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dimanche, 01 juillet 2007

L'IDEE REPUBLICAINE EN EUROPE

b57938cbf36eec844a31b57ef16fdff9.jpgAlors que le projet de constitution européenne a été rejeté par près de 55 % des Français, on est fondé à s’interroger sur les raisons de ce refus. L’une des explications ne serait-elle pas la crainte de voir le projet républicain français, en dépit de sa vocation universelle, se dissoudre dans un ensemble qui lui serait irrémédiablement étranger, voire hostile ? Il est classique, en effet, d’opposer l’exception française aux conceptions sociétales du reste de l’Europe et du monde. L’idée laïque, notamment, serait incompréhensible aux autres pays.

 


c7f581edacad22115337f7516360d9be.jpgC’est cette exception républicaine française que ce livre entend interroger. N’existe-t-il pas, ailleurs en Europe et dans le monde, des traditions et des forces politiques, minoritaires peut-être, mais entretenant avec l’idée de république des liens suffisamment forts pour qu’un dialogue fructueux puisse être établi entre elles et ceux qui, en France, se revendiquent des valeurs de la République?

 

La réponse à cette question est bien évidemment lourde de conséquences politiques, surtout dans la perspective de l’élection présidentielle à venir. La politique de la France dans la construction européenne et dans la politique internationale peut en être profondément changée.

 

Sur ce sujet neuf et important, cet ouvrage en deux volumes mobilise les compétences d’une équipe internationale, recrutée parmi les meilleurs spécialistes de la question républicaine dans les pays concernés.

 

Ref: Paul Baquiast, Emmanuel Dupuy (sous la dir. de), L’Idée républicaine en Europe - XVIII/XXIème siècles - Histoire et pensée universelles - volume 1 / L’Idée républicaine dans le monde  - XVIII/XXIème siècles - nouveau monde, Afrique et monde musulman - volume 2, éditions l’Harmattan, (mars 2007).

 

 

Extraits de la préface d’André Bellon, ancien président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale :

 

«Trop de nos concitoyens considèrent le combat pour la République comme achevé alors qu’il ne peut qu’être permanent. L’idée républicaine est une construction continue. Faire le point sur sa résonance dans le monde est donc un projet salutaire. L’association des Amis d'Eugène et Camille Pelletan était particulièrement qualifiée pour un tel projet. Par ses réflexions, ses colloques, ses échanges de vue, elle a déjà souvent montré sa capacité à faire vivre les principes situés au cœur de la pensée républicaine. Une fois de plus, elle veut perfectionner cette œuvre. […]Reconstruire la République passe par un inventaire sérieux dans le temps comme dans l’espace. Si cet ouvrage y participe, le moins qu’on puisse dire est qu’il était vraiment opportun.»

 

 

Extrait de l’introduction de Paul Baquiast et Emmanuel Dupuy :

 

«Loin d’être la doctrine archaïque d’un autre siècle, le républicanisme est au contraire en phase étroite avec notre époque. En replaçant au centre de la réflexion politique la notion de bien commun (Res Publica), il est une réponse aux principaux défis de la mondialisation : le risque écologique, la menace d’un choc des civilisations, l’essor d’un libéralisme débridée. Les mots, cependant, sont parfois piégés et celui de République est à utiliser avec la plus grande prudence. Selon la situation politique, le sens du mot ainsi que les problématiques afférentes peuvent être très différentes. Dans les monarchies constitutionnelles, le républicanisme peut apparaître comme une simple aspiration à rompre avec un régime désuet. Même si cette idée n’est pas totalement fausse, les choses ne sont en réalité pas si simples, comme en témoignent l’exemple du Royaume-Uni, de la Belgique et de l’Espagne, ou encore, dans un autre contexte, de l’Australie et du Canada […]

 

En ce début de XXIe siècle, la dialectique de l’idée républicaine et de l’idée monarchique, encore centrale au début du siècle dernier, est cependant devenue plus marginale. La question essentielle est celle de la relation entre République et Démocratie. L’une et l’autre sont intrinsèquement mêlées. La première ne saurait exister sans la seconde. C’est donc sans surprise que les contributions évoquant l’idée républicaine dans les pays non démocratiques sont amenées à traiter à la fois de l’une et de l’autre. C’est également la raison pour laquelle les républiques arabes comme les républiques islamiques ne sont que de fausses républiques. Les premières, mêlant pouvoirs absolu, à vie et héréditaire, sont surnommées, en un jeu de mot arabe, des joumloukia (républico-monarchies). Les secondes sont des théocraties, considérant la république davantage comme un mode d’organisation du pouvoir que comme une vision spécifique de la société, et ne percevant pas dans les idées qui la régissent une contestation de fond. Non que les sociétés arabes et musulmanes, au contraire de ce qui est trop souvent affirmé, soient récalcitrantes par essence aux concepts républicains, et notamment au concept de laïcité. La méconnaissance du monde arabo-musulman nous empêche souvent de voir la modernisation en cours de leurs sociétés, à l’ombre des prisons et des mosquées, notamment par le biais du développement des universités, des chaînes satellites et de l’Internet. […]

 

Dans les pays démocratiques, la dialectique de la République et de la Démocratie se pose en d’autres termes, posés il y a déjà dix ans par un Régis Debray opposant le libéralisme à la défense du bien commun.  Aux Etats-Unis – république cousine de la République française, abreuvée comme elle à la source de la philosophie des Lumières – le caractère républicain s’est effacé du langage courant au profit de celui de démocratie, en dépit de l’épithète de « républicain » porté par l’un de ses deux principaux partis politiques. […]

 

Dès les premiers temps, en conformité avec la devise de Patrick Henry (« Donnez-moi la liberté ou donnez-moi la mort »), la liberté y fut présentée comme le concept central, tandis que celui de République, pourtant revendiqué par les Pères fondateurs, restait dans leur esprit flou et mal défini. Aujourd’hui, c’est le messianisme démocratique, d’origine wilsonienne mais réinterprété par les milieux néo-conservateurs (composée de la droite dure alliée à d’anciens « liberals » issus des mouvements progressistes de la gauche) qui a mené les armées américaines sur les bords du Tigre et de l’Euphrate. Dans ce contexte, qu’elle place reste t-il pour le républicanisme d’influence française ? Sur le plan de la philosophie politique, il se retrouve en convergence avec certains aspects du réveil de la pensée républicaine à travers le monde, comme la défense du règne des lois, l’importance conférée au civisme, la critique de la corruption, la thématique du « bien commun », le refus de la logique néo-libérale et son affirmation péremptoire de la fin du politique. Ses affinités sont plus fortes, néanmoins, avec le renouveau républicain italien qu’avec celui des pays anglo-saxons, lequel fait grand cas de Tocqueville mais bien peu de Condorcet. Sur un plan moins intellectuel et plus pratique, le modèle américain semble l’emporter en Europe centrale et balkanique, non seulement du fait du rôle central joué par les Etats-Unis dans l’effondrement du système soviétique mais, plus fondamentalement, de par son apparente meilleure adaptation au puzzle multinaltional des Etats issus de l’ancienne Autriche-Hongrie. Quant au modèle français – Etat central, affirmation nationale, laïcité, rôle de l’éducation, politique sociale volontariste – il demeure une référence forte dans nombre de pays, en Europe, en Amérique latine, en Afrique et, plus encore, en Turquie. La chute du communisme (1989 en Europe centrale, 1991 en Russie) a fait réapparaître une troisième voie alternative, entre libéralisme et marxisme, celle de la République. Longtemps allié contre le totalitarisme soviétique à un républicanisme qu’on avait pu croire discrédité par les attaques de l’extrême gauche contre sa supposée hypocrisie bourgeoise et sa défense des libertés formelles (« la forme emporte et résout le fond », affirmait Gambetta), le libéralisme est désormais entré en lutte avec l’idée républicaine renaissante pour imposer son seul leadership. Aux républicains de tous les pays, dans le respect de leurs différences, de relever le défi pour assurer au monde un avenir de paix dans la liberté, l’égalité et la fraternité.»

 

Les auteurs

 

Alimbau Jaume Renyer (Professeur adjoint, Université Rivira i Virgili, Taragone);Audier Serge (Maître de conférences en philosophie, Université Paris IV);  Baquiast Paul (Docteur en histoire de l’Université Paris IV, principal du collège Henri Matisse - Issy les Moulineaux -, président de l’Association des Amis d’Eugène et Camille Pelletan);Billon Didier (Directeur-adjoint de l’IRIS - Institut de Recherches Internationales et Stratégiques); Carod-Rovira Josep-Lluís (Président d’Esquerra Republicana de Catalunya - ERC); Chevrier Marc (Professeur de sciences politiques, Université du Québec, Montréal) ;Courmont Barthélémy (Chercheur à l’IRIS); Croisier Catherine (Chercheur à l’IRIS); Csurgai Gyula (Directeur du Centre International d’Etudes Geopolitiques - CIEG-  de Genève, professeur de géopolitique à la Geneva school of Diplomacy ; directeur d’études au programme universitaire School for International Trading); Dupuy Emmmanuel (Président de l’association d’Etudes en Relations Internationales et Défense -ERID ; secrétaire général de l’Association des Amis d’Eugène et Camille Pelletan);Fazelly Kacem (Professeur de droit, ancien ministre du gouvernement afghan) ; Fontaine José (Docteur en philosophie de l’UCL, directeur de la revue mensuelle TOUDI) ; Jakab Attila (Docteur en histoire de l’Université Marc Bloch, Strasbourg) ; Kaninskaïa Galina (Professeur d’histoire contemporaine, Université de Iaroslav); Latifi Veton (Analyste politique, maître de conférences en Relations Internationales et Sciences Politiques à l’Université de l’Europe du Sud-Est (SEEU) de Macédoine); Marzouki Moncef (Professeur de santé publique, écrivain et opposant tunisien); Mioche Antoine (Maître de conférences en civilisation britannique, Université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines); Mira Tarik (Secrétaire national aux relations internationales du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie - RCD); Misraï Serge ; (Journaliste, ancien chef du service politique d’Antenne 2); Naghibzadeh Ahmad (Professeur de sciences politiques, Université de Téhéran); Perez Michel (Maître de conférences en civilisation britannique, Université de la Nouvelle Calédonie); Rajaonarison Alain (Docteur en histoire de l’Université Paris VII);Ridolfi Maurizio (Professeur d’histoire contemporaine, Università della Tuscia, Viterbo); Toursel Serge (Docteur en sciences de l’éducation de l’Université de Lille); Troudi Mohammed ; (Journaliste, Chercheur au Centre d’études stratégiques du monde arabe); Vautravers Alexandre (Docteur en sciences économiques et sociales et en histoire des Université de Genève et de Lyon II. Directeur du Département de Relations Internationales de l'Université Webster, Genève).

 

 

Commentaires

En 1989, les allemands de Leipzig criaient en face des VOPOS :

"LIBERTE, EGALITE FRATERNITE"

Etions nous devenu sourd en France ?

Ecrit par : unionsbuerger | lundi, 02 juillet 2007

En 1989, les allemands de Leipzig criaient en face des VOPOS :

"LIBERTE, EGALITE FRATERNITE"

Etions nous devenu sourd en France ?

Ecrit par : unionsbuerger | lundi, 02 juillet 2007

On prend toujours le problème du même coté, à savoir, cette prétention, réelle ou prétendue, à imposer au pays Européens, voir au monde entier nos principes Républicains et si on posais le problème d'une autre façon.....Dans le cadre d'une Europe fédérale, la France au nom de la subsidiarité, ne pourrait elle pas garder ses valeurs Républicaines......

Ecrit par : Dan | lundi, 02 juillet 2007

L'originalité de cet ouvrage que j'ai coordonné avec Emmanuel Dupuy est précisément de vouloir sortir de cette perspective d'hégémonie française, pour étudier les traditions républicaines des autres pays et voir si elles sont compatibles avec celles de la France.

Ecrit par : Paul Baquiast | mardi, 03 juillet 2007

Je pense que le fédéralisme est très mal expliqué au Européens et plus particulièrement aux Français......On veut absolument (dans certains milieux....) que les gens projettent notre type de régime, hyper centralisé, sur ce que pourrait être l'Europe, d'ou l'épouvantail agité régulièrement d'une super puissance mais surtout d'un "super état", d'une super administration......etc, c'est malhonnête intellectuellement , car un état fédéral, c'est tout sauf ça, notamment c'est le respect à travers la subsidiarité des diversités....Prendre prétexte de dire que l'Europe n'est pas un seul peuple pour refuser le fédéralisme, c'est une imposture ou c'est n'avoir rien compris à ce qu'est le fédéralisme dans son essence même....Je suis intimement persuadé qu'on peut réconcilier notre esprit républicain, la laïcité et pourquoi pas un certain type de "souverainisme" avec l'idée d'une Europe fédérale.....

Ecrit par : Dan | mardi, 03 juillet 2007

Pourquoi faut il que les etats nationaux se melent des questions d opinions. Ceci est en contradiction avec l Article 11 de la Charte des Droits fondamentaux, officiellement proclamée a Nice en 2000.

Ecrit par : unionsbuerger | mercredi, 04 juillet 2007

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