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vendredi, 22 juin 2007
DERNIERE SESSION A STRASBOURG
Car je ne pars pas, moi non plus, sans regrets. Quelques-uns d’entre vous – peu, mais j’ai été sensible à leur réflexion – m’ont reproché de choisir le Parlement national au détriment du Parlement européen, de quitter en cours de route ce mandat, que j’ai sollicité et obtenu des électeurs du Grand-Est de la France en 2004. Circonstance aggravante, je suis un récidiviste, puisque j’avais déjà vécu cette séquence : député européen en 1994, élu député du Doubs puis nommé ministre des affaires européennes en 1997. Ce choix n’a pas été facile, mais je confesse – cela ne surprendra personne – qu’il a été volontaire, et qu’il sera, cette fois, définitif : je ne me vois pas revenir, 20 ans après, en 2014, même pour cette fois achever ma vie politique, au sein de cette institution. Mais sait-on jamais ?
J’ai aimé ce Parlement européen, que j’ai en treize ans vu grandir. En 1994, il était encore un sympathique forum politique, entouré de lobbies, traité avec une considération polie, voire parfois avec désinvolture, par la Commission et le Conseil : s’il y avait eu, alors, un vote amendant la directive services comme il s’est produit en 2006, il n’aurait eu aucune conséquence. Aujourd’hui, il est un véritable Parlement, représentant 27 pays membres, un législateur entendu, exerçant sur la Commission – qu’il a de facto rejetée par deux fois en 1999 et 2004 – un contrôle réel, pris en compte par les autres institutions de l’Union. Il commence – mais beaucoup reste à faire – à être connu des citoyens, qui ne perçoivent pas encore l’enjeu, décisif, des débats qui s’y mènent. Pendant toutes ces années, j’ai été frappé par l’intelligence individuelle et collective qui règne dans ces lieux, par la jeunesse – relative bien sûr – des parlementaires, par l’empreinte d’une vraie parité – pas à 18,5% comme en France, mais bien au-delà de 40%. Surtout, il y a ici un jeu parlementaire authentique : aucune majorité systématique et prédéterminée n’existe, il faut, presque sur chaque question, bâtir une « majorité d’idées », et c’est un travail fascinant. Je suis heureux d’avoir, dans ce cadre, mené à bien le dossier important, qui je l’avoue reste controversé, de l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne. Et je suis fier d’avoir été pendant trois ans un vice-Président, apprécié je le crois sur tous les bancs, de ce Parlement. Celui-ci n’est pas sans défauts : son gigantisme le handicape, le nombre des pays membres complique la donne, il reste très narcissique, trop centré sur lui-même, il n’a pas assez le souci des opinions nationales, surtout il n’est pas encore totalement respecté : je crains, par exemple, que les Chefs d’État et de gouvernement, réunis en Conseil européen, ne défassent tranquillement le travail de la Convention européenne, sans aucune considération pour les exigences, fortes et que je crois justes, du Parlement européen. Mais, au total, je pense qu’il a la vie devant soi, et un grand avenir.
Néanmoins, je l’ai dit, je le confirme et je l’assume, mon départ est volontaire et au total heureux. Je n’éprouve aucune culpabilité : en treize ans comme député européen, ministre, conventionnel, je crois avoir bien servi la cause européenne. À cinquante ans bientôt, j’ai estimé que le moment était venu – en tout cas qu’il ne reviendrait plus si je ne le saisissais pas – de m’arrimer à un territoire, le pays de Montbéliard, où je milite depuis quinze ans, et de tenter de jouer un rôle dans la vie politique française. C’est ce que je vais maintenant faire, et m’y consacrerai pleinement. Mais je resterai, bien sûr, un Européen. Il y a tant à faire, pour cela, à l’échelle nationale, notamment afin de mieux faire connaître l’Europe aux Français, et surtout de la faire mieux aimer par eux. Je pense pouvoir y contribuer, nourri par mes différentes expériences : c’est pourquoi j’ai demandé d’appartenir à l’Assemblée nationale, à la Commission des affaires étrangères et à la délégation pour l’Union européenne.
Je ne veux pas terminer ces lignes sans remercier mes collaboratrices, Lucie et Orietta. En lisant ces lignes, vous les connaissez : en effet, un parlementaire ne peut rien, ne fait rien, s’il n’est pas épaulé dans sa tâche par des hommes et des femmes – en l’occurrence des femmes – qui partagent ses convictions, épousent ses causes, deviennent des amies. J’ai eu la chance de pouvoir compter sur leur concours, exceptionnel de qualité et de gentillesse, et sur celui de plusieurs stagiaires - toujours des jeunes filles, je dois aimer être entouré d’une présence féminine… Lucie m’accompagne à Paris, Orietta reste à Bruxelles, dans cette Assemblée qu’elle connaît comme personne. Elle me manquera.
Pierre Moscovici est vice-président du Parlement européen et ancien Ministre délégué français, chargé des Affaires européennes
13:25 Publié dans PAR PIERRE MOSCOVICI , RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, parlement européen, strasbourg, PS, pierre moscovici, europeus.org
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