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mardi, 10 avril 2007
VERS L’ARMEE EUROPEENNE?
Angela Merkel, dans un entretien publié par le quotidien populaire Bild Zeitung, le 23 mars, a relancé l’idée de créer une «armée européenne» à la veille des célébrations du cinquantième anniversaire du traité de Rome. «Nous devons nous rapprocher d’une armée commune européenne», a déclaré la chancelière allemande en répondant à une question sur les futurs développements de l’Union. Son porte-parole, Ulrich Wilhem, a ensuite précisé la pensée de la Chancelière : elle «a voulu exprimer sa conviction qu’il y a encore dans ce domaine des choses à faire, mais sur un long laps de temps. C’est une perspective pour les prochaines décennies».
Curieusement, cette déclaration n’a pas fait grand bruit, notamment en France. Il est vrai que la campagne présidentielle occulte tout ce qui se passe hors de l’Hexagone. Elle n’a pourtant pas échappé à l’Elysée, Jacques Chirac ayant fait de la défense européenne l’une de ses priorités. C’est d’ailleurs le seul héritage européen qu’il laissera : le sommet franco-britannique de Saint-Malo, en décembre 1998, a, en effet, permis de relancer l’idée d’une défense commune. Londres, jusque-là, ne voulait pas en entendre parler de crainte que cela nuise à l’Otan et au leadership américain.
Otan A la suite du rejet par la France, en août 1954, du projet de Communauté européenne de défense (CED), qui visait à créer une armée européenne fédérale, la défense du vieux continent a été prise en charge par les Etats-Unis via l’Otan. Depuis, tous les projets visant à ébrécher ce monopole atlantique, véritable cadeau de la France aux Etats-Unis, ont été systématiquement torpillés, notamment par les appareils militaires européens massivement formés outre-atlantique. La Grande-Bretagne, membre de l’Union depuis 1973, est devenue la gardienne vigilante de l’orthodoxie otanienne. La sortie de la France, non pas de l’Otan, mais de sa structure militaire, au début des années 60, n’a fait que renforcer l’idée qu’une défense européenne ne pourrait qu’affaiblir l’Otan et donc la présence militaire américaine en Europe.
La chute de l’Empire soviétique, en 1989-90, a changé la donne et les priorités des Etats-Unis en matière militaire. L’Europe ne peut, à l’avenir, qu’assurer une part croissante de sa défense. Il est aussi apparu que les préoccupations américaines et européennes n’étaient plus forcément identiques, comme l’a montré la guerre dans l’ex-Yougoslavie. C’est vrai pour l’arrière-cour européenne, c’est aussi vrai pour l’Afrique. A Saint-Malo, chacun a donc fait un pas vers l’autre : Tony Blair, le Premier ministre britannique, a donné son accord à la constitution d’une défense européenne, Jacques Chirac a accepté que celle-ci n’entre pas en concurrence avec l’Otan. En clair, ce n’est que lorsque l’organisation atlantique, donc les Américains, ne sont pas intéressés par une opération, que l’Union peut prendre le relais, éventuellement en utilisant les moyens de l’Alliance (l’Union n’a pas les moyens, par exemple, de transporter ses troupes…).
Presque dix ans plus tard, on ne peut pas dire que les progrès aient été fulgurants. On est encore loin de l’objectif, fixé à Helsinki, en 1999, d’une force européenne mobilisable en soixante jours de 60.000 hommes. Un Comité militaire, actuellement présidé par un Français, le général Henri Bentégeat, a certes vu le jour, ainsi qu’un Etat-major et, depuis le 1er janvier, douze régiments («battle groups») de 1500 hommes ont été mis sur pieds, deux d’entre eux assurant à tour de rôle un tour de veille semestrielle. Mais, l’Agence de l’armement se heurte à de nombreuses résistances nationales, notamment britanniques. Car, depuis 2003, la méfiance est de retour. «L’affaire irakienne a brisé l’élan de Saint-Malo», reconnaît-on à Paris. «Mais Tony Blair veut absolument relancer la machine en dépit des réticences de son Etat-major», assure cette même source.
D’où l’intérêt suscité par la déclaration de Merkel : «Il va falloir que les Européens se déterminent sur cette proposition», estime un haut fonctionnaire européen. «On ne peut pas la laisser sans réponse». A Paris, on affirme que Merkel a surtout voulu envoyer un signal à son armée. Celle-ci n’est toujours pas professionnalisée, à la différence de presque toutes les autres armées européennes, et est encore totalement intégrée à l’appareil otanien, ce qui limite sa marge de manoeuvre. «Une armée européenne ne sera possible que si l’armée allemande change profondément», estime-t-on au sein du gouvernement. Or, l’Etat-major allemand reste très réticent : il a fallu que Berlin torde le bras de ses militaires pour qu’ils acceptent de participer à l’opération européenne au Congo (Eufor) qui a eu lieu l’été dernier.
«Mme Merkel montre aussi son profond engagement européen», poursuit-on à Paris. Depuis son arrivée au pouvoir, elle ne cesse de répéter que les Européens doivent assumer une «responsabilité globale» face aux «menaces communes» qu’ils ont à affronter. Le prochain Président de la République saura-t-il saisir la perche tendue par la Chancelière allemande?
Jean Quatremer est journaliste
09:17 Publié dans JEAN QUATREMER, PROSPECTIVE, RELATIONS EXTERIEURES, RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : europe, armée, merkel, blair, chirac, jean quatremer, europeus.org









Commentaires
«Une armée européenne ne sera possible que si l’armée allemande change profondément», estime-t-on au sein du gouvernement. Or, l’Etat-major allemand reste très réticent : il a fallu que Berlin torde le bras de ses militaires pour qu’ils acceptent de participer à l’opération européenne au Congo (Eufor) qui a eu lieu l’été dernier.
Quand même assez curieux cet argument.....l'armée allemande formerait elle à nouveau un état dans l'état, ne serait elle plus au service de la politique du gouvernement allemand.....Décidément les politiques Français auront toujours de bonnes excuses pour ne rien faire....
Ecrit par : Dan | mardi, 10 avril 2007
Le souci actuel du parti de Madame Merkel est la promotion de l idée de Deutsche Leitkultur.
Le Nationalisme Allemand est en effet a la recherche d un nouvel ennemi. Voila l explication.
Ecrit par : Unionsbuerger | mercredi, 11 avril 2007
Autant réactiver tout de suite la "ligne Maginot" et la "ligne Siegfried".......On va gagner du temps....
Ecrit par : Dan | mercredi, 11 avril 2007
Bonne question a poser a Madame Merkel. Pourquoi le parti de l Europe CDU a-t- il eu besoin de reactiver le Patridiotisme allemand, alors que dans les années 80 il s autodefinissait comme "Parti de l Europe" ?
Ecrit par : unionsbuerger | jeudi, 12 avril 2007
On ne va quand même pas leur reprocher ce qu'une partie de notre classe politique au pouvoir, fait depuis longtemps, désolé, mais une partie de la classe politique allemande a longtemps tendu les perches du fédéralisme à la classe politique Française, ils ont sacrifié leur monnaie nationale sur l'hôtel de l'Euros....La culture de l'Antagonisme Franco-Allemand va t elle devenir la nouvelle justification, le bouc émissaire de ce que nous ressentons comme nos difficultés EXISTENTIELLES.........Va t on, un jour, trouver en nous même des raisons, et il y en a, de retrouver la confiance sans toujours montrer du doigt l'ennemi extérieur ou intérieur d'ailleurs.....En un mot, ce que la France a de plus intelligent, et il y en a des Français intelligents, Est ce que cette France là, va enfin prendre en main son destin........
Ecrit par : Dan | vendredi, 13 avril 2007
Je pense pour ma part qu'une Armée Européenne ne peut se faire qu'avec un accord des plus grandes pays de l'U.E (ex : FRANCE, ALLEMAGNE, ITALIE, ESPAGNE...) je ne mentionne pas la GRANDE-BRETAGNE car selon moi elle dépend plus de l'AMERIQUE que de l'EUROPE.
Cet accord déciderai :
- soit la fonte de toutes les armées nationales dans une seule EUROPEENNE.
- soit un service militaire européen où chaque citoyen serait appellé et qui permetrait de souder les européens .
Ecrit par : cyber-citoyen | vendredi, 21 décembre 2007
A cyber-citoyen,
Le principe est séduisant mais difficile à réaliser - au moins en terme de crédibilité - sans la GB qui est la seule à ce jour avec la France a disposer encore d'un budget militaire un brin sérieux. L'implication de nos voisins britanniques dans une armée européenne ne résulte pas tant d'une démarche affective mais plus simplement pragmatique. Au moins est-ce là mon point de vue.
Christophe
Ecrit par : christophe | vendredi, 21 décembre 2007
A christophe
La construction européenne n'était elle pas "difficile à réaliser" voire même utopique pour ses détracteurs ? Et l'avenir à donner raison aux partisans de la construction européenne, comme elle donnera sans doute raison à ceux d'une Armée Européenne.
Pour la GRANDE-BRETAGNE je ne pense pas que sa présence soit nécessaire pour ce projet. D'autres se sont fait sans la G.B (SCHENGEN,EURO) et ils fonctionnent. Etant aller en ANGLETERRE récemment et ayant discuter avec des gens, je me suis rendu compte que nombre ne se sentait pour ainsi dire "pas européen", pour ces gens-là qui m'on dit je cite l'ANGLETERRE est un île ce n'est pas le continent et la personne a continuer sur le fait qu'elle avait des racines américaines encore fortes étant originaire des E.U.
Je sais qu'une Armée englobant des pays européens n'est pas un projet ordinaire, mais n'est il pas nécessaire ? Les évènements internationaux récents en font foi.
Ecrit par : cyber-citoyen | vendredi, 21 décembre 2007
@ cyber-citoyen,
On est d'accord sur le fond. Même sur l'idée d'une armée européenne sans la GB: mais une condition sera en ce cas nécessaire: que les autres pays partenaires relèvent au minimum leurs budgets défense, ce qui est loin d'être gagné. C'est bien là tout le problème.
Christophe
Ecrit par : christophe | vendredi, 21 décembre 2007
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