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mardi, 08 janvier 2008
FRANCE: DE LA GENEROSITE DE VINCENT BOLLORE
Cela fait vingt ans que Vincent Bolloré l'invite en voyage, et pendant 20 longues années, il a lutté contre la tentation. On se demande bien pourquoi, puisque apparemment, il n'y a rien de mal à se faire payer ses très coûteuses vacances par un pote millionnaire. Allez savoir, c'est sans doute qu'il ne voulait pas créer de scandale avant d'être président de la République. Mais un scandale, c'est un truc scandaleux. Or, là, tout le monde vous le dira, du porte-parole du gouvernement au moindre militant UMP: «quand même, Sarkozy a le droit de prendre des vacances, après tout ce qu'il fait pour nous!».
L'argument est rigolo. Il signifierait que l'affaire des billets d'avion de Chirac qui font pschiiit n'a rien de scandaleuse («ben oui, après tout ce qu'il a essayé de faire pour nous!»). Il voudrait dire aussi que parce que le président est président, et qu’à ce titre c'est quand même son rôle, sa vocation (cf. discours du Latran), de s'occuper de nous, la justice, la morale, la polémique politique n'auraient pas de place dans la façon dont il organise ses vacances.
Ainsi, après vingt ans de refus de se faire payer des vacances de millionnaire par son pote Bolloré, il rattrape le temps perdu, à raison de deux voyages organisés tous frais payés dans l'année. Evaluons chacune de ces vacances à 500.000 euros. Cela fait une somme.
Jules, en d'autres temps et sur un autre sujet, avait parlé d'Abus de Bien Sociaux. Ce n'était pas le même sujet certes (c'était sur le site Internet de l'Elysée remodelé gratos par François de la Brosse), mais le principe est le même. Avec en plus la petite justification identique à deux balles comme quoi «comme ça, ça ne pèse pas sur le contribuable».
Voyons ce que disait Jules.
Vous avez lu? Bien. Donc Vincent Bolloré a mis à disposition de Sarkozy un Falcon900 qui ne lui appartient vraisemblablement pas, mais qui est plutôt à l'usage de l'une de ses compagnies, pour les dirigeants du groupe. Il est probable que quand il n'en a pas l'usage, au même titre que son yacht Paloma, Bolloré loue son Falcon900.
De deux choses l'une: ou bien l'avion est gracieusement prêté par une société du groupe de Bolloré au président de la République, et c'est un abus de bien social assez franc. Ou bien Bolloré rembourse la société en question qui possède le Falcon900, au tarif établi (et évaluable facilement).
Tout actionnaire de Bolloré pourrait poser la question. Ce serait bien d’ailleurs – petite parenthèse - qu'un actionnaire passe dans le coin…
Toujours est-il que les explications du type de celle de Balkany: «si on a besoin d'une voiture, on l'emprunte à un ami qui ne la fait pas payer» relève du foutage de gueule. Un délit qui en démocratie devrait coûter cher.
On a souvent beau jeu de dénoncer une démocratie Américaine un peu défoncée. C'est loin d'être le cas. Une telle affaire aurait lieu outre-Atlantique, une Commission d'enquête du Congrès serait saisie, et rien ni personne ne pourrait l'entraver. C'est l'un des avantages du régime strictement présidentiel (fort contrôle de l'exécutif), par rapport au régime hybride que la pratique rend finalement assez peu démocratique, que nous avons.
Pierre Catalan est étudiant à l'IEP de Paris
06:07 Publié dans PIERRE CATALAN, POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : europe, france, politique, bolloré, pierre catalan, europeus.org









Commentaires
Très juste ! En Allemagne, un cas similaire en 1993 a engendré la démission de l'ancien premier ministre de la Bavière, Max Streibl. L'entrepreneur Burkhart Grob avait payé à Streibl et d'autres collègues de la CSU à plusieurs reprises des vacances en jet privé. L'argumentaire était le même - "puisqu'ils font tellement de choses pour le pays...".
Non seulement que cette affaire a eu des conséquences immédiates, mais elle a également enrichi la langue allemande. Puisque l'affaire était surnommée "Affaire Amigo", on appelle aujourd'hui en Allemand tout scandal de ce type "une affaire Amigo", désignant donc une affaire où politique, économie et prise d'influence se cotoient.
Peut ête l'histoire a rendu les gens en Allemagne plus méfiants - on se souvient que la prise du pouvoir par Hitler avait été financée par des industriels comme Krupp et Thyssen, exactement ces entreprises qui, pendant la deuxième guerre mondiale, ont fait d'excellentes affaires et preuve d'un réalisme en affaires cynique et surprenant en vendant armes et munitions à presque tous les belligérants.
Une telle proximité et inter-dépendance entre politique et grands industriels ne peut pas être saine.
Ecrit par : Kai | mardi, 08 janvier 2008
JURSIPRUDENCE STREIBL pour Sarkozy ? Voila une bonne idée.... Un journaliste allemand va t elle poser la question a Sarkozy lors de sa prochaine conference de presse ?
Ecrit par : unionsbuerger | mardi, 08 janvier 2008
En parlant de voiture, la "Blue Car" de BOLLORE qu'aucun constructeur automobile n'a voulu construire (qui va être produite par PNINFARINA) bénéficera d'une prime à l'achat allant jusqu'à 5000 € (Source Canard Enchainé)
Reste à savoir combien d'unités seront commandés par l'Etat et ses services ?
A suivre ...
Ecrit par : Slovar | mercredi, 09 janvier 2008
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