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samedi, 14 juin 2008
PEUT-ON SE REJOUIR DU NON IRLANDAIS?
Depuis que les résultats sont officiels, les communiqués triomphants des tenants du «non» français de 2005 pleuvent comme à Gravelotte. Autant il est logique que les souverainistes de droite se réjouissent d’un «non» qui plonge ses racines dans les mêmes sources idéologiques qu’eux (nation, famille, religion, libéralisme économique), autant on a quelques difficultés à comprendre l’enthousiasme du «non» de gauche qui se veut pro-européen. Sinon, au nom du principe que les ennemis de mes ennemis sont mes amis, ce qui est un rien primitif, on l’avouera.Car le non irlandais est motivé par une série de raisons qui devraient faire réfléchir la gauche du « non » française. Laissons de côté le bon tiers qui a refusé un traité qu’il ne comprenait pas. Intéressons-nous plutôt aux autres arguments de campagne, ceux qui ont sans doute emporté la décision (en attendant des études plus approfondies). L’organisation Libertas, fondée par un milliardaire irlandais, s’est ainsi opposée à toute harmonisation fiscale et sociale au nom de la sauvegarde du modèle local, faisant valoir que l’Union c’était le dirigisme économique. Le Sinn Fein, parti de gauche minoritaire, expliquait, lui, que la neutralité irlandaise était menacée et s’opposait donc à la mise en place d’une Europe de la défense. Des groupes religieux ont fait valoir que l’interdiction de l’avortement et du mariage gay ou encore les limites au divorce étaient menacées par le libéralisme sociétal de Bruxelles. Enfin, la presse Murdoch, dont l’atlantisme et l’europhobie ne sont un secret pour personne, a soutenu tout ce beau monde.
Sans même réfuter ces arguments sur le fond, on peut simplement constater qu’ils sont à l’exact opposé des valeurs défendues par le «non» de gauche : le «non» irlandais est un «non» libéral, réactionnaire et/ou isolationniste. Les mines réjouis des anciens tenants du "non" sont donc pour le moins hors de propos. Ceux qui appellent de leurs vœux une Europe des peuples devraient expliquer comment y parvenir dans de telles conditions ? L’Europe a pu se bâtir jusqu’à présent grâce à l’art du compromis des autorités publiques des États membres. Ce qui plaira en France déplaira forcément en Irlande et réciproquement. Faire l’Europe seul, c’est facile. La difficulté commence dès lors qu’on est deux : dans un compromis, forcément complexe lorsqu'il s'agit de ménager les intérêts contradictoires de 27 pays souverains, personne ne s’y retrouve totalement. C'est peut-être ce qui explique les trois "non" que vient d'essuyer la Constitution et le traité de Lisbonne. Quoiqu'il en soit, se réjouir du « non » irlandais en espérant que de l’obscurantisme surgira la lumière, c’est prendre des vessies pour des lanternes. Certains ont tort de croire que les moyens n’influenceront pas la fin. L’histoire prouve exactement le contraire.
Jean Quatremer est journaliste
09:00 Publié dans CONSTITUTION, JEAN QUATREMER | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : europe, irlande, constitution, jean quatremer, europeus.org









Commentaires
L' Europe des Nationalismes est représenté par le Président de l' Identité Nationale et par la Chancellière de la Deutsche Leitkultur. C'est eux qui n' ont pas voulu donner aux Européens le Droit de vote à toutes les elections. C'est à eux de traiter le probleme d' illegitimité de l Union Européenne. Pour faire l ' Europe il faudra reconnaitre les destins européens, c'est beaucoup plus important que d' aider les impérialiste américains en Afghanistan et en Irak.
Ecrit par : unionsbuerger | samedi, 14 juin 2008
Comme la plupart, j'ai été un européen de la première heure. Quoi de plus enthousiasmant que l'idée de dépasser les anciens clivages nationaux, d'aller au-delà des rivalités léguées par l'histoire ! Faire les Etats-Unis d'Europe, pourquoi pas ?
Mais cette énorme machine bureaucratique, qui veut se mêler du moindre aspect de la vie de chacun pour l'uniformiser impitoyablement ? Alors qu'après plus de deux cents ans de régime fédéral, les Etats-Unis laissent subsister d'énormes différences entre les états fédérés (peine de mort, droit de sociétés, questions éthiques, etc., etc.).
Ce que les citoyens rejettent à chaque fois qu'on leur en donne la chance, n'est ce pas cette Europe ubuesque, qui s'opiniâtre à régir les aspects les plus minuscules de la vie de tous les jours, mais qui n'est pas capable de gérer le moindre projet de grande ampleur (que l'on pense à l'échec lamentable de Galileo).
Ecrit par : furgole | lundi, 16 juin 2008
Article intéressant
Voir aussi cet article publié par le Groupe des Belles Feuilles décrivant en image le "non" irlandais (http://groupedesbellesfeuilles.blogactiv.eu/2008/06/13/le-non-irlandais-en-images/)
Ecrit par : Blogactiv Team | jeudi, 19 juin 2008
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