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vendredi, 16 février 2007

SVP, DAVANTAGE DE BLAGUES SUR LES MUSULMANS

medium_PAR_AIMAN_A_MAZYEK.jpgIl y a quelques jours de cela, je me suis enfin décidé à regarder le film de Sacha Baron Cohen. Mais «Borat» m’a  déçu. Non pas en raison de l’humour de l’auteur qui ne m’a guère transcendé - seules quelques blagues sur les Chrétiens et les Juifs américains m’ont arraché un léger rictus - mais parce que nulle blague sur les Musulmans y était faite. Pourquoi une telle absence? Cohen aurait-il manqué de courage? A voir le personnage, j’avoue avoir du mal à imaginer que tel puisse être le cas. Mais mon sentiment est le suivant : de nombreux frères et soeurs de foi lui auraient été reconnaissants d’une telle mise en scène, et pas uniquement les seuls millions de musulmans présents aux Etats-Unis.


Moi aussi, j’aimerais bien me voir offrir la possibilité de sourire et rire au sujet de ces Musulmans dont je fais partie. N’en ai-je pas le droit ? Qui me l’interdit? Une Fatwa? La censure? Attention, nous parlons ici de rire et non de moquerie gratuite ou autres mauvaises blagues sous la ceinture dénigrant l’Islam. Parodier un Musulman sans le priver de sa dignité doit bien encore être possible, non? S’étaler sur ses présumées faiblesses, sans pour autant traîner sa religion dans la boue, aussi.

 

«Le rire, c’est bon pour la santé», me disait mon médecin. Le rire libère, ouvre la voie à de nouvelles pensées, fait que l’objet devienne sujet. L’Autre devient un homme en chair et en os, avec ses forces et ses faiblesses, comme chacun d’entre nous. Pourtant, il faut croire que quelques uns ne trouvent pas cela amusant, y compris parmi mes frères musulmans.

 

Le célèbre artiste politique Hans Haacke dit aujourd’hui avoir peur de s’attaquer à l’Islam. Un  sujet, selon lui, «trop explosif». Du moins est-ce ce qu’il affirma à l’occasion de l’ouverture de ses expositions berlinoise et hambourgeoise. Et d’expliquer plus précisément sa retenue par la crainte qui est la sienne qu’un traitement humoristique de l’Islam ne mette en danger toute personne choisissant de le faire. Sans s’en rendre compte, Haacke ne crée ici rien de moins qu’une nouvelle caricature: celle d’un Islam représenté comme un danger invisible et explosif, tentaculaire, à même de frapper partout.

 

Autre exemple: le comédien Hape Kerkeling, rendu célèbre par ses apparitions télévisuelles hardies et provocantes qui explique ne pas vouloir faire de l’Islam un sujet… par peur. Jamais, dit-il, il n’enverra le reporter Horst Schlämmer (l’un des personnages qu’il incarne dans ses spectacles) dans une mosquée: «L’y envoyer reviendrait à le faire évoluer dans un champ de mines !» Mosquée et champ de mines? Monsieur Kerkeling, laissez-moi vous inviter à prendre le thé dans une mosquée, même déguisé en monsieur Schlämmer si vous le souhaitez. Vous serez étonné d’y voir que nombreux de vos admirateurs peuvent fréquenter un tel lieu de culte.

 

Le monde tourne décidément à l’envers: lorsque l’année dernière, l’artiste Gregor Schneider voulait installer une copie de la Kaaba sur la place St. Marc de Venise, le projet fut grandement contesté. Non pas par des «islamistes», mais par les représentants de la ville, l’Eglise et des soi-disants «islamologues» qui justifiaient alors leurs positions au motif que la pose d’une telle sculpture pourrait attirer l’ire de quelque représentation musulmane… Pourtant, Nadeem Elyas lui-même, ancien président du Conseil Central allemand des Musulmans, avait déclaré que du point de vue musulman, rien n’avait à être redit contre cette sculpture. Actuellement, la relation entre un art critique et l’Islam se situe entre tabous, peur, crispation et manque d’humour. Il faut en finir avec cela !

 

Quand je dis ce genre de choses, on me répond régulièrement en Allemagne: «Votre façon de penser doit être minoritaire parmi les Musulmans. Vous, vous êtes modéré et libéral.» Mon Dieu, quand j’entends cela! Je ne suis nullement unique. De nombreux Musulmans dans notre pays pensent et parlent de la même façon. Et pourtant, je ne suis pas vraiment libéral, ni même modéré. Plutôt radical. Radicalement honnête.

 

Aiman A. Mazyek est Secrétaire Général du Conseil Central allemand des Musulmans

 

Traduction de l’allemand vers le français : Kai Littmann. Première publication du texte (version allemande) in Die Welt Online

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Commentaires

Comment voulez vous que l' on comprenne l 'esprit laique dansun pays qui accroche des Crucifixs dans les salles d' audience de ses tribunaux ? L Allemagne n a toujours pas de séparation de l Eglise et de l Etat.

Ecrit par : unionsbuerger.de | vendredi, 16 février 2007

Aiman A. Mazyek nous invente l'humour hallal, c'est une forme d'humour qui garantit que l'humoriste a bien été égorgé selon les rites musulmans.

Ceci était un test du sens de l'humour, ça vous a fait rire, Aiman ?

Ecrit par : Rico | vendredi, 16 février 2007

«Votre façon de penser doit être minoritaire parmi les Musulmans. Vous, vous êtes modéré et libéral.»
"de nombreux frères et soeurs de foi lui auraient été reconnaissants d’une telle mise en scène, et pas uniquement les seuls millions de musulmans présents aux Etats-Unis."

Mr Mazyek,

Avant de convaincre les occidentaux de faire d'autres blagues , d'autres caricatures...., il faudrait convaincre les iraniens, saoudiens, pakistanais.... d'accepter l'ironie envers l'islam.
Puisque votre "façon de penser est minoritaire parmi les musulmans", il me semble plus judiciable de convaincre d'abord votre communauté avant les occidentaux.
Pour ma part, j'adore regarder les guignols de l'info qui n'hésite pas à faire des blagues sur les musulmans.
Sinon, je suis tout à fait d'accord avec vous sur le type d'ironie à adopter envers les musulmans. Le seul problème c'est que les occidentaux et les populations du moyen orient ne partagent pas le même humour.

Résumé: Si aujourd'hui on fait une caricature du prophete et même si elle n'a pas l'air ,pour nous occidentaux, vulgaire, demain il y aura au moins un mort (+ eventuellement des ambassades brulées, des boycotts....). Pour cette raison, votre article est totalement déplacé . Le contenu est très bon mais vous n'auriez pas du le poster sur ce forum mais plutôt sur un forum dont les lecteurs sont à majorité des musulmans (exemple: oumma.com)

Ecrit par : anonyme | dimanche, 18 février 2007

Anonyme,

je crois que le dialogue est important. Monsieur Mayzek propose une nouvelle approche à la question et je ne pense pas qu'il faille d'abord la discuter dans la communauté musulmane. La communication entre les communautés est importante et c'est pour cela que j'apprécie le texte.

Monsieur Mayzek,

là, j'aurais quand même une question : vous souhaitez "décrisper" la question de l'humour et de la réligion, mais vous critiquez la représentation de deux musulmans sur un char lors du carnaval à Dusseldorf. Traditionnellement, lors du carnaval rhénan, on se moque gentiment de tout, et surtout des dignitaires politiques et réligieux (et surtout chrétiens...). Et ce, depuis une éternité.
Vous demandez dans votre article à ce que des blagues soient faites sur les musulmans, comme sur les représentants des autres réligions. Alors, laissez libre cours au carnaval ! Exclure l'humour sur les musulmans lors du carnaval, ce serait absolument contraire au texte ci-dessus. Faudrait savoir...

Ecrit par : Kai | mardi, 20 février 2007

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