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jeudi, 04 octobre 2007

ALEXIS II FUSTIGE LES HOMOSEXUELS SOUS LES APPLAUDISSEMENTS D’UNE PARTIE DU CONSEIL DE L’EUROPE ET LE SILENCE DES MEDIAS

48012edd5516d5355b2cdc396892b5c3.jpgLa visite historique du patriarche orthodoxe russe Alexis II en France s'achève ce jeudi. Quatre jours passés au «pays des libertés et des Droits de l'Homme» pour marquer une étape importante dans la défense des valeurs chrétiennes et morales. Résultat: profession de propos homophobes contre lesquels nul ne s’est publiquement élevé au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Encore moins son président René van der Linden qui a salué le «message de paix et de tolérance» du patriarche ! Quant aux médias présents, leur indignation n’aura pas été des plus bruyantes…


Ce qu’il faut préciser en préambule est qu'en dix-sept années de présence à la tête de l'Eglise orthodoxe russe, Alexis II venait pour la première fois en France, à l'invitation de l'Eglise catholique, soutenue dans sa demande par des responsables politiques français et européens.

 

3fcd338648ca4efc264da088b267fda1.jpgParmi eux, le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), le Néerlandais René van der Linden. Un homme aux convictions politiques assises au centre dans l'échiquier politique des Pays-Bas puisqu'il fait partie de l'ancien Parti populaire catholique KVP, désormais intégré au CDA, l'Appel chrétien-démocrate, qui regroupe aussi le parti antirévolutionnaire et l'Union chrétienne historique. Bref, un seul parti pour répondre à la laïcisation croissante de la société néerlandaise sur la base de principes chrétiens.

 

«Défendre les valeurs». Réponse favorable fut donc donnée à cette invitation du Conseil de l'Europe, à Strasbourg. Dans une interview accordée au Figaro et datée du lundi 1er octobre, le patriarche Alexis II donnait déjà le ton : «Il faut préserver les valeurs spirituelles dans un monde sécularisé qui cherche à marginaliser la religion». Autre objectif de sa visite : « Défendre les valeurs chrétiennes face à une liberté qui est comprise comme la possibilité de tout faire». Soit.

 

C'est ainsi, poursuit-il, qu'il s'agit de «coopérer pour empêcher la redéfinition des valeurs morales européennes, la légalisation des unions homosexuelles, la propagande en faveur de l'euthanasie ou de l'avortement». Ca se corse, mais après tout, l'Eglise catholique s'approche de ces positions... Etait d'ailleurs envisagée une future rencontre avec le pape Benoît XVI, «dans un an ou deux» d'après le Figaro, mais repoussée aux calendes grecques dans l'édition du Monde du mardi 2 octobre : «Trop d'obstacles» d'après Alexis II. Le schisme dure depuis 1054, ce ne sont pas quelques années qui feront désormais la différence.

 

Non, ce qui fait la différence, et devrait soulever l'indignation, c'est la place que retrouve la religion dans une République démocratique et laïque comme la France. A commencer par les déclarations de son président Nicolas Sarkozy, gardien et garant d'une unité républicaine justement. Le chef de l'Etat, après sa rencontre à Paris, le 4 octobre, avec le patriarche Alexis II, a bien évidemment rappelé le cadre de la laïcité en France mais il n'a pas manqué, tout de même, de saluer « un signe majeur et tangible de la volonté des chrétiens d'Europe de se rapprocher et d'unir leurs efforts autour des racines chrétiennes de l'Europe, pour construire une société plus humaine dans un monde où les repères s'effacent». Qu'en penser?
 

«Jeter des ponts entre les hommes». Sentiment d'autant plus mitigé au lendemain du discours du patriarche devant l'APCE. En introduction, René van der Linden, président de cette assemblée, présente Alexis II comme «un homme de foi et d'humanité profondes». Souhaitons-le pour le chef d'une Eglise... Suite de la présentation : «Vous partagez le ferme engagement du Conseil de l'Europe en faveur du plus fondamental des droits, le droit à la vie dans la dignité. [...] Vous consacrez votre vie à jeter des ponts entre les hommes et votre message de paix et de compréhension montre à la Russie et au reste de l'Europe la voie que nous devons suivre ensemble».

 

Concentrons-nous plus précisément sur le détail de cette voie. Dans son discours, Sa Sainteté Alexis II veut délivrer sa «vision sur le passé, le présent et l'avenir du continent européen» et lier à cela les moeurs, la dignité et la morale. Pourquoi ? Parce que « le christianisme, explique-t-il, a toujours souligné que l'homme ne deviendra l'ami de Dieu et n'atteindra la liberté que s'il suit la voie d'une morale». Elémentaire, de ce point de vue. Mais, malheureusement, constate le patriarche, «il y a aujourd'hui dans la civilisation européenne une fracture funeste entre les droits de l'homme et la morale». Alors, même si la moralité «est en définitive la conséquence d'un libre choix de l'individu, [...] la société et l'Etat doivent soutenir et encourager une moralité acceptable pour la majorité des citoyens, [notamment] à l'aide des mass-media». Belle démonstration éthique et pétrie de respect, de tolérance et d'indépendance...

 

«L'homosexualité est une maladie». Face à cette définition très chrétienne du Bien, où trouve-t-on le Mal ? Dans l'homosexualité bien sûr. Lors de la séance des questions, Lord Russell-Johnston, du groupe démocrate et libéral, risque un rappel des faits lors de la Gay Pride réprimée de Moscou le 26 mai dernier. Et demande des explications sur la position très tranchée de l'Eglise orthodoxe russe à ce sujet. Réponse emplie de bons sentiments, mais ‘faut pas pousser tout de même... « L'Eglise orthodoxe russe éprouve amour et compassion pour le pécheur mais pas pour ses péchés. Tel est l'enseignement moral de la Bible. Le péché, c'est l'adultère, l'infidélité, des relations sexuelles irresponsables et tous les actes qui altèrent la conscience de l'homme». Enchaînement subtil : «Si certains se livrent à une propagande en faveur de l'homosexualité, il est du devoir de l'Eglise de dire où est le Bien car l'homosexualité est une maladie qui modifie la personnalité de l'homme. Ce n'est donc pas l'une de ces pathologies dont on peut parler avec détachement comme de la kleptomanie par exemple» (sic !)

 

Mais attention, dernière précision : «Ces convictions ne doivent conduire à aucune discrimination». Ni même à pointer du doigt ces malades homosexuels, ces détraqués que, de toute façon, nous aimons de tout notre être. Une réponse en écho au discours préalable du patriarche : «L'homme doit rester un homme». Point barre.

 

Après ces propos pour le moins choquants, une partie de l'assemblée applaudit. Une partie conséquente de parlementaires élus démocratiquement dans les 46 Etats qui la composent. A l'issue de la séance des questions, René van der Linden conclut sur une touche qui s'inscrit dans la droite ligne des propos tenus jusqu'alors. «Le palais du Conseil de l'Europe est une enceinte de dialogue, de démocratie et de défense des Droits de l'Homme. [...] Merci, Votre Sainteté, d'avoir propagé un message de paix et de tolérance». La paix et la tolérance entre les hommes, une évidence avec de telles paroles !

 

Mutisme quasi-général. A la sortie de l'hémicycle, beaucoup de commentaires mais peu, voire pas de réactions. La toute nouvelle vice-présidente de la délégation parlementaire française au Conseil de l'Europe, la députée UMP alsacienne Arlette Grosskost, qualifie un discours «difficile, très dur. J'ai été particulièrement choquée et frappée, mais ce qu'on constate, c'est un véritable clivage. Alexis II n'a pas les mêmes curseurs de compréhension que nous, dans un pays éclairé». Sentiment partagé par quelques autres parlementaires mais beaucoup ont préféré quitter précipitamment les lieux.

 

Quant aux médias et aux reprises de ce discours sur les sites Internet institutionnels, quasiment aucune mention de ces propos. Rien sur le site du Conseil de l'Europe, retranscription in extenso du discours sur le site de l'APCE, et deux occurrences noyées dans un flot de mots dans les dépêches de l'Agence France Presse et Associated Press du mardi 2 octobre. Néant total dans les pages des Dernières Nouvelles d'Alsace et de l'Alsace, quotidiens régionaux pourtant présents au Conseil de l'Europe, idem dans les quotidiens nationaux. Seules véritables indignations, dans les colonnes de quelques magazines lus par la communauté gay dont 360° en Suisse, ou Tetu en France…

 

Dans l'audiovisuel, une reprise infime et très sommaire sur France Info, enserrée dans un reportage de deux minutes plus global ; France Bleu Alsace, quant à elle, évoque le dérapage verbal dans ses éditions de l'après-midi et de la matinale du lendemain. Quant aux télévisions, France 3 Alsace fait uniquement mention de la visite du patriarche Alexis II et de son discours devant l'APCE, sans évoquer le passage sur les homosexuels. TF1 diffusera à 20 heures un sujet international sur la renaissance de l'Eglise orthodoxe russe et l'engouement suscité par cette figure «respectée et écoutée» qu'est le patriarche tandis que France 2 fera tout bonnement table rase de cette visite historique sur une note de paix et de tolérance.

 

Alexis Fricker est journaliste

Commentaires

De Sarkozy, cela ne m'étonne pas, mais que le Conseil de l'Europe laisse passer ce genre de discours... Lamentable.

Ecrit par : Irène | vendredi, 05 octobre 2007

C'est Bernanos qui disait: "Le prêtre mauvais est laid....."

Gageons que Alexis II, tout comme comme feu Jean Paul II (et ses absurdités sur le préservatif), Benoît XVI et sa conception moyen âgeuse du Christianisme ou quelques Imams écervelés qui lancent des fatwas (S Rushdie) , en tant que simples mortels , puissent se tromper et trahir le message originel des apôtres, du prophète, du Bouddha qu'ils sont censés incarner ....
Parce que oser dire que l'homosexualité est une maladie, cela revient exactement au même que d'affirmer que naître de couleur noir, jaune ou de sexe féminin , c'est une tare !

Pas étonnant que les apostolats applaudissent (ils ne nous ont pas habituer à autre chose), par contre GRAVISSIME que les députés européens acquiescent à ce genre d’immondice qui appellera tôt ou tard les procès et les bûchers.

A vomir !

Ecrit par : plotin | vendredi, 05 octobre 2007

Merci pour cet article qui effectivement corrige des insuffisances journalistiques et, surtout, une hypocrisie indigne du Président archéo-neoconservateur de l'Asemblée de Conseil de l'Europe. cet articcle est repris en partie sur RELATIO, l'Europe en revue. Confraternellment.

Ecrit par : daniel RIOT | vendredi, 05 octobre 2007

Je découvre votre blogue. Il est très bien et le contenu aussi, surtout.
Très intéressant, merci pour l'information.

www.mybonjourquebec.com

Ecrit par : alain | vendredi, 05 octobre 2007

Merci Alain. Au plaisir de vous revoir sur Europeus.

Christophe

Ecrit par : christophe | samedi, 06 octobre 2007

Merci Daniel. Joli papier sur Relatio.

Amitiés

Christophe

Ecrit par : christophe | samedi, 06 octobre 2007

Potin,

Juste pour bien faire la distinction auprès des autres lecteurs: les "députés européens" ne sont pas ceux du Parlement européen (UE) mais les parlementaires du Conseil de l'Europe (organisation sans rapport avec l'Union européenne).

Christophe

Ecrit par : christophe | samedi, 06 octobre 2007

Merci pour cette précision...

Plotin

Ecrit par : plotin | samedi, 06 octobre 2007

Juste pour préciser que si sur France Info, il n'y a eu qu'une pastille d'une grosse minute, et encore en toute fin de soirée c'est parce qu'on attendait surtout du neuf sur l'aspect historique de sa venue dans cette partie de l'Europe, à savoir à moyen terme le rapprochement avec les catholiques. et si avec JPaul2 ça ne passait pas du tout, entre le patriarche de Moscou et le Benoit XVI, ça devrait le faire.
Finalement, Alexis2 n'en a pas touché mot et donc avec Pascal Dervieux (service étranger de F Info, ancien correspondant à Moscou) on a décidé de traiter l'aspect "relativisme des moeurs" en choisissant un passage de son intervention plus générale sur l'idée "leçon de morale" et de seulement citer ces propos où il fustige les homos, (notamment parce que Ahmadinejad avait déjà pas mal donné sur ce registre).
Enfin, il me semble que l'antenne qui a finalement le plus parlé de celà c'est France Culture, diffusion d'un sujet d'1 minute 30, le soir dans le 22 heures d'Hubert Vieille puis dans le journal de 7 heures le lendemain matin, en guise d'avant-sujet de sa venue en France.
Sujet qui ne comprenait que la réaction de la députée Arlette Grosskost. Sachant que dans la délégation française, ils ont fui le micro notamment François Rochebloine, clairement pour ne pas faire de vague alors qu'il avait apparemment soulevé le sujet en amont dans une réunion du matin. Le chef de la délégation française, Jean Claude Mignon, que j'ai rencontré plus tard dans la semaine a aussi dénoncé les propos du Patriarche mais il n'était pas dans l'hémicycle à ce moment là. pour recueillir sa réaction, il a d'abord fallu que je lui raconte ce qui s'était dit. On sent clairement qu'au Conseil de l'Europe, tout le monde s'est accordé à oublier cet "incident". Enfin toute l'après-midi avant d'envoyer mon sujet j'ai tanné le service de presse du Président de l'assemblée parlementaire, celui qui avait invité Alexis2, pour avoir au moins une promesse de réaction (genre une fois qu'il serait rentré à Moscou), en vain. Le dialogue interreligieux a vraiment bon dos.

Ecrit par : Meline | lundi, 08 octobre 2007

Les discours religieux contre l'homosexualité se radicalisent, aucune confession ne nous épargne... Ca devient inquiétant ! D'autant plus que cette pensée unique et très réactionnaire pour ne pas dire plus trouve écho chez les politiques institutionnels ! Il suffit de se remémorrer les propos de Christian Vanneste ces derniers temps, qui loin d'être "exclu" comme on pouvait le penser, devient le fer de lance de sa Commune pour les prochaines élections municipales...

Ecrit par : Fritzlangueur | mardi, 16 octobre 2007

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