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mardi, 30 janvier 2007
LES PRIMAIRES ET LE «TICKET» PRESIDENTIEL / DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 5/7
Aux Etats-Unis, les Primaires ne doivent pas servir qu’à désigner le candidat jugé le plus fiable, mais également à déterminer un «ticket» présidentiel, c’est-à-dire une candidature bicéphale (président et vice-président). On parle alors de colistier pour définir celui ou celle qui s’associe au candidat principal. Souvent, outre-Atlantique, le candidat choisit un colistier afin de rétablir un certain équilibre du ticket à plusieurs niveaux. D’abord le front régional : un ticket qui propose deux candidats de la même région est plutôt rare (avec l’exception de Bill Clinton et Al Gore, deux «sudistes», en 1992 et 1996). Avec Joseph Lieberman en 2000, la campagne de Gore a proposé un candidat du Sud, et l’autre du Nord (Connecticut).
Quand Michael Dukakis (du Massachusetts) a choisi Lloyd Bentsen (du Texas) en 1988, le ticket a proposé non seulement la diversité régionale, mais aussi la possibilité de battre George Bush dans son fief. Il est donc difficile d’imaginer que John Kerry choisirait un colistier originaire de la Nouvelle-Angleterre. Le candidat cherche également le plus souvent un équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif. Ce fut le cas avec Clinton (ancien gouverneur) et Gore (ancien sénateur), ou plus récemment avec Bush (gouverneur) et Cheney (ancien député). Troisièmement, un équilibre de personnalités est souhaitable : Si un candidat est charismatique mais faible sur le plan pratique, il lui faudrait peut-être l’inverse pour colistier. Même chose en ce qui concerne l’expérience nécessaire (connaissance de Washington) pour le poste. L’équipe Bush-Cheney illustre parfaitement ces tendances. Le choix d’un colistier peut aussi refléter le manque de soutien d’une composante importante du parti. En 2000, Bush s’est présenté comme un candidat plutôt centriste, alors le choix d’un vrai conservateur comme colistier a séduit la base électorale de droite du parti républicain. C’était également le cas chez les Démocrates en 2000. Pour certains, Al Gore et sa campagne populiste étaient trop à gauche, tandis que Joseph Lieberman représentait l’aile centriste du parti.
Enfin, il est fréquent aux Etats-Unis de choisir un co-listier en la personne de l’adversaire le plus coriace lors des Primaires, afin de refaire l’unité du parti, et répondre aux attentes d’un électorat plus large. L’exemple des Démocrates en 2004 est à cet égard particulièrement significatif. Après avoir bataillé lors des Primaires, John Kerry et John Edwards (aux profils très différents, pour reprendre les classifications sus-citées) se sont presque naturellement retrouvés pour composer un ticket.
Dans le cas de la France, si le principe des Primaires est, comme nous l’avons vu, nouveau, sa conséquence logique de composition d’un «ticket» l’est tout autant. Après les Primaires socialistes, les deux candidats battus, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, se sont rapidement ralliés à Ségolène Royal, au prétexte fort légitime de rassemblement des forces à l’intérieur du Parti Socialiste, et afin d’utiliser les débats vifs lors de Primaires pour proposer un véritable programme politique représentatif de toutes les sensibilités du parti. En janvier 2007, la candidate socialiste chargea même Dominique Strauss-Kahn de préparer un dossier sur la fiscalité en France, invitant de cette manière son principal adversaire lors des Primaires à la seconder dans la campagne du Parti Socialiste. Dans ces conditions, il n’est pas déplacé de voir en Dominique Strauss-Kahn l’un des principaux «premier-ministrables» en cas de victoire de Ségolène Royal.
La situation semble encore plus claire dans le cas de l’UMP. Après avoir considéré une candidature à l’investiture du parti, puis envisagé une candidature hors de l’UMP, Michèle Alliot-Marie a apporté son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy deux jours avant la désignation officielle de ce dernier comme candidat de l’UMP, le 14 janvier 2007. De nombreux observateurs ont vu dans les débats parfois houleux opposant les partisans de la ministre de la Défense à ceux du ministre de l’Intérieur la composition de facto d’un ticket présidentiel, à l’américaine. La ministre de la Défense serait ainsi la candidate idéale à un hypothétique poste de Premier ministre en cas de victoire de Nicolas Sarkozy, même si rien n’est évidemment officiel sur cette question.
Elément intéressant, les deux grands partis semblent se diriger vers la composition d’un ticket comportant un homme et une femme. Un peu à la manière de ce que nous observons aux Etats-Unis, la préférence serait ainsi accordée à des personnalités différentes, s’étant opposées lors des Primaires (de façon officielle ou non), et permettant d’éviter des accusations éventuelles sur l’absence de parité de la part de l’autre camp. Cela s’explique, sans aucun doute, tant par la nécessité de présenter un ticket représentatif des tendances du parti que par le désir d’affirmer un certain équilibre entre deux personnalités différentes et complémentaires.
Barthélémy Courmont est chercheur à l'Iris, responsable du bureau de l'IRIS à Taiwan
05:00 Publié dans BARTHELEMY COURMONT , POLITIQUE , RELATIONS TRANSATLANTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, politique, états-unis, barthélémy courmont, europeus.org








