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jeudi, 26 avril 2007
TONYPHOBIE
Et voila, il suffit que Tony Blair propose de relancer le processus de réforme des traités pour que l’on nous refasse une crise de tonyphobie. Retour sur les faits: Blair propose que le futur traité institutionnel ne soit pas soumis à un référendum. Blair suggère en effet qu’un traité n’ayant pas de valeur constitutionnel ne mérite pas d’avoir un référendum. La ficelle semble un peu grosse, effectivement, Blair voulait un référendum sur le TCE tout en expliquant que ce traité n’avait rien mais alors rien à voir avec une constitution. Naturellement, la dernière proposition de Blair a fait s’étrangler les eurosceptiques britanniques. Bizarrement, elle a aussi ravivé la fièvre tonyphobique qui agite parfois les europhiles continentaux.
Cette manœuvre est pourtant pragmatique et réaliste. En effet, Blair montre un volontarisme bienvenu pour débloquer la situation crée par les «non» français et néerlandais. D’après certaines sources bien informées; on apprend que la position du Royaume-Uni pendant la future négociation va être la suivante: une série de «lignes rouges» qui vont permettre de créer un écran de fumée sur les points les plus contestés dans l’opinion publique britannique. D’après Open Europe, les lignes rouges seraient les suivantes: un «traité», pas une «constitution» ; enterrer la Charte des Droits fondamentaux ; mettre au rebus la primauté sur le droit national ; envoyer aux archives la personnalité légale de l’UE
Par contre, Blair serait d’accord pour avoir dans ce traité institutionnel : un Président de l’UE ; un Ministre européen des Affaires Etrangères (sans doute sous un autre nom) ; des changements sur les procédures de vote (Vote à Majorité Qualifié?)
On peut regretter que Blair ait reculé par rapport au TCE mais il semble logique qu’un traité institutionnel traite d’abord et avant tout des questions institutionnelles. On remettra donc les questions les plus litigieuses pour plus tard.
Mais surtout, cette déclaration a eu lieu deux jours avant que David Miliband, le très europhile et soldat de Blair, ne jette l’éponge dans un la course à l’investiture du parti travailliste pour le prochain poste de Premier ministre. Cette étrange chorégraphie pose donc une question brûlante: y a t il eu un accord entre Blair et Brown sur David Miliband? En effet on peut supposer que Miliband ait accepté de soutenir Brown en échange que ce dernier s’engage à avoir une politique européenne proactive.
N’empêche, est-ce que cela justifie le déferlement tonyphobe de ces derniers jours ? Le terrain avait été déjà préparé par Michel Theys qui écrit sur Fenêtre pour l’Europe «Messieurs les Anglais, sortez les premiers.» Charmant. Euh, si les Anglais partent mais que les Ecossais, Gallois et Irlandais du Nord restent, on risque de bien se marrer. Donc, ces derniers jours, c’est un festival de tauromachie sur le Taurillon. On peut lire par exemple que si Tony-ze-euro-mou «avait dit ‘sortons de l’UE’ il y aurait eu lieu de se réjouir.» Voila, c’est lâché, la solidarité européenne, la paix et le bonheur sur terre grâce à la vision des papas fondateurs… Au panier. Sur le blog de Jean Quatremer, un contributeur ressort son missel gaulliste et déclame «ce que veulent les anglo-saxons, c'est une Europe sans rivages, une Europe qui n'aurait plus l'ambition d'être elle-même. L'Europe sans frontières. L'Europe à l'anglaise. L'Europe où l'Angleterre n'aurait pas surmonté elle-même ses vieilles habitudes pour devenir vraiment européenne. C'est, en réalité, l'Europe des Américains. L'Europe des multinationales.» Tremblez européens continentaux. Il ne nous reste plus qu’à prier pour que de Gaulle revienne pour nous sauver de l’hydre anglo-saxon.
La tonyphobie est d’autant plus étrange qu’elle s’accompagne généralement d’un déni de la contribution de Tony Blair à la construction européenne. On peut pourtant rappeler en vrac la déclaration de Saint-Malo qui a permis la mise en place des objectifs d’Helsinki en relançant la Politique Européenne de Défense Commune (PESD). On peut remarquer que l’élargissement a été le cheval de bataille de Tony-ze-euro-mou. On peut noter aussi que Blair a réussit à arracher un accord sur le budget pendant sa présidence du conseil pendant l’hiver 2005 ce que peu espéraient. Les amis de la terre attribuent à Tony Blair le leadership qui a permis les accords de mars dernier sur les taux de rejet de gaz toxiques par l’UE. Alors, comment expliquer la tonyphobie actuelle? De mon humble point de vue c’est de la simple jalousie. En effet, c’est une évidence, les Britanniques ont gagné haut la main la construction de l’Union européenne. L’incapacité des héritiers de la «vision» des papas fondateurs à renouveler leurs idées et à s’adapter aux nouveaux paradigmes ne peut laisser d’autres issues que l’amertume de la défaite.
Thomas Lefebvre est étudiant doctorant à la Queen’s University of Belfast
08:19 Publié dans CONSTITUTION, POLITIQUE, THOMAS LEFEBVRE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe, constitution, blair, brown, miliband, thomas lefebvre, europeus.org









Commentaires
Eh bien oui , comme Monsieur Bayrou et Madame Royal beaucoup croit encore que la démocratie, c' est le pouvoir du peuple.
Ecrit par : unionsbuerger | jeudi, 26 avril 2007
Est-ce que cet autre point de vue te semble plus équilibré ?
http://www.taurillon.org/Depart-de-Tony-Blair-la-fin-d-un-engagement-europeen-tres-britannique
Ecrit par : valery | samedi, 12 mai 2007
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