jeudi, 01 février 2007

WASHINGTON : UN ALIBI ? / DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 7/7

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.8.jpgEt si Washington n’était finalement qu’un alibi, dont l’objectif serait de masquer les vrais enjeux de la campagne électorale? Si cette hypothèse venait à se vérifier, elle ne ferait que confirmer une nouvelle fois l’américanisation de la vie politique française. En effet, on se souvient que lors de la campagne présidentielle de 2004, le candidat démocrate John Kerry, propriétaire d’une maison en Bretagne et francophone, fut rapidement attaqué par le camp républicain comme étant le candidat «de l’étranger» (pour ne pas dire «de la France»). Cette décrédibilisation de l’adversaire, dans laquelle le vice-président Dick Cheney joua un rôle de premier plan, permit aux Républicains de mener bataille sur le front de l’image des candidats, et non sur leur programme politique. Ce fut également un moyen d’utiliser le sentiment anti-français très fort à cette époque (comme nous l’avons noté précédemment), et de mobiliser les troupes autour d’un argument porteur.

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mercredi, 31 janvier 2007

UNE MISE EN SCENE HOLLYWOODIENNE / DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 6/7

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.7.jpgLa France ne semble pas prête à élire une star de cinéma à la plus haute fonction de l’Etat. En 1981, les candidatures avortées d’Yves Montand et de Coluche n’ont jamais été prises au sérieux, alors que les Américains votaient dans le même temps pour un ancien acteur de série B (qui, il est vrai, avait depuis fait une longue carrière en politique). Plus récemment, le Pacte écologique de Nicolas Hulot et l’hypothétique candidature de l’animateur de télévision  ont certes invité la question de l’écologie dans la campagne électorale, mais ont dans le même temps apporté d’intéressantes réponses à la question du profil des candidats. Malgré les multiples appels à un renouvellement de la classe politique et à la fin de la «dictature des énarques» avec une plus grande ouverture à des candidats issus de la société civile, l’envisagée candidature de Monsieur Hulot a été très vivement critiquée comme étant celle d’un non-politique, n’ayant aucune expérience des scrutins ni du militantisme. Ce positionnement assez paradoxal de certaines personnalités politiques et de leurs soutiens (et ce malgré l’exceptionnelle popularité de Nicolas Hulot, «élu» troisième personnalité préférée des français en décembre 2006) nous rappelle que, contrairement aux Etats-Unis, la France est encore attachée à ses élites politiques. Faut-il en effet rappeler qu’en novembre 2003, la star hollywoodienne Arnold Schwarzenegger devenait gouverneur de Californie ? En France, cette élection a fait sourire, mais il serait pour autant déplacé de ne pas prendre la mesure du pouvoir du monde des spectacles outre-Atlantique, et des interactions nombreuses avec le monde de la politique.

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mardi, 30 janvier 2007

LES PRIMAIRES ET LE «TICKET» PRESIDENTIEL / DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 5/7

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.6.jpgAux Etats-Unis, les Primaires ne doivent pas servir qu’à désigner le candidat jugé le plus fiable, mais également à déterminer un «ticket» présidentiel, c’est-à-dire une candidature bicéphale (président et vice-président). On parle alors de colistier pour définir celui ou celle qui s’associe au candidat principal. Souvent, outre-Atlantique, le candidat choisit un colistier afin de rétablir un certain équilibre du ticket à plusieurs niveaux. D’abord le front régional : un ticket qui propose deux candidats de la même région est plutôt rare (avec l’exception de Bill Clinton et Al Gore, deux «sudistes», en 1992 et 1996). Avec Joseph Lieberman en 2000, la campagne de Gore a proposé un candidat du Sud, et l’autre du Nord (Connecticut).

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lundi, 29 janvier 2007

BIPOLARISATION DE LA VIE POLITIQUE / DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 4/7

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.5.jpgLa bipolarisation de la vie politique, souvent dénoncée en France, est fortement ancrée dans les mentalités outre-Atlantique. Elle n’en est pas moins une tendance en évolution en France, en particulier au cours des dernières années, en grande partie en réponse au résultat du premier tour de l’élection présidentielle 2002, et de la qualification pour le second tour de Jean-Marie Le Pen. Aux Etats-Unis, la bipolarisation, si elle a subi quelques contre-coups importants, reste une constante dans la vie politique, les deux grands partis américains étant les seuls à pouvoir mener une longue et coûteuse campagne à échelle nationale, les autres partis (dont le nombre est impressionnant) se contentant de jouer un rôle dans les scrutins locaux, et ne perturbent que très rarement le vote. Cette tendance est confirmée par l’absence d’un scrutin en deux tours, qui à quelques rares exceptions près n’est pas jugé utile.

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dimanche, 28 janvier 2007

DES CANDIDATS POUR OU CONTRE WASHINGTON / DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 3/7

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.4.jpgDans ce contexte d’hostilité (ou de soutien) passionnelle à Washington, les candidats à l’élection présidentielle ont rapidement choisi de se positionner par rapport aux Etats-Unis, offrant ainsi aux électeurs une véritable grille de lecture, un peu à la manière d’un référendum. Après avoir dit Oui à Maastricht et Non au Traité constitutionnel, les Français seraient ainsi invités à se prononcer Pour ou Contre le modèle américain. Tout un programme pour un pays qui a encore la prétention d’être un modèle à échelle internationale ! Encore une fois, et malgré le fait qu’il serait sans doute préférable de voir émerger de nouveaux modèles plutôt que de critiquer ou défendre ceux d’un pays allié, cela n’est pas malsain en soi. A condition toutefois de s’assurer que ce «référendum» porte bien sur le contenu du modèle américain, et non sur l’image que souhaitent se donner les candidats par rapport à Washington, et certaines personnalités américaines en particulier.

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samedi, 27 janvier 2007

UN ANTI-AMERICANISME LARVE ? / DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 2/7

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.3.jpgLes Français seraient-ils anti-américains ? Cette question a souvent été posée au cours des cinq dernières années, en marge de la campagne irakienne et de la crise transatlantique, et fut l’occasion de revenir sur les relations mouvementées entre deux démocraties qui n’ont jamais été en guerre, mais qui se sont toujours regardées avec une certaine méfiance. Il est vrai qu’à l’occasion de la campagne irakienne, si l’opinion publique internationale semblait plutôt hostile à l’envoi de troupes en Irak, la France a joué un rôle de premier plan, incarné par les positions de l’Elysée et les prestations de Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, au Conseil de Sécurité de l’ONU. S’en est suivi un déferlement haineux anti-français outre-Atlantique, qualifié de French bashing (que nous traduirons ici par francophobie) avec des épisodes aussi éloquents que les images de certains Américains vidant leurs bouteilles de vin français dans le caniveau, ou la décision du Congrès de rebaptiser les French fries en Freedom fries!

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vendredi, 26 janvier 2007

DE L’INQUIETANTE AMERICANISATION DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE – 1/7

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.2.jpgLa campagne électorale française est placée sous le signe de la relation à Washington. En publiant début janvier 2007 sur son site Internet «L’inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy», document de près de 100 pages sans concession dirigé contre le candidat de l’UMP, le Parti Socialiste a confirmé, si cela était encore nécessaire, la tendance de la vie politique française à s’américaniser, parfois malgré elle, de façon inquiétante, et à copier le modèle politique outre-Atlantique. Cela confirme également la relation particulière entre la France et les Etats-Unis, faite d’attraction autant que de répulsion, et de fascination réciproque.

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samedi, 06 janvier 2007

ETATS-UNIS: LA FIN DES IDEALISTES?

medium_PAR_BARTHELEMY_COURMONT.jpgL’Amérique a-t-elle changé depuis la victoire des Démocrates aux élections mi-mandat ? En tout cas, elle s’interroge sur son avenir, et sur la voie à suivre en matière de politique étrangère, que ce soit en Irak ou ailleurs. Mais les zones d’ombre persistent. Dans un article publié le 22 décembre 2006 dans le International Herald Tribune, et intitulé «Save us from the idealists», William Pfaff s’inquiète ainsi de voir l’administration Bush rejeter les propositions de l’Iraq Study Group, considérant qu’elles ne sont pas suffisamment idéalistes.

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mardi, 17 janvier 2006

ETATS-UNIS : LE DEPARTEMENT D’ETAT REPREND LA MAIN

La visite très médiatisée de Condoleezza Rice en Europe en décembre dernier, sur fond de problèmes sensibles pour Washington comme le scandale des prisons secrètes de la CIA, fut cependant un succès notable pour la représentante de la diplomatie américaine. L’opération séduction de celle qui, en tant que conseillère pour la sécurité nationale de la première administration Bush, était perçue comme rigide et même autoritaire, permet même à Washington de donner une image moins négative aux partenaires européens, qui attendaient pourtant cette tournée avec scepticisme et de multiples questions. George W. Bush l’avait annoncé après sa réélection : l’année 2005 devait être placée sous le signe du renouveau du dialogue transatlantique. Après l’ouragan de la crise irakienne, il était en effet dans l’intérêt de Washington de restaurer son image, et de tourner la page des divergences entre alliés. A cet égard, la visite de Mme Rice à l’OTAN pour clore sa tournée fut considérée comme le signe positif que les Etats-Unis cherchent à réaffirmer l’importance du lien transatlantique. Reste simplement à savoir si derrière les bonnes intentions, le douloureux souvenir de la fracture « vieille » et « nouvelle » Europe ne pointe pas à l’horizon. Sur cette question, la Secrétaire d’Etat se montre pragmatique, en tendant la main aux Etats d’Europe centrale et orientale (la Pologne, la Roumanie et l’Ukraine en tête, mais la Bulgarie est également concernée, avec la perspective d’un redéploiement stratégique américain dans la région), mais sans tourner le dos aux alliés traditionnels. La rencontre avec Angela Merkel fut ainsi positive, et le désir de « punir la France » que Mme Rice avait évoqué au printemps 2003 semble avoir été substitué par le souhait de travailler étroitement ensemble, notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, plus que jamais la priorité de la politique étrangère de l’administration Bush.

 

Pourtant, si cette évolution dans l’attitude américaine vis-à-vis de ses partenaires est louable, c’est surtout dans le cadre des luttes d’influence entre le Département d’Etat et le  Pentagone que la visite de Mme Rice s’inscrivait. Washington n’échappe pas à la règle des grandes démocraties selon laquelle la politique étrangère est fortement déterminée par des éléments internes. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le Pentagone était ainsi parvenu à imposer une diplomatie agressive, que les néoconservateurs, en s’appuyant sur un partenariat de circonstance avec les conservateurs Donald Rumsfeld et Dick Cheney, érigèrent en véritable messianisme. Face à un Dick Cheney très isolé depuis la mise en accusation de son conseiller Lewis Libby et un Donald Rumsfeld empêtré en Irak et incapable de proposer une sortie de crise pourtant tant attendue par l’opinion publique américaine, l’occasion est offerte au Département d’Etat de prendre sa revanche sur la véritable mise à l’écart dont il fut victime au cours de la première administration Bush. Il y a quelques semaines déjà, les révélations du colonel Laurence Wilkerson, ancien adjoint de Colin Powell, concernant l’autorisation au recours à la torture faite par Dick Cheney, indiquait un revirement de situation, dans lequel Mme Rice semble pleinement assumer ses fonctions avec, souhaitons-lui, plus de chance que son prédécesseur. Proche de la famille Bush, réaliste et pragmatique convaincue et formée en ce sens par Brent Scowcroft au début des années 90, la secrétaire d’Etat est en tout cas la personne la mieux qualifiée pour rétablir un équilibre que l’après 11 septembre avait pencher du côté des néoconservateurs et de leurs alliés.

 

La route est encore longue avant que Washington ne parvienne à retrouver pleinement son crédit auprès de ses partenaires, mais les intentions sont là, et ne peuvent qu’encourager les Européens à tendre la main à Mme Rice et à un Département d’Etat qui reprend la diplomatie américaines en main, et faire de cette année du partenariat transatlantique une véritable reprise du dialogue qui doit se poursuivre en 2006. A cet égard, saluons l’initiative de la chancelière allemande Angela Merkel qui, lors de sa première visite officielle à Washington, a rappelé la nécessité de renforcer le partenariat transatlantique, et réaffirmé sa complicité avec Condoleezza Rice.

 

Barthélémy Courmont est chercheur à l’IRIS et publie ces jours-ci L’Asie orientale face au péril des nationalismes, aux éditions Lignes de repères.

mardi, 07 décembre 2004

RESTAURER L’IMAGE DE WASHINGTON POUR PRIORITE

par_b_courmont_copier.jpgAffolés, dégoûtés ou attristés par la diplomatie du président George W. Bush qu’ils jugent désastreuse, d’anciens diplomates et militaires de haut rang américains ont publié une lettre ouverte le 16 juin 2004 pour réclamer un changement politique (1) . Jamais, de toute leur histoire, « les Etats-Unis n’ont été aussi isolés parmi les nations, n’ont suscité autant de crainte et de méfiance », regrette le texte signé par 27 responsables, qui se présentent comme « démocrates pour certains, républicains pour d’autres, beaucoup ayant voté pour George W. Bush ». « Nous ne sommes pas liés à John Kerry. Evidemment, nous pensons qu’il faudrait qu’il soit élu, mais nous ne parlons pas en son nom », précisait ainsi Bill Harrop, ancien ambassadeur en Israël, lors d’une conférence de presse. « C’est cette administration qui s’est éloignée de moi, et pas le contraire. Notre diplomatie a été aussi maladroite que possible », dit avec amertume le général Merrill McPeak, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air, républicain de longue date, jugeant au passage que la planification militaire a été largement insuffisante en Irak. Pour le diplomate Bob Oakley, « les choses sont allées si loin, pouvons-nous encore réparer les dégâts ? ». Dan Philips, ancien ambassadeur, considère pour sa part que « notre réputation internationale a été atteinte. Pour tout cela, il est trop tard ». Une soixantaine d’anciens diplomates américains avaient déjà vivement dénoncé en mai la politique de Washington au Proche-Orient dans une lettre au président Bush. Ces craintes sont révélatrices d’un certain malaise concernant l’image de Washington sur la scène internationale. Dès lors, il est du devoir de l’Exécutif de faire en sorte que la dégradation de l’image de Washington cesse.

exergue1.jpgLes Etats-Unis du début du troisième millénaire ont-ils définitivement perdu le crédit qui a fait de cette démocratie, pendant plus de deux siècles, un modèle à échelle planétaire ? Washington ne s’attendait sans doute pas à faire l’objet de critiques aussi vives, qui interpellent les Américains non seulement pour ce qu’ils font, mais également pour ce qu’ils sont. Il serait en effet illusoire de penser que toute l’amertume portée aujourd’hui à l’encontre de la première puissance mondiale relève uniquement de la réaction post-11 septembre. Déjà auparavant, et même si cela était nettement moins visible, Washington cristallisait de multiples formes de reproches à son encontre, qui s’expliquent davantage par l’omniprésence du modèle américain que par une mauvaise gestion des affaires.

L’Amérique incarne des valeurs de liberté, de démocratie et de libéralisme qui ont façonné son histoire, et font encore aujourd’hui sa fierté (2) . D’ailleurs, Washington continue de fasciner et séduire un nombre considérable d’êtres humains, en particulier dans les régions ayant récemment bénéficié de révolutions démocratiques, comme l’ancien bloc communiste. Dès lors, nul besoin de s’étonner devant la sympathie que recueille cette « nouvelle » Europe auprès des dirigeants américains. Mais devant l’absence d’un adversaire à sa taille, le géant américain se retrouve victime de sa trop grande puissance, et ne parvient pas à imposer son modèle sans que celui-ci ne soit perçu comme une contrainte plus qu’un choix.

exergue2_copier.jpgReste l’animosité de Washington vis-à-vis de ceux qui, à l’extérieur, n’hésitent pas à critiquer ouvertement la politique américaine. Il convient à ce titre d’apporter une certaine modération. Le sentiment anti-français aux Etats-Unis reste ainsi à nuancer, notamment au regard de la composition de la population américaine et de son intérêt pour ce qui dépasse les frontières des Etats-Unis. Nul doute qu’au fin fond du Minnesota ou du Texas, les Américains se désintéressent du positionnement français sur l’Irak, ignorent pour la plupart que la France possède un droit de veto au Conseil de sécurité ou que des actes antisémites ont ponctué l’actualité du printemps dernier. Profondément marqués par le 11 septembre, peut-être — tout au plus — ont-ils eu écho de l’antiaméricanisme qui sévit en France, relayé par la presse. « Je pense qu’il n’y a pas vraiment de francophobie dans l’Amérique profonde », relativise ainsi Stanley Hoffmann, « mais plutôt dans la classe intellectuelle et politique, et chez les journalistes américains, très politisés et nationalistes. S’ils peuvent être critiques à l’égard des autorités américaines, ils prennent la mouche dès qu’un pays étranger se permet de ne pas être d’accord. Ça ne fait finalement pas une masse de gens mais ils sont bruyants » (3) . Mais les points de divergences entre Washington et Paris n’en demeurent pas moins une réalité.

Faut-il rappeler qu’à l’occasion de la campagne électorale aux Etats-Unis, les milieux intellectuels français ont pris fait et cause pour le candidat John Kerry, à tel point que la « couverture médiatique » de l’élection, particulièrement importante d’ailleurs, a été très engagée politiquement en faveur du sénateur du Massachusetts. Les autorités politiques sont pour leur part restées neutres, ne tombant pas dans l’erreur de « faire campagne » en faveur de l’un ou l’autre des deux candidats. Les sondages indiquaient que, si l’élection avait eu lieu en France, John Kerry l’aurait largement emporté, et tout semble indiquer que la classe politique dans son ensemble soutenait le candidat démocrate. Pour autant, ces positions n’ont jamais été relayées par les autorités, contrairement au soutien très marqué en faveur d’Al Gore en 2000 (4) . En tout état de cause, une victoire de John Kerry aurait certainement été accueillie plus favorablement hors des Etats-Unis qu’une réélection de George W. Bush, mais le simple fait de ne jamais l’avoir évoqué est un signe nous permettant de considérer que la diplomatie française est à la recherche d’un rapprochement avec la Maison Blanche, et ne misait pas de façon exclusive sur le résultat du scrutin du 2 novembre.

exergue3_copier.jpgCôté américain, un signe de bonne volonté dans la recomposition du lien transatlantique pourrait se manifester dans le choix du Secrétaire d’Etat, afin de changer les acteurs qui s’étaient opposés lors de la crise irakienne (5) . Divers scénarios sont envisagés et, en fonction de la personnalité des candidats probables, le choix du Secrétaire d’Etat pourrait être un signe permettant de savoir quelle attitude est privilégiée dans la relation avec les partenaires européens. En tout état de cause, il est dans l’intérêt de Washington de privilégier la nomination de personnalités sensibilisées par la nécessité de restaurer l’image des Etats-Unis.

Un rapprochement avec la France souhaité par une administration républicaine n’est donc pas à exclure, et semblerait même à certains égards plus probable, bien que plus pragmatique, que dans le cas d’une victoire démocrate. L’administration Bush et le Congrès estiment que la coopération est l’élément essentiel dans le succès des opérations futures pour faire face aux nouvelles menaces. La Quadrennial Defense Review, rendue publique le 30 septembre 2001 (ce qui signifie qu’elle a été en grande partie pensée avant les attaques terroristes), met l’accent sur l’importance d’intensifier la coopération avec les alliés et les amis de Washington (6) . Par ailleurs, le Département d’Etat considère que la sécurité nationale ne pourra être assurée efficacement qu’à la condition d’un meilleur partenariat, et d’une prise de conscience de la sécurité des alliés. Cela suppose que les Etats-Unis, plutôt que de se lancer dans des opérations unilatérales, comme cela leur est souvent reproché, ont tout intérêt à privilégier les systèmes d’alliances, même si certains dans l’Administration, comme Donald Rumsfeld, estiment que les alliances peuvent être substituées par des coalitions de circonstance. Nous dirons donc que, en fonction des circonstances, Washington pourrait privilégier soit les alliances, soit les coalitions.

Notes:

(1) « D’ex-responsables US affolés par la diplomatie ‘désastreuse’ de Bush », AFP, 17 juin 2004.
(2) Lire Michael Mandelbaum, The Ideas That Conquered the World: Peace, Democracy, and Free Markets in the Twenty-First Century, New York, Public Affairs, 2002.
(3) Cité par Keren Lentschner, « Les Américains sont-ils anti-français ? », France-Amérique.
(4) A l’occasion de la campagne 2000, Paris avait mentionné le professionnalisme du vice-président américain, ce qui avait alors été perçu par le camp démocrate comme un véritable soutien à Al Gore face à George W. Bush.
(5) Il convient de rappeler ici le remplacement de Dominique de Villepin, acteur majeur de la crise irakienne, par Michel Barnier au poste de ministre des Affaires étrangères le 31 mars 2004.
(6) “Quadrennial Defense Review Report”, Department of Defense, 30 septembre 2001, p 11.