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samedi, 07 avril 2007
PROCESSUS DE PAIX EN IRLANDE DU NORD : «HEY LES GARS, N’OUBLIEZ PAS DE DIRE MERCI A L’EUROPE!»
Cela avait pourtant mal commencé, en effet, le massacre du Bloody Sunday où 14 civils périrent sous les balles de soldats britanniques dans la ville de Derry/Londonderry a eu lieu juste 30 jours après la signature d’adhésion aux traités européens de la République d’Irlande et du Royaume-Uni. Ce bain de sang marque le début des «Troubles» qui ont coûté la vie à plus de 3.500 personnes. Etant donné que la construction européenne s’est donnée un objectif la paix en Europe, on aurait pu penser que la Communauté puis l’Union allaient prendre à bras-le-corps la question nord-irlandaise. Etrangement, il n’en a rien été pendant près de vingt ans. En effet, les seules et rares actions venaient d’initiatives d’États et non d’actions venant de la Communauté ou de l’Union.
Il faut tout de même noter l’action indirecte du Parlement Européen sur le processus de paix. En effet, le Parlement, dont les membres sont élus au suffrage universel depuis 1979, intègre à cette époque trois eurodéputés de la région : l’europhile et nationaliste modéré John Hume, James Molyneaux du parti majoritaire unioniste et de Ian Paisley alors unioniste intransigeant et europhobe convaincu. Le Parlement européen va alors avoir une influence étrange sur ces trois eurodéputés. En effet, les trois élus étaient notoirement désunis à Belfast mais devenaient discrètement unis à Bruxelles et à Strasbourg lors de séances de lobbying pour l’Irlande du Nord. Ces rapports ont permis de «huiler» les relations entre les trois hommes et jetèrent les bases des futures négociations. De plus le Parlement Européen est la seule institution européenne qui a pris ouvertement position lors des «Troubles» dans les années 1980, condamnant, par exemple, les conditions d’emprisonnement, et appelant à la mise en place d’institutions politiques indépendantes de Westminster.
Il faut néanmoins attendre les années 1990 pour entrevoir un intérêt direct de l’Union pour l’Irlande du Nord. En effet, John Hume, lors de son temps passé à Bruxelles, a réussi à gagner l’amitié de Jacques Delors alors Président de la Commission européenne. La perspective d’un cessez-le-feu de l’IRA pousse alors Hume à convaincre Delors d’ébaucher un plan majeur d’aide pour l’Irlande du Nord. Dés l’annonce du cessez-le-feu de l’IRA en août 1994, Delors annonce le triplement de l’aide européenne à l’Irlande du Nord. L’aide de l’Union était alors largement minoritaire comparée à l’aide des Nord Américains et était constituée de saupoudrages sans réelle vision d’ensemble. Mais surtout, en 1995, l’Union met en place un programme spécial «d’aide pour la paix et la réconciliation». Ce programme existe toujours, 300M d’euros pour 2007-13 tout de même, et offre la possibilité à de nombreuses associations de recevoir des bourses pour aider les deux communautés à se réconcilier en plus de traditionnelles aides pour l’emploi et la croissance économique de la région.
Mais l’influence la plus étonnante de l’Union vient sans doute de la «directive-cadre dans le domaine de l’eau», qui oblige les Etats membres à imposer une politique de tarification aux consommateurs qui doit les inciter à utiliser les ressources de manière efficace. Or, l’eau est historiquement gratuite en Irlande du Nord, et la directive cadre a eu cet effet incroyable d’unir tous les partis politiques contre «l’eau payante» que voulaient imposer les députés de Westminster en Irlande du Nord. Blair y a vu une opportunité et dit en substance à Gerry Adams et à Ian Paisley : «Vous faites un accord de gouvernement ou vous avez l’eau payante.» Résultat des courses, Paisley et Adams ont signé un accord de partage du pouvoir et…Londres va payer la facture d’eau pour encore une année. De quoi dire que l’UE a eu un rôle significatif, bien que tardif, sur le processus de paix en Irlande du Nord.
Thomas Lefebvre est étudiant doctorant à la Queen’s University of Belfast
11:50 Publié dans POLITIQUE, RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES, THOMAS LEFEBVRE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : europe, irlande du nord, thomas lefebvre, europeus.org









Commentaires
les accords du vendredi saint, ce n'est pas 1998 plutôt?
Ecrit par : pierre-alain | lundi, 20 août 2007
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