vendredi, 16 novembre 2007
EUROPE & POLITIQUE ETRANGERE : UNE OCCASION LOUPEE DE PLUS DE L’OUVRIR…
A force de ne pas prendre suffisamment position là où l’urgence de la situation l’impose, l’Europe n’a jamais autant bien correspondu à l’image de «géant de papier» que beaucoup se font d’elle. L’actualité internationale, au Pakistan, en Birmanie, en Géorgie ne manque pourtant pas d’occasions pour elle d’affirmer sa propre vision des relations internationales…Evidemment, Benazir Bhutto, pour s’être opposée au coup de force orchestré par le président pakistanais Pervez Musharraf, recevra sans doute du Parlement européen le prix Sakharov, honorant son action en faveur des Droits de l’homme… Mais l’Europe peut-elle se contenter d’en faire une nouvelle Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix birmane, toujours tenue à l’écart, elle aussi, du processus de sortie de crise de son pays, et sans que cela, du reste ne choque grand monde?
Car le message que l’Union européenne laisserait ainsi à donner aux yeux des populations locales se résumerait à préférer l’ordre à la raison, la dictature à la démocratie, ou du moins, à ne pas choisir entre elles…C’est un peu comme si entre la peste et sa guérison, l’on optait pour la première dans les faits, et pour la seconde dans le principe. Le message est particulièrement cynique. Exporté à d’autres régions du monde, dans le reste du monde arabo-musulman notamment, cela reviendrait à toujours privilégier les tenants du pouvoir, aux dépens des opinions publiques…
On pourra certes tenter de justifier que l’instauration de l’Etat d’urgence répond à une menace de prise de pouvoir des islamistes à Islamabad qui aurait pour corollaire leur prise en main de l’arsenal nucléaire pakistanais… Argument spécieux tant on est en droit de considérer que ces mêmes islamistes sont déjà bien ancrés au sein même des forces armées, soutiens inconditionnels des talibans afghans et farouches ennemis des démocrates que l’on embastille actuellement.
A se taire trop longtemps, on accrédite l’idée que l’on n’a rien à dire ni à proposer de différent des Etats-Unis, qui semblent quant à eux avoir pris conscience des limites de la foi inébranlable qu’ils avaient dans le président Musharraf…
Ce serait bien évidemment un choix respectable, mais qui resterait très éloigné des ambitions d’acteur global que l’Europe s’est assignées, avec justesse. Car à force de systématiquement tourner le dos au chemin de l’Europe puissance, faut-il vraiment s’étonner, et se lamenter, de se retrouver là où nous sommes à présent : face à face avec notre propre impuissance?
Emmanuel Dupuy est président de l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europe (IPSE)
Car le message que l’Union européenne laisserait ainsi à donner aux yeux des populations locales se résumerait à préférer l’ordre à la raison, la dictature à la démocratie, ou du moins, à ne pas choisir entre elles…C’est un peu comme si entre la peste et sa guérison, l’on optait pour la première dans les faits, et pour la seconde dans le principe. Le message est particulièrement cynique. Exporté à d’autres régions du monde, dans le reste du monde arabo-musulman notamment, cela reviendrait à toujours privilégier les tenants du pouvoir, aux dépens des opinions publiques…
On pourra certes tenter de justifier que l’instauration de l’Etat d’urgence répond à une menace de prise de pouvoir des islamistes à Islamabad qui aurait pour corollaire leur prise en main de l’arsenal nucléaire pakistanais… Argument spécieux tant on est en droit de considérer que ces mêmes islamistes sont déjà bien ancrés au sein même des forces armées, soutiens inconditionnels des talibans afghans et farouches ennemis des démocrates que l’on embastille actuellement.
A se taire trop longtemps, on accrédite l’idée que l’on n’a rien à dire ni à proposer de différent des Etats-Unis, qui semblent quant à eux avoir pris conscience des limites de la foi inébranlable qu’ils avaient dans le président Musharraf…
Ce serait bien évidemment un choix respectable, mais qui resterait très éloigné des ambitions d’acteur global que l’Europe s’est assignées, avec justesse. Car à force de systématiquement tourner le dos au chemin de l’Europe puissance, faut-il vraiment s’étonner, et se lamenter, de se retrouver là où nous sommes à présent : face à face avec notre propre impuissance?
Emmanuel Dupuy est président de l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europe (IPSE)
01:05 Publié dans EMMANUEL DUPUY, RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, birmanie, pakistan, georgie, emmanuel dupuy, europeus.org









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