président américain de «diable».
Le Parti Socialiste s’en prend également au candidat de l’UMP pour ses tendances trop «pro-américaines» à la fois dans la forme et dans le fond, n’hésitant pas au passage à faire un usage répété des allusions au caractère «américain» du candidat de l’UMP, jusque dans la manière : «Pour ne pas être une surprise, l’investiture du candidat unique de l’UMP, Nicolas Sarkozy, a donné le ton : celui d’un sacre à l’américaine sur fond de discours moral à l’américaine», a déclaré Gilles Savary, porte-parole de Ségolène Royal, dans un communiqué le 14 janvier 2007, jour de l’intronisation de Nicolas Sarkozy comme candidat de l’UMP.
A l’inverse des partis politiques d’extrême-gauche, qui associent souvent leur lutte contre la mondialisation à une lutte contre l’américanisation (et donc l’Amérique), le Parti Socialiste ne s’inscrit pas dans une logique de rupture avec Washington. Il rejoint en cela les positions de l’UMP et de l’UDF, qui se veulent modérées, et se démarquent très nettement des partis extrémistes (à gauche comme à droite, le Front National se montrant au cours des dernières années très radicalement critique de Washington). Selon le projet du Parti Socialiste, «Nous devons refonder une relation différente avec les Etats-Unis. L’atlantisme à la britannique, celui dont a fait preuve jusqu’à l’absurde Tony Blair dans l’affaire irakienne, n’a pas de sens, mais l’anti-américanisme de principe - souvent rhétorique - est une impasse. La seule issue repose, en fait, sur une nouvelle relation avec les Etats-Unis, fondée sur le dialogue et la légitime confrontation des intérêts et des analyses». Ces positions sont proches de celles défendues par Jacques Chirac et Dominique de Villepin, et exploitent les divergences au sein de l’UMP sur l’attitude à adopter par rapport aux Etats-Unis. Nicolas Sarkozy s’est efforcé de répondre à ces attaques le 14 janvier 2007, en rendant comme nous l’avons vu un hommage appuyé à Jacques Chirac pour sa prise de position lors de la crise irakienne.
Comme nous l’avons vu très nettement dans ce développement, la tendance politique «à la mode» en France est celle d’un choix pour ou contre les Etats-Unis (ce choix pouvant éventuellement se décliner sous plusieurs formes). A cela se superpose une bipolarisation du paysage politique, autour des deux plus grands partis, le Parti Socialiste et l’UMP.
Barthélémy Courmont est chercheur à l'Iris, responsable du bureau de l'IRIS à Taiwan
05:00 Publié dans BARTHELEMY COURMONT , POLITIQUE , RELATIONS TRANSATLANTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, politique, états-unis, barthélémy courmont, europeus.org








