jeudi, 23 juillet 2009
ENSEIGNEMENT & WEB2.0: DE STRASBOURG A GOULMIMA
Comment développer un sentiment d’appartenance à l’Europe chez les (jeunes) européens ? C’est une question aujourd’hui centrale pour toute personne qui s’intéresse un tant soit peu à la construction européenne. C’est sur ce point précis que le projet européen aura une chance (ou non) de continuer, de progresser…
Je pense que la solution passera par la création de véritables médias européens populaires s’appuyant sur les réseaux sociaux et par la mise en place d’outils permettant de rendre plus fluide la dernière frontière existant sur Internet et en Europe : la langue. J’aimerais dans une série d’articles à suivre proposer une vision et des solutions concrètes.
Je voudrais commencer par un voyage dans un petit village du sud du Maroc qui se nomme Goulmima. Il s’agit d’un ksar dans une palmeraie à la frontière du désert où je travaille depuis quelques mois sur un projet d’école de langue.
Avant d’aller plus loin je me permets un bref retour sur mon parcours personnel et professionnel pour expliquer la démarche qui est la mienne. Je suis chef d’entreprise, blogueur et contributeur d’Europeus depuis 2005. Je me suis intéressé à l’Europe à partir de la campagne du référendum sur la constitution européenne. J’ai la conviction depuis cette date que la construction de l’Europe bute en France (et peut-être ailleurs ?) sur une fracture entre l’élite nationale et les (jeunes) citoyens (1).
J’ai fait par ailleurs le choix de m’installer il y à 4 ans à Casablanca au Maroc où je développe plusieurs projets autour des médias interactifs et de l’éducation. Le Maroc, en plus d’être ouvert économiquement, est aujourd’hui le pays le plus connecté d’Afrique. La liberté d’expression sur Internet est proche de celle en vigueur en Europe (2). A part la liberté de circulation des citoyens, je considère Casablanca comme faisant partie des villes d’Europe.
Cette présentation étant faite, revenons dans le sud du Maroc à Goulmima. Pourquoi une école de langue ? Le constat est aujourd’hui le suivant : le Maroc est aujourd’hui le pays le plus connecté d’Afrique. Le pays jouit par ailleurs d’une grande liberté d’expression. Les quelques incidents récents - emprisonnement d’un utilisateur de facebook et d’un blogueur se sont tous soldés par une libération rapide des protagonistes. Les jeunes marocains peuvent théoriquement accéder à Internet en toute liberté. La dernière frontière sur Internet reste aujourd’hui la (maîtrise de la) langue. Si le français reste parlé (*), la maîtrise de l’écrit est défaillante. Comment dans ces conditions dialoguer ou commercer avec des étrangers francophones, sans parler de la maîtrise de l’anglais ou d’autres langues. Les jeunes marocains que je connais sont curieux, maîtrisent parfaitement les outils, mais sont exclus des possibilités qu’offre Internet.
Si l’objectif de cette école est de faire que les enfants de Goulmima entrent dans la société de l’information, il faut qu’ils maîtrisent les langues de l’Internet : le Français, l’Anglais. Cette maîtrise devra être orale mais aussi et surtout écrite. S’ils doivent un jour échanger ou commercer avec leurs « copains » à l’autre bout du monde, il ne faut pas qu’ils soient bloqués par une orthographe défaillante.
Dans notre réflexion, le « langage » informatique nous a semblé intéressant à intégrer. Au-delà de savoir utiliser Google, Facebook, et maîtriser la netiquette Internet, il semble intéressant de leur apprendre les rudiments de l’HTML pour pouvoir comprendre et enrichir le contenu des sites internet.
La musique semble naturellement s’insérer dans ce projet. On peut par exemple apprendre l’anglais ou le français à travers des chansons. La musique ajoutant un côté ludique qui semble nécessaire pour retenir l’intérêt des enfants.
« Langues et langages du monde et du Maroc » tel était l’intitulé de ce projet. On remarquera aisément que la frontière linguistique est un problème commun aux jeunes marocains et aux jeunes européens.
A suivre …
18:39 Publié dans LAURENT BERVAS, SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : europe, école, strasbourg, goulmima, laurent bervas, casawaves









Commentaires
"Les quelques incidents récents - emprisonnement d’un utilisateur de facebook et d’un blogueur se sont tous soldés par une libération rapide des protagonistes"
C'est normal car les juges qui avaient emprisonné ces gens sont dépassés et ne savaient pas peut être c'est quoi l'internet. La libération rapide es un preuve que la décision est venu du plus haut sommet de l'état qui connait bien l'internet.
Ecrit par : pamela | jeudi, 23 juillet 2009
d'abord sachez bien parmela qu'on connait très bien l'internet.car goulmima était parmis les 1ere ville dans il y avait des cybers depuis longtemps et l'état n'a rien a avoir.Ensuite,la création d'une école de langue est une bonne idée pour les 2 coté(entrepreneur/habitant).mais ce que je signale si qu'il ne faut pas que l'entrepreneur aura une esprit 100% economique c-a-d avoir seulement le bute lucrative.
merci
Ecrit par : mustapha fils de goulmima | samedi, 25 juillet 2009
Bonjour Laurent.
Le projet d'une école de langues à Goulmima est ambitieux si l'on retient l'optique selon laquelle vous le présentez.C'est à dire qu'il ne faudrait pas seulement retenir le côté lucratif de l'opération ,mais aussi son aspect social.Car si l'on veut seulement ajouter une autre école à celles déjà existantes qu'on met sur le compte du privé alors qu'elles manquent vraiment de tout ,ce ne serait guère intéressant.Ce qu'il faudrait c'est à la fois gagner sur l'efficacité d'une école axée essentiellement sur les langues avec des objectifs multiples ,simples mais bien raisonnés ,dont l'intégration dans un système universitaire à l'intérieur duquel la méconnaissance du français par exemple est un handicap de taille ,mais aussi l'objectif de s'ouvrir sur une Europe située à moins de vingt kilomètres et qui nous interpelle quotidiennement et n'arrive pas à trancher entre ses besoins en marocains musclés ou en marocains intellectuels et branchés.
Je pense pour ma part qu'en dehors de es deux objectifs qui ne sont ici qu'ébauchés il y a un autre plus important et qui consiste non pas à préparer le jeune marocain ni à servir une économie nationale qui le nargue et lui préfère lo'étranger même moins performant (voir l'exemple récent des pilotes de la RAM et les grèves y afférant) ni encore voir en ce jeune uniquement un projet d'émigrant qu'on doit armer de la langue de l'autre pour qu'il puisse mieux le servir et en être asservi;l'autre alternative est de mener en parallèle à l'apprentissage de la langue française et/ou anglaise un projet d'enracinement du jeune marocain dans sa culture maternelle,amazigh ou arabe afin qu'il puisse garder son identité et résister à l'aliénation culturelle et par conséquent pourvoir choisir en connaissance de cause et en parfaite lucidité la voie qui lui sera la plus propice à l'élaboration et à la réussite de son projet personnel, en parfaite maîtrise à la fois de ses sous-bassements identitaires et de ses racines mais aussi des outils fondamentaux technologiques et informatiques susceptibles de le mettre en orbite vers un monde qui l'interpelle constamment et auquel il est condamné à répondre; aussi bien par sa situation géographique que par sa curiosité somme toute compréhensible d'homo-sapiens-sapiens en quête d'évolution constante.
A ce stade il n'est pas inutile de souligner que lorsque vous parliez des internautes que l'amour de l'ouverture sur ce monde nouveau du web a conduit derrière les barreaux le pionnier est justement un jeune goulmimien.C'est un fait .La prise de conscience de cette jeunesse des horizons sombres qui les attendent les poussent à repousser toutes les limites et à transcender toutes les frontières visibles ou invisibles à la recherche d'un horizon dépassant la montagne "asedrem" ,que vous avez sans doute vue et descendue en venant d'errachidia qui bloquait leur ligne d'horizon vers le nord ,alors que comme vous l'avez aussi constaté la perspective ,vers le sud,vers le désert est complètement dégagée.
Par conséquent nous devons non seulement apprendre à nos jeunes les rudiments de l'alpinisme et de l'escalade symbolique des mont et des vaux de la culture et du savoir mais en même temps nous devons leur apprendre l'humilité et la façon de chausser sans complexe les sandales en pneus de voiture,communément appelées ici "les sandales Michelin" afin qu'ils sachent rouler vite et bien tout en gardant les pieds sur terre !
Boufous A. (les autres lettres suivront !) Rappelle-toi les pensées débiles.
Ecrit par : Aziz | vendredi, 31 juillet 2009
Écrire un commentaire