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dimanche, 16 septembre 2007

EDITION LITTERAIRE: AUTEURS MULTI-SUPPORTS ET TOUS TERRAINS

ae234036a7243c9118d276810f96020c.jpgL’époque est tout de même formidable. Voyez la déclinaison des livres sous de multiples formats et supports. Il y a encore 10 ans, un auteur qui publiait un bouquin en «volume», c’est-à-dire en grand format, voyait parfois sortir l’édition de poche, si le livre se vendait bien. Si son éditeur avait un peu de prétentions, il y avait l’édition de prestige : nombre limité d’exemplaires, numérotés, reliés cuir...


Ajoutons à cela, au compte-goutte, le cas des livres imprimés en braille ou en gros caractères et le livre audio. Mais cela ne concernait jamais que le petit nombre des classiques incontournables. Surtout ceux d’auteurs déjà morts ! Bref, le commun des auteurs avait pour horizon le livre en grand format et peut-être en poche. Point. Les adaptations dramatiques, cinéma, radio, etc., étaient possibles, mais on sort là du «livre» à proprement parler. Aujourd’hui, les choses ne sont plus si simples.

 

D’abord, l’époque tout entière est à la parcellisation des publics et des «créneaux» commerciaux. On connaît le principe de la longue traîne (long tail) de Chris Anderson, et qui peut se résumer ainsi :

 

Les produits qui sont l’objet d’une faible demande, ou qui n’ont qu’un faible volume de vente, peuvent collectivement représenter une part de marché égale ou supérieure à celle des best-sellers, si les canaux de distribution peuvent proposer assez de choix.

 

Le canal privilégié en la matière étant Internet. On l’a vu dans le cas de la musique avec les groupes révélés sur Myspace ou par une vidéo ‘‘virale’’.

 

Dans le cas de l’édition, le démarrage est moins rapide. On l’a vu avec l’apparition mainte fois annoncée, mainte fois avortée, du livre numérique, qui a fait couler beaucoup d’encre et allumé bien des pixels, pour un résultat qu’on pourrait à bon droit comparer à la fameuse montagne (sans doute mutante...) qui accouche d’une souris.

 

Mais la faiblesse, dans les livres comptables, du marché des e-books, ne devrait pas pour autant décourager les auteurs ni les éditeurs de ce support. Lentement mais sûrement, l’offre de «livrels» (mot employé par les québécois pour traduire l’anglais e-book ou livre électronique) croît et se diversifie.

 

Et ce y compris pour les livres de fiction. (Je ne parlerai pas ici sur les livres pratiques, techniques ou universitaire, en matière de marché, c’est un tout autre monde.)

 

Les publics susceptibles d’être intéressés sont d’abord les technophiles et les «nomades modernes» qui sautent de TGV en aéroports, de cyber-café en vidéo conférence, et pour qui l’ordinateur de poche, l’assistant numérique ou smartphone) est un prolongement obligé de la main. Sans parler du dernier venu, le papier électronique (alias e-paper ou papiel), actuellement décliné par les firmes Philips et Sony, qui le commercialisent en Amérique du Nord et au Japon, qui pourrait bien révolutionner ce marché.

 

Tous ces jolis petits appareils, sans être forcément dédiés à la lecture, n’en savent pas moins lire les fichiers au format PDF... Et donc les fichiers de livres numériques !

 

Mais d’autres types de lecteurs peuvent aussi s’intéresser à ce support. Et tout d’abord les handicapés visuels qui peuvent utiliser des logiciels lisant à haute voix un texte numérisé. Ils seront naturellement intéressés par l’achat direct de livres numériques.

 

Et puis il y a les petits budgets… Car un livre vendu sous forme de fichier numérique téléchargeable est jusqu’à 50 % moins cher qu’un livre papier ! (La différence est dû au fait qu’il y a moins d’intermédiaires, et surtout pas de frais de stockage ni de transport.)

 

Acheter un livre numérique dans ces conditions permet à un étudiant, par exemple, de bourrer son ordinateur de bouquins pas chers à lire sans complexes, entre deux séances de révisions, ou dans le train du week-end. Les plans du genre «un portable à un Euro» visent bien ces jeunes pour qui l’ordinateur portable est un compagnon quotidien : travailler en bibliothèque, dans le train, chez les copains-copines… Travailler et bien sûr vaquer à ses passions, à ses loisirs préférés. Il n’y a pas que la musique en ligne !

 

Ces livres numériques bon marchés permettent aussi aux personnes prudentes qui, bien qu’attachées au support papier, aiment lire et souvent relire mais ne veulent pas mettre 25 Euros dans un bouquin qu’ils n’auront rien de plus pressé, une fois la dernière page tournée, d’oublier — quand ils ne maudissent pas leur achat. À moins de 5 Euros, en revanche, ce peut être un bon investissement de test. Quitte à acquérir la version papier pour le confort de lecture et le plaisir de la page tournée, froissée, reniflée...

 

Il faut l’avouer, les pays anglo-saxons ont une longueur d’avance en la matière. Sur un site comme Fictionwise, on peut trouver sous forme numérique des milliers de textes récents dans une vingtaine de genres, tant de fiction que de non-fiction. La plupart sont des rééditions sous forme de livrel de textes de science-fiction, policier et autres genres populaires, l’équivalent en somme des livres de poche bon marché. Prix inclus : excepté les inédits de l’année, la plupart de ces textes coûtent moins de 10 $ US. Certains sont protégés par un système de DRM, d’autres non. Chez un éditeur comme Baen Books, spécialisé dans la science-fiction, le choix a même été fait, très consciemment, de vendre tous les titres sans DRM.

 

L’avenir du livre en pointillés

 

Et en France ? C’est encore timide, mais cela vient.

 

J’ai déjà parlé des éditions Eons.fr, qui publient sous forme de fichiers numériques des ouvrages de SF et de Fantasy, dont une bonne proportion d’inédits à côté de rééditions de classiques mineurs ou injustement oubliés. Ils vendent aussi des livres papier, mais l’essentiel est sous forme PDF et Mobipocket, compatibles avec les ordinateurs de bureau aussi bien que les assistants numériques.

 

Depuis deux ans, on a assisté à la floraison de plusieurs plates-formes d’auto-édition clef en main, à commencer bien entendu par Lulu.com. Vous avez un texte à publier ? Choisissez la mise en page, la couverture, le prix, Lulu se charge de le mettre en vente sur sa boutique en ligne, de le fabriquer et de l’expédier. Avec, bien entendu, une possibilité d’édition numérique!

 

Versatile, économe, peu encombrant : le livrel a donc bien des avantages. Mais qu’en sera-t-il du livre classique?

 

Personnellement, je prend le pari qu’il existera toujours, mais en tant qu’objet de luxe ou de collection, voire en accessoire rétro.

 

Ou, qui sait, en matière première d’une nouvelle forme de cut-up, pour des ‘‘book-jockeys’’ émules de William S. Burroughs, à la manière dont les vieux vinyles ont été revivifiés par les partisans du mixage musical.

 

Les livres changent, pas le désir de lire. Heureusement pour nous !

 

«Je sais que j’ai étudié, imaginé et dépeint par écrit bien des avenirs éventuels, alors c’est un peu comme si je les avais personnellement connus.»
— Isaac Asimov

 

Irène Delse est écrivaine

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