« LES JUGES RAPPELLENT A LA POLOGNE QU'ELLE EST UN ETAT DE DROIT | Page d'accueil | COURAGE D’UNE REACTION D’HONNEUR OU LACHETE DE LA DIVISION »

mercredi, 16 mai 2007

QUELLE FRANCE DEMAIN?

medium_PAR_CHRISTOPHE_NONNENMACHER.47.jpgIl aura fallu une bonne semaine de digestion. De réflexion aussi. Au final, un sentiment : l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République marquera probablement un tournant dans l’histoire politique et médiatique française. Politique, parce que plus que quiconque – sinon peut-être Mitterrand en 1981 – Sarkozy semble être à la fois l’objet de tous les espoirs et de toutes les craintes. L’espoir d’une France que d’aucuns voudraient voir «moderne», fière d’elle-même. Mais la crainte, aussi, que cette même France, à la fierté retrouvée, n’en oublie la réalité de son histoire, pas toujours aussi idyllique que le candidat Sarkozy nous l’a vendue. Crainte aussi que candidat et président Sarkozy ne fassent qu’un. Que la fonction ne tempère ni n’encadre l’homme.


Le plan de communication néo-présidentiel mis en place au profit d’un célèbre restaurant parisien et l’affaire du yacht maltais n’ont sur ce point rien de rassurant, même si certains élus UMP essaient de banaliser la chose. Avec succès d’ailleurs, une récente enquête iTélévision-CSA faisant état que 65% des sondés ne voyaient pas mais alors pas du tout ce que la chose avait de choquant… Comprenons-nous bien : offrir un tel cadeau à un restaurateur (imaginez ce que le même plan de communication aurait coûté en temps normal) et en accepter un tel autre de l’un des plus puissants industriels et patrons de presse français n’a rien de banal. Qui de Sarkozy ou de Bolloré sera-t-il, par exemple, redevable l’un envers l’autre ? Quid de la liberté d’une presse déjà largement décrédibilisée dans l’opinion publique ? Amusant d’ailleurs de voir qu’alors que la très grande majorité des journalistes hexagonaux se sont – pour une fois - émus de l’affichage en quatre par trois d’une telle proximité, Direct Matin se contentait de titrer sur la très normale prise de congés au large de Malte du nouveau chef de l’Etat. Difficile de faire plus sobre et décalé que cela. A croire que la Pravda s’est enfin trouvée son alter ego de droite.

Sarkozy ne s’excusera pourtant de rien. Pas plus de ses amitiés ouvertement affichées que d’une certaine kärcherisation des esprits. C’en est d’ailleurs et paradoxalement presque bon signe, tant une partie de la presse écrite semble en avoir depuis repris quelques couleurs : Libération, Marianne, le Nouvel Observateur, même 20Minutes semblent progressivement comprendre que l’heure du journalisme de communiqué de presse est révolue. Qu’il est temps de passer à autre chose, de revenir à un certain journalisme engagé, à ne pas confondre avec partisan. Mais qu’on aurait aimé – tous - les voir monter au créneau quand le candidat Sarkozy tapait à boulets rouges sur l’Allemagne, réécrivait l’histoire de la colonisation, expliquait qu’il était chose normale de dépister génétiquement les enfants de moins de trois ans. Bien sûr, la plupart de ces médias en ont un peu parlé. Mais parler ne suffit pas toujours. Par moment, parce que certaines valeurs fondamentales sont menacées, il importe de se lever, d’ameuter, presque. Comme on s’en amusait (non sans quelques rires jaunes) il y a peu avec quelques amis, peut-être serait-il enfin bon que certains s’achètent une «paire de couilles». L’expression est sèche, presque vulgaire mais résume bien la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le petit monde médiatico-politique hexagonal.

Cet achat, contre toute attente, c’est François Bayrou qui l’aura fait ces derniers mois. Rien que pour cela, j’ai envie de lui dire merci au Béarnais, le seul des quatre «grands» candidats, aussi et pour l’anecdote, à ne pas avoir joué sur les peurs, l’insécurité et autres valeurs nationalistes. Souvenez-vous : la flamme pour l’un, le drapeau dans chaque foyer pour l’autre, le «travail [qui]rend libre»… pour le dernier, finalement arrivé premier… Ah, quelle paraît déjà belle cette France qui se rêve enfin fière d’elle-même. Juste une question : de quelle fierté parlons-nous ? De celle qui fait que l’on essaie déjà de guider votre plume et dont l’affaire du non vote de Cécilia n’est (déjà) qu’un exemple parmi d’autres? De celle de certains de vos «amis» qui vous expliquent que cela est normal, que c’est juste un peu de lobbying. De celle qui veut que l’on trouve tout à fait normal qu’un communicant comme François de la Brosse joue au journaliste et fournisse en images de campagne les télévisions françaises alors qu’il est au service de Nicolas Sarkozy ? De celle qui m’explique – de la voix même d’un confrère journaliste, qui malheureusement n’est pas isolé - que les journalistes de Marianne ou de Libération ne sont pas des journalistes au motif qu’il leur arrive d’être critiques, «engagés»? Le discours est non seulement rodé, mais plus triste encore, intégré. Ingéré, digéré : un journaliste n’est pas là pour donner son avis. Tout au plus pour transmettre ce qu’on lui dit de transmettre. Au delà du débat «idéologique», posez-vous la question de ce que cette vision du métier implique : d’un côté le «vrai» journaliste, servile, qui ne pose pas les questions qui fâchent (à droite comme à gauche, toutes CSP confondues), parce que, dit-il, c’est à ce prix qu’il fera une belle et tranquille carrière. Celui-là, parce que reconnu comme «vrai» sera sans doute «protégeable» par sa profession. L’autre, «l’engagé» (à ne toujours pas confondre avec partisan) n’aura que lui-même et - s’il a un peu de chance - la blogosphère, pour se défendre. Bien sûr on n’y est pas encore. Mais l’autocensure journalistique existe déjà. A quand la délation intra-professionnelle… ? Dommage qu’il n’y ait pas davantage de Béarnais dans le milieu de la presse… Heureusement, reste encore - journalistes ou blogueurs - les Guy Birenbaum, Nicolas Voisin, Jean Quatremer, Denis Robert, Jean-François Kahn, Nicolas Domenach, Maurice Sazfran, Allan Rothschild, John-Paul Lepers, Pierre Haski, Paul Moreira, Bernard Langlois. Que l’on soit d’accord ou non avec ce qu’ils disent ou écrivent importe peu. Leur refus de voir la profession de journaliste se «bigdilliser», si. Leur présence est essentielle à la bonne santé de la presse et de la démocratie. A leur pluralité. Espérons juste que les cinq années à venir ne les écraseront pas…

La France d’après le 6 mai a ceci d’étrange qu’elle se croit forte parce qu’elle a élu un homme que l’on dit fort. Question: quand avez-vous besoin d’avoir quelqu’un de fort à vos côtés, de hisser le drapeau, de retrouver votre fierté : quand vous êtes serein, sûr de vous-même ou vulnérable, faible… ? La France qui a voté – à gauche comme à droite – n’a rien de fort. Elle est aussi faible qu’à l’occasion du référendum européen ou du 21 avril 2002. Au second tour des précédentes présidentielles, les Français avaient voté Chirac par peur de Le Pen. En 2005, ils ont entre autres voté non au TCE par peur d’être engloutis dans une Europe carnassière, sinon castratrice. D’une Europe trop libérale, trop agressive identitairement parlant. Le 6 mai, ces mêmes Français ont eu à choisir entre un candidat qui a fait de la peur de l’autre l’un de ses axes de campagnes, et une candidate qui a fait de la «peur» de cet homme l’un des siens. Alors oui, lit-on, la mobilisation électorale a été forte. Les électeurs se sont pressés aux urnes comme jamais. Seulement 14,5% d’abstentionnistes. C’est bien, c’est heureux même. Mais la France va-t-elle mieux pour autant ? La démocratie, la politique, l’écoute, le dialogue en sortent-ils grandis ? La violence des commentaires postés depuis quelques jours sur Europeus et d’autres blogs laisse bien au contraire penser l’inverse. Plus personne ne s’écoute. On se tire dessus. Ceux qui ont voté Sarko seraient des «fachos». Ceux qui manifestent – même pacifiquement - contre lui, des «ennemis de la démocratie». Ben voyons. Et dire que l’on raillait il y a peu encore la vision binaire de nos cousins d’Amérique…


Au milieu de ce maelström, notre Béarnais national appelle, lui, encore une fois à la résistance. Derrière (ou à côté de) lui, le Politic’show, Marianne et d’autres. Résistance… Dieu que le mot est fort. Symbolique, aussi. Notez bien le terme : l’appel n’est pas à la vigilance mais à la résistance. Je sais, j’insiste mais combien de fois, dans notre vie politique, qui plus est en période de paix, avons-nous entendu un leader politique et quelques médias - certes engagés mais profondément démocrates et républicains - user de ce terme face à une équipe présidentielle ? Plusieurs personnes m’ont rappelé que l’arrivée de Mitterrand au pouvoir avait été tumultueuse. Mais l’était-elle à ce point ? Dans certaines familles, on se préparait alors à cacher l’argenterie. A partir en exil. Poniatowski n’avait-il d’ailleurs pas lui-même mis en garde contre l’arrivée des chars russes dans Paris…?


Sans doute tout cela est-il en effet à prendre en compte. Mais quelque chose semble différent aujourd’hui: pas de grandes fêtes populaires spontanées au soir du 6 mai, ni les jours suivants. Pas de gens souriants. Tout juste une atmosphère pesante. D’attente de quai de gare, sans vilain jeu de mot pour qui en chercherait un. La France semble retenir son souffle. Se demander de quel côté tombera la bille : de celui d’une France progressivement réconciliée avec elle-même ou bien durablement divisée, opposée ? Dans cette seconde hypothèse, le terme «résistance» prendra inévitablement tout son sens. Internet et le journalisme engagé également. Europeus sera-t-il résistant ? Difficile à dire tant, encore une fois, le mot est fort. Mais vigilant, oui. Très certainement.
 
Christophe Nonnenmacher est journaliste

Commentaires

SARKOZY, alias LE PEN LIGHT,

débauche maintenant à gauche;
Kouchner et Baylet tournent leur veste.
Hollande ne menace par Kouchner d exclusion ...
il ne parle meme pas a Védrine et Allègre
de leur intention de devenir Ministre ?

Serait-il donc maintenant naturel qu un encarté socialiste
rejoigne le camp des nationalistes, sans demander l avis de leur parti ?

Seul BAYROU dit il vouloir résister au barbarisme politique.
Mais comment le NON-Président Bayrou déclare vouloir resister
si il ne veut pas tout d abord s' opposer ?
Et a quoi cela servirait il de rester au centre, si la Droite et la Gauche n existe plus ?
BAYROU n' a t' il pas egalement proposer de collaborer... si le Président l ' appele ?

La politique française manque d' hygiene. Des irresponsables mélangent
un peu vite les serviettes européennes avec les torchons nationalistes.

Heureusement que la Charte des Droits Fondamentaux protègent encore les citoyens européens...
car après le barbarisme politique vient la barbarie. Du moins ce fut comme cela en Allemagne lorsque on essaya de mélanger le National et le Socialisme.

Ecrit par : chartaland | mercredi, 16 mai 2007

ah je suis en bcp de points completement d'accord avec toi mon cher paddy :)

mais apres comme je te disais, moi bayrou je le respecte mais je lui en veux d'avoir preferer penser a son avenir politique plutot que de prendre position a gauche contre cette droite..
prendre position contre quelqu'un ce n'est pas s'allier et aller dans le gouvernement de l'autre..

mais ça aurait empecher bien des malheurs.. du genre hortefeux ministre ..

et kouchner que j'aimais bien devenir un opportuniste et carrieriste de premiere ...

et on parle d'ouverture au centre avec morin .. kouchner, besson..pour la gauche..

mais ou est la france??
mais ou sont les français??

mais qu'allons nous devenir !!

je ne vois qu'une solution .. immigrer et renier mon pays..

Ecrit par : chantalia | vendredi, 18 mai 2007

Ecrire un commentaire