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mardi, 19 février 2008

CLINTON, OBAMA A LA POURSUITE DES SUPER DELEGUES

4574a8678bb28d1009ca913fc09d492f.jpgComme tous les sondages l’indiquaient, le Super Tuesday n’aura pu départager les deux candidats démocrates à la nomination du parti. Avec 13 Etats remportés sur 22, Obama a réussi à créer un élan qui s’est poursuivi ce week-end avec sa victoire en Louisiane, le Nebraska, et l’Etat de Washington, en attendant les résultats du Maine. Pour Hillary Clinton, le mois de février s’annonce plus morose. Même si elle reste en tête avec un nombre légèrement supérieur de délégués, de bons scores dans les grands Etats de New York, Californie, New Jersey et une victoire hautement symbolique dans le Massachusetts – où Obama avait reçu les soutiens de Ted et Caroline Kennedy, du gouverneur Deval Patrick et de John Kerry – un moral d’acier lui sera nécessaire pour poursuivre la course jusqu’au mois de mars, quand l’Ohio et le Texas, deux grands Etats qui à ce jour lui sont favorables, pourront voter. Les prochaines échéances – la Virginie, le Maryland et le District de Colombie – pourraient offrir à Barack Obama une consécration supplémentaire après le grand chelem de cette semaine et c’est donc une véritable course d’endurance qui se poursuit dans le prolongement du Super Tuesday, étape après étape, délégué après délégué, dollar après dollar récolté, jusqu’à l’obtention du nombre suffisant de voix pour assurer la victoire.


On n’avait pas assisté à pareille compétition depuis longtemps dans l’histoire des élections américaines. Il y eut certes des nominations mouvementées, comme en 1968, qui vit l’assassinat de Bob Kennedy concourrant alors contre le sénateur Eugene McCarthy après la décision du président Johnson de ne pas se représenter. Une convention du parti de l’âne marquée par de grands affrontements dans les rues de Chicago sous fond d’opposition à la guerre du Vietnam. Mais l’on pense davantage à l’année 1952, lors de laquelle le parti républicain vit Robert Taft et Dwight Eisenhower s’affronter jusqu’à la convention nationale de Chicago. Les deux candidats au coude à coude avaient été départagés par une procédure dite de «Fair Play » qui avait ravi au sénateur Taft un grand nombre de délégués du Sud au profit du général Eisenhower et assuré la victoire de ce dernier. Une décision prise de sorte à promouvoir la nomination du candidat le plus à même de battre les démocrates lors de l’élection générale, ce qui fut d’ailleurs le cas. Face à Taft, jugé trop conservateur par la base du GOP, Eisenhower et son colistier Richard Nixon récoltèrent 55% du vote populaire après avoir remporté 39 sur 48 Etats.[1] 1952 fut justement la dernière année où ni le parti démocrate ni le GOP ne présentaient de candidat sortant, Truman ayant choisi de se retirer. Adlai Stevenson, le nominé du parti démocrate, fit les frais de la guerre de Corée, engagée sous administration démocrate, que Ike Eisenhower avait fait la promesse d’achever.

 

Le duel démocrate pourrait-il comme en 1952 se prolonger jusqu’à la convention de Denver du 25 au 28 août ? C’est une possibilité que n’écartent désormais ni Barack Obama ni Hillary Clinton tant la compétition est serrée entre les deux candidats. Se pose désormais la question de l’enjeu des super délégués qui pourraient venir arbitrer de ce farouche duel. Afin de comprendre le rôle et les enjeux suscités par ces super délégués, quelques explications s’imposent.

 

Les délégués qui élisent le nominé du parti lors de la convention nationale peuvent être choisis selon différents moyens. Il y a tout d’abord ceux qui sont sélectionnés lors d’une primaire ou d’un caucus et qui s’engagent à voter pour un candidat préalablement établi (ils portent le nom de pledged delegates, candidats assermentés). Ce sont les délégués que l’on recense depuis l’ouverture des caucus de l’Iowa le 3 janvier  pour déterminer qui de Clinton ou Obama  (pour le parti démocrate) mène actuellement dans la course à la nomination. Avant que ne s’exerce le filtre des premiers votes, certains délégués qui se présentaient en faveur de John Edwards ou d’autres candidats démocrates ont été choisis par la population des Etats. Ils sont au nombre de 26. Ces délégués auront le choix lors de la convention démocrate de Denver de voter en faveur soit d’Hillary Clinton soit de Barack Obama. Il s’agit certes d’un petit nombre, mais qui pourrait faire la différence en cas de résultats serrés. Ces délégués seront donc très courtisés par chaque camp. 

 

A ces délégués s’ajoutent ceux sélectionnés lors d’une convention d’Etat (en lieu et place d’une primaire ou d’un caucus). Ce fut le cas par exemple de la convention républicaine de Virginie Occidentale du 5 février où après deux tours de scrutin, Mike Huckabee l’a emporté sur son principal rival, le conservateur Mitt Romney.

 

Parmi tous les délégués mentionnés, certains représentent le district au niveau du Congrès de l’Etat, d’autres sont dits « at large » et représentent l’Etat dans son ensemble. Le nombre de délégués dits « at large » varie d’un Etat à l’autre. Côté républicain, un système de bonus vient par ailleurs compléter cet imbroglio électoral, en fonction de résultats électoraux antérieurs, soit lors de la présidentielle précédente, soit au niveau des élections au siège de gouverneur ou de la législature.

 

Les démocrates quant à eux possèdent un troisième type de délégués, communément appelés « super délégués ». Ces derniers ont la particularité de ne pas être élus par les électeurs du parti et de ne pas être officiellement engagés en faveur d’un candidat particulier. S’ils appuient au départ la candidature de l’un ou l’autre des postulants à la nomination – des listes de soutien sont en effet établies – ils peuvent à tout moment changer de position et se rallier dans le camp adverse. Parmi les super délégués figurent des membres de la Chambre des Représentants et du Sénat, des gouverneurs d’Etat, d’anciens présidents et vice-présidents des Etats-Unis, des membres du Democratic National Committee ainsi que des leaders éminents du parti démocrate au niveau des Etats. Bill Clinton, mais également Jimmy Carter et Al Gore figurent sur la liste des 796 super délégués – soit 20% du total des délégués - que devront se partager les deux candidats en lice pour la nomination démocrate. 

 

Très diversement apprécié au sein de l’électorat démocrate, notamment en raison de son caractère élitiste et hermétique, ce procédé en marge de l’élection populaire pourrait très certainement faire basculer la nomination d’un côté ou de l’autre si aucun candidat n’obtenait le nombre de voix nécessaires. La pression est donc à son comble parmi les super délégués, courtisés de part et d’autre, à la fois par les candidats et ceux qui les soutiennent.

 

Hillary Clinton détient à ce jour le plus grand nombre de super délégués enregistrés sur sa liste de soutien, son expérience dans les cercles du pouvoir lui ayant permis de côtoyer et s’attirer la sympathie de nombreux responsables politiques. Mais ces parrainages pourraient se désister en faveur de son rival si les défaites devaient s’accumuler pour elle dans les prochaines semaines ou mois à venir. Se pose également la question -à ce jour purement théorique mais qui pourrait devenir incontournable en cas d’égalité entre les deux candidats- de la réelle marge de manœuvre des super délégués. Devront-ils suivre le vote populaire de l’Etat qu’ils représentent ou dont ils sont issus, comme le préconise Barack Obama, ou auront-ils à cœur de choisir en âme et conscience le candidat qu’ils estiment le plus à même de remporter l’élection, comme le souhaite au contraire Hillary Clinton ?

 

Tout comme le vote des Grands Electeurs lors de l’élection présidentielle, celui des super délégués peut aller à l’encontre du vote populaire – même si dans ce cas, les voix des super délégués ne font que s’ajouter et dans une proportion qui reste tout de même limitée à celle des autres délégués. Le choix qu’ils pourraient avoir à effectuer, dans l’éventualité où ils auraient à départager les deux candidats, serait donc lourd de conséquences pour l’une et l’autre catégorie d’électeurs.

 

Ceux qui soutenaient le vainqueur ne trouveront sans doute rien à redire. Pour les autres, la défaite pourrait revêtir le goût amer déjà ressenti en 2000 après la victoire de George W. Bush contre le démocrate Al Gore et contribuer à désunir le parti de l’âne à la veille de la campagne présidentielle. Un scénario catastrophe qui très certainement avantagerait le camp républicain.

 

Catherine Croisier est chercheur associée au Centre d’Etudes Transatlantiques



[1] L’Alaska et Hawaï n’entrèrent dans l’Union qu’en 1959, pour  former respectivement les 49è et 50e Etats de l’Union.

Commentaires

Décidement les fans d'Obama ne manquent jamais d'idées, certaines frôlet même le ridicule.
Voici le lien:
http://books.lulu.com/content/2068563

Ecrit par : lemoine | mardi, 19 février 2008

Existe t-il une différence entre les partis démocrate et républicain ?

Un peu comme chez nous entre l'UMP et le parti socialiste !

Ecrit par : Jean Jolly | mercredi, 20 février 2008

vaut mieux voter pour le Parti blanc, y'a un projet au moins ...

Ecrit par : anonyme | mercredi, 20 février 2008

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