mercredi, 22 mars 2006
DILEMMES EN SERIE POUR L’EUROPE
Dilemme. C’est le mot le plus d’actualité dans les ministères des affaires étrangères de l’Union. Dilemme face au Hamas : comment rester ferme face à une organisation qui, malgré l’onction du suffrage universel, reste une organisation terroriste aux yeux des Etats-Unis, de l’Union et d’Israël sans «punir» le peuple palestinien ? Dilemme face au pouvoir biélorusse : comment sanctionner un pouvoir dictatorial, maffieux et tricheur et renforcer les courageuses forces démocratiques sans «punir» un peuple qui vit dans des conditions d’un autre âge ? Dilemme face aux défis nucléaires iraniens : comment adopter une stratégie qui concilie le réalisme, les exigences américaines, la position «prudente» des Russes et des Chinois ? Dilemme ? Lisons les dictionnaires : «n. m. C'est l'obligation de choisir (voir alternative) entre deux partis contradictoires, mais qui tous les deux présentent des inconvénients. Ex: S'il déménage, il perd tous ses amis; s'il ne déménage pas, il ne trouvera pas de travail. Certaines tragédies (de Corneille en particulier) reposent sur un dilemme». Comment sort-on d’un dilemme ? En faisant des choix cornéliens, c’est un truisme de le dire. Mais la «puissance douce», comme dit Jean Quatremer avec indulgence, que constitue l’Union n’est guère capable de faire des choix de courage. Elle s’use à donner du temps au temps, en oubliant que s’il guérit parfois, le temps pourrit souvent… Elle se veut «raisonnable» en oubliant que la faiblesse peut-être une forme de déraison… Elle oublie surtout que «gouverner, c’est choisir», donc sortir des dilemmes.
Au Hamas, l‘Union fait des chèques (en passant par l’Onu), quitte à se faire accuser de «financer le terrorisme». Face au «dernier dictateur d’Europe», l’Union divisée s’en tient à des menaces verbales, à des condamnations formelles, et à des déclarations chaleureuses mais peu efficaces en faveur des «démocrates». Face à l’Iran, son attentisme est tel qu’on se demande si secrètement elle n’espère pas qu’Israël lance une opération coups de poing sur les installations iraniennes… Quitte à condamner a posteriori ce type d’action, bien sûr… Il ne s’agit évidemment pas ici de condamner «l’Europe de Vénus» pour exhorter à la constitution d’une «Europe de Mars». Mais l‘Europe «douce et molle» ne joue pas le rôle qu’elle devrait jouer. Une crise qui naît des structures et des hommes. Pas d’union politique et pas de vrai leader… Un jour, cela peut se payer très cher. Tragique, redirait Corneille, expert en dilemmes…
Daniel Riot est journaliste
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mardi, 21 mars 2006
BIELORUSSIE : L’EUROPE ET LES ETATS-UNIS LAISSENT L’OPPOSITION A SON TRISTE SORT
Le patron du «Jurassic Park» du stalinisme défunt va-t-il mettre ses menaces (de mort) à exécution ? Le fait est que celles-ci n'ont pas empêché aujourd'hui encore, comme hier, plus de 7000 personnes de crier leur soif de justice et de liberté dans le centre de Minsk... Le fait est aussi que ce survivant du stalino-fascisme défunt bénéficie du soutien de Poutine qui préside le G8 et va présider le Comité des ministre du Conseil de l'Europe....Un «rideau de fer» existe toujours aux frontières orientales de l'Union européenne... Aurions-nous peur de ce «petit chef» d'un autre âge ? Si oui, les démocraties sont vraiment mal dans leur peau... Quelque 7.000 personnes, donc, se sont à nouveau, rassemblées dans le centre de Minsk, à l'appel du candidat d'opposition Alexandre Milinkevitch, pour réclamer l'annulation de l'élection présidentielle de dimanche, dont des observateurs indépendants ont dénoncé les irrégularités. Alexandre Loukachenko, crédité d'un score de 82,6% des suffrages, a défendu sa réélection en affirmant que le scrutin avait été «libre et démocratique». Deux mots qui sont autant de vraies insultes à Minsk... Le président russe Vladimir Poutine, pour qui l'arrivée au pouvoir de dirigeants pro-occidentaux en Géorgie et en Ukraine a été interprétée comme un signe de déclin de l'influence russe sur ces ex-républiques soviétiques, s'est empressé de féliciter Loukachenko. «Les résultats de l'élections témoignent de la confiance des électeurs dans votre orientation», dit son message de félicitations, rendu public par le Kremlin. Poutine en l’occurence devrait avoir des comptes à rendre: son ami de Minsk ne peut pas être Notre ami. Et chacun est jugé aussi sur ses amis...
En revanche, les Etats-Unis, qui avaient présenté l'an dernier (avec raison) Loukachenko comme le «dernier dictateur d'Europe», ont dénoncé sa victoire en disant que le scrutin s'était tenu dans un climat de terreur. «Nous soutenons les appels à une nouvelle élection», a déclaré Scott McClellan, porte-parole de la Maison blanche. Et celui-ci de mettre en garde les autorités biélorusses contre «les menaces ou l'arrestation, dans les prochains jours et au delà, de ceux qui exercent leur droits politiques», allusion aux manifestations de l'opposition biélorusse. «Les Etats-Unis n'acceptent pas les résultats de l'élection. La campagne électorale s'est déroulée dans un climat de crainte, avec des arrestations, des coups et des fraudes», a poursuivi McClellan. On peut regretter l'absence d'une prise de position aussi nette de l'Union et des autorités du Conseil de L'Europe... Cela va venir, peut-être (?) Sur la place d'Octobre de Minsk, Milinkevitch - officiellement crédité de.... six pour cent des suffrages ! - a prévenu ses partisans qu'il faudrait faire preuve d'opiniâtreté. «Soyez prêts à rester où vous êtes, leur a-t-il scandé. Notre action sera longue. Nous, peuple libre de Biélorussie, nous ne reconnaîtrons jamais cette élection. Ils ont peur de nous. Le pouvoir repose sur des mensonges».
L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe avait peu auparavant dénoncé le scrutin, affirmant qu'il n'avait pas respecté les normes requises par la communauté internationale pour des élections libres et démocratiques. «De nombreuses preuves matérielles appuient ces conclusions (...) La démocratie en Biélorussie n'en est qu'à ses balbutiements», a déclaré Alcee Hastings, coordinateur spécial de la mission d'observation de l'OSCE, forte d'un demi-millier d'experts. «L'usage arbitraire du pouvoir, évidemment destiné à protéger le président sortant, est allé largement au-delà des pratiques acceptables», renchéri l'organisation dans un communiqué. «Dans un pays où les libertés d'expression et d'association sont si totalement et violemment supprimées, une élection n'est pas un exercice démocratique, c'est une farce», déplore de son côté Terry Davis, secrétaire général du Conseil de l'Europe, dans un communiqué publié depuis Strasbourg. On aurait pu espérer une prise de position plus nette de la part du bouclier de la démocratie dans l’espace paneuropéen. Mais sans doute Terry Davis est-il trop soucieux de ménager Moscou: la transition démocratique est si difficile....
Le chef de l'Etat biélorusse s'est quant à lui félicité que «la révolution que beaucoup évoquaient et que certains préparaient ait échoué», assurant qu'il ne pouvait en être autrement. «Malgré la pression et les ordres venus de l'étranger, ils n'ont pas réussi à nous briser», a-t-il insisté, évoquant le soutien occidental dont l'opposition aurait bénéficié. Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Cinq se sont réunis à Bruxelles pour évoquer le scrutin. Si aucune décision définitive n'est attendue dans l'immédiat, l'inclination de l'Union est claire. «L'atmosphère d'intimidation et de harcèlement à l'encontre de l'opposition est inquiétante», a déclaré Ursula Plassnik, ministre autrichienne des Affaires étrangères, dont le pays assure la présidence de l'UE. Quand l’Union sortira-t-elle des litotes diplomatiques ? Elle a, en l’occurrence, les mêmes défauts que le Conseil de l'Europe. Comme disait Paul-Henri Spaak dans les années 1950, le manque d'audace, d'imagination et de courage sont des vraies «plaies d'Europe». Quant à Scott McClellan, le porte-parole de la Maison blanche, il n'est guère plus à l'aise dans ses baskets, déclarant à des journalistes que Washington était prêt à coopérer avec l'Union européenne pour prendre des mesures contre les responsables des fraudes électorales et des atteintes aux droits de l'homme en Biélorussie. Washington est prêt à imposer de nouvelles sanctions limitées contre la Biélorussie, en étendant, par exemple, la liste des personnalités biélorusses persona non grata aux Etats-Unis, a dit McCormack. Mais un responsable américain a reconnu sous le sceau de l'anonymat que les Etats-Unis disposaient de peu de leviers sur Loukachenko. «La vérité est que nous avons peu de moyens de pression sur lui, parce que nos relations économiques ou diplomatiques, tout comme celles de l'Europe, sont limitées. De sorte que cela dépend vraiment des Russes, qui entretiennent des relations étroites avec la Biélorussie. Mais ils ne paraissent pas prêts à donner une claque à Loukachenko». Constats d'impuissance et d'hypocrisie. Désespérant.
Daniel Riot est journaliste
13:45 Publié dans DANIEL RIOT , RELATIONS EXTERIEURES , RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
lundi, 20 mars 2006
INSTAURER LA DEMOCRATIE AU BELARUS, UN VRAI DEFI POUR L’EUROPE
La démocratie ne se résume décidément pas à une addition de suffrages… Un regard du coté de Minsk, la capitale du Belarus, ce morceau de l’ex-URSS où le stalinisme se porte toujours aussi bien suffit à s’en convraince…. Stalinisme ? Un mélange rouge-brun, plutôt. «Batka», le «père»… est aussi un admirateur d’Hitler… Et cet ancien professeur d’histoire ne s’en cache pas. Il s’en vante, même… Alexandre Loukachenko, le président biélorusse sortant, âgé de 51 ans et au pouvoir depuis douze ans, peut faire couler la vodka chez ses supporters et renforcer sa «terreur d’Etat». Ce soir, «Batka» est donné gagnant, bien avant la fin du dépouillement. Comme prévu. Quand bien même sa victoire serait contestée par l’opposition démocratique et par les rares observateurs internationaux…. condamnés à ne rien pouvoir voir, comme annoncé… Aucune surprise, donc à Minsk : un sondage de sortie des urnes attribue plus de 84% des voix au président sortant, dernier dictateur en place de l’espace paneuropéen. Là, dans ce pays enclavé entre Pologne et Russie, qui ne dispose pas du statut d’Etat mebre du Conseil de l’Europe... L'opposant démocrate Alexandre Milinkevitch, qui appelle à manifester ce soir contre un scrutin jugé frauduleux n’obtiendrait pour comparaison que 2% ( !) des suffrages. L'Union européenne avait beau eu menacer le régime en place de nouvelles sanctions en cas de fraudes électorales et les Etats-Unis reconnu avoir injecté 21 millions de dollars (près de 17,5 millions d'euros) pour soutenir la démocratie dans le pays, rien n’y a fait… 84% ! Mais il est vrai que Poutine, encore furieux d’avoir eu à «affronter» les révolutions orange en Ukraine et rose en Géorgie, n’entend pas vivre de révolution bleue à Minsk. Poutine soutient donc Batka à fond, y compris en lui livrant du gaz à bas prix… Triste coïncidence, donc, que d’observer qu’il appartiendra sous peu, et pour la première fois, à Moscou de présider le Comité des ministres du Conseil de l’Europe.
Reste que, comme le rappelle l’AFP, «le président Loukachenko maintient la Biélorussie dans une sorte d'âge de pierre politique et économique, assorti d'un isolement quasi complet sur la scène internationale. Se présentant comme le garant de la ‘stabilité’, l'homme a assis sa popularité auprès de la population âgée des campagnes, insistant sur ses origines rurales. Son discours populiste et son langage de charretier font impression, ses méthodes font froid dans le dos». Dernière trouvaille politique en date, précédant le scrutin d’aujourd’hui : la dénonciation d’un projet d’attentat, fomenté par les «démocrates», es «agents de l’étrangers» et déjoué par le KGB de Batka… Le tout mis en scène via la télévision, qui offre aux téléspectateurs biélorusses le privilège de suivre la confession d'un «terroriste» par écran interposé. Le jeune homme, dont l'identité n’a pas été précisée, y a expliqué avoir été entraîné aux attaques chimiques dans un camp «situé en Géorgie», ainsi qu'à la réalisation d'explosifs et de mines labellisées ex-URSS et Otan. Cerise sur le gâteau, les caméras d’Etat ont également montré un pistolet, des portables et des dollars… «Propaganda»…
Les 3000 personnes réunies ce soir place d’Octobre, dans le centre de Minsk, savent qu’elles risquent gros. Loukachenko a promis de leur «tordre le cou, comme on fait aux petits canards» et de les traiter comme des «terroristes», donc comme des gens qui risquent la peine de mort ou l’emprisonnement à vie. Car Alexandre Loukachenko se moque de ce que pensent les organisations internationales, l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, l’OSCE et des menaces qu’elles peuvent brandir. Il en tire même parti grâce aux médias qu’il contrôle, à ses services de sécurité (qui s’appellent toujours… KGB), à son chantage aux études, à l’emploi, aux aides publiques, au logement et, bien sûr, grâce à sa police et à sa justice «aux ordres». A son système militaro-policier qui contrôle plus de 80% des activités du pays…
Pourtant, la vraie question biélorusse est aujourd’hui européenne. Qui osera l’affronter dans toute sa complexité ? Le Conseil de l’Europe a des principes à faire respecter, y compris par ses pays membres à l’égard des pays non membres… L’Union ne doit quant à elle pas se masquer derrière l’aide humanitaire au «peuple biélorusse», qui n’est, dans les faits, qu’une forme de soutien déguisé au régime. L’OSCE joue pour sa part à Minsk une crédibilité déjà bien entamée. Les Etats-Unis, enfin, doivent prendre conscience qu’ils ont tort de jouer en «solitaire» et d’user de méthodes «impérialistes». Pour faire court et direct, les différentes capitales doivent, plus que jamais, cesser de se contenter de «belles paroles».
Daniel Riot est journaliste
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samedi, 11 mars 2006
LA MORT DE MILOVEVIC: LES TROIS SECRETS DE LA TOMBE
Qui peut pleurer ? Les Serbes qui l’adulaient : il y en a…. Et tous ceux qui rêvaient d’un vrai procès. Sur tous les plans… Idéologiques, politiques, policiers, financiers, criminels… Milosevic, c’était l’incarnation, le symbole vivant, du fascisme «noir-rouge-brun», de ce curieux mélange (explosif) entre le stalinisme, le nazisme, le populisme, le nationalisme, le bellicisme et (on l’oublie trop), l’affairisme. Il est mort. Soit. Trop tôt. Dans des geôles de La Haye et dans des conditions qui vont alimenter des rumeurs et des désinformations : c’est déjà parti. On parle même de meurtre…. N’importe quoi. Dommage. Déjà de «bons» esprits s’emballent. Le tribunal de La Haye aurait-il dû autoriser «Milo» à se faire soigner, à Moscou ou ailleurs. Le Kremlin dénonce… Les pires adversaires de la juridiction internationale de La Haye tentent de trouver dans sa mort, «dans sa cellule», une raison de dénoncer ce «système» qui est supranational, donc au-dessus des juridictions nationales, ce qui heurte de front les corporatismes juridico-politiques nationaux… et les pourris des insuffisances du droit international qui ne mérite toujours pas son nom
.
Restons sérieux : Milosevic, mort, reste un accusé, non un héros. Un monstre, non une victime. J’en ai parlé avec nombre d’amis serbes qui ne veulent rien entendre : Milosevic est le héros du grand malheur serbe, non le chantre du bonheur serbe… Et c’est un vrai ennemi de l’humanité, un auteur et un inspirateur des pires crimes. Sa mort va ajouter à sa légende : c’est grave… Qui peut encore vivre au temps du Champ des merles ? La Cour de la Haye, disqualifiée par les Serbes, fait peur à Washington, à Moscou, et dans toutes les capitales soucieuses de continuer à faire triompher les (dé)raisons d’Etat sur les principes de justice (Pékin, New Delhi, Téhéran, Paris, Londres, Berlin… entres autres …). Le droit international reste une négation du droit. Une hypocrisie du droit. Ou une déviation sublimée - ou subliminale - du droit… Milo meurt avec trois mystères qui n’ont pas fini de nous hanter… Le premier : les crimes de guerre. C’est la plus importante des questions. De quoi est-il coupable exactement ? Nous ne saurons jamais…. Ce mélange d’Hitler et de Staline a fait trop de morts et de victimes… Combien ? Le deuxième : les fondements du fascisme «noir-rouge-gris» qu’il a voulu instaurer. Un mélange explosif entre le nazisme, le stalinisme et le pire des nationalismes vaut analyse, sérieuse : l’avenir européen n’est en rien vacciné contre ce fléau hérité du XXième siècle… Le troisième : l’alliance diabolique entre les populismes, les nationalismes et l’affairisme : les menaces sont générales à des degrés divers. Sur les réseaux financiéro-maffieux… Qui étaient au cœur du procès Milosevic… lequel ne sera jamais instruit complètement ni achevé…
Au coeur financier du système Milosevic et de ses batailles, une vaste «caisse noire» avec des ramifications dans plus de cinquante pays. Qui aujourd’hui peut-il le nier ? «Durant toute ma carrière, je n'ai jamais rencontré ni jamais entendu parler d'une structure financière off-shore aussi vaste et aussi compliquée», note le norvégien Morten Torkildsen, enquêteur au bureau du procureur et auteur du rapport rendu public hier par le Tribunal pénal international. Le quotidien Libération s’en est fait l’écho. Trop tard, sur ce plan là aussi… Ce texte de soixante-quinze pages avec les annexes devait être présenté au cours d'une audience prochaine du procès de l'ancien président yougoslave, jugé depuis le 12 février et accusé de «crimes de guerre et crimes contre l'humanité» pour ses responsabilités dans les conflits au Kosovo (1990-1999), en Croatie (1991-1995), ainsi que dans le «génocide» bosniaque (1992-1995). Sa mort va-t-elle rendre caduque l’enquête ? Et qui va en profiter ? Le «système» monté par Milosevic et ses proches servait à contourner les sanctions internationales mises en place contre la Yougoslavie dans les années 1990, et surtout à acheter des équipements militaires, hors de tout contrôle. «Ce n'est qu'une partie de la pieuvre», explique Florence Hartmann, porte-parole de Carla Del Ponte, soulignant que «le bureau du procureur n'a pas cherché à mener une enquête financière sur l'ensemble de l'argent détourné par Milosevic, mais qu'il s'est concentré sur le financement parallèle des structures et des groupes qui ont mené les guerres et les crimes».
Ce n’est pas tout… L'économiste réformiste, cité par Libération, Mladan Dinkic, actuel gouverneur de la Banque centrale yougoslave, estime à 4 milliards de dollars l'ensemble de l'argent détourné des caisses de l'Etat par Slobodan Milosevic et les siens jusqu'au renversement du régime en octobre 2000. Des chiffres ? Le très détaillé rapport du TPI remonte les filières pour 80 millions de dollars et 500 millions d'euros. Il se fonde notamment sur les interrogatoires de plusieurs hommes clefs du système, dont le chef de la police politique, Rade Markovic, et surtout celui de Mihalj Kertes, homme des basses oeuvres et grand argentier du clan Milosevic, en tant que patron des douanes. Allez savoir… La plus grande partie du pactole des «caisses noires» provenait (semble-t-il) de cette administration fédérale, où Mihalj Kertes régnait sans partage. Du moins, on le dit au conditionnel… Surnommé «Donald Duck» pour ses colères, ce natif de la Voïvodine avait aidé Milosevic à prendre le contrôle, en 1988, de cette région du nord de la Serbie, qui bénéficiait d'un statut d'autonomie analogue à celui du Kosovo. Arrêté en décembre 2000 par les nouvelles autorités réformistes, il confiait au quotidien Devni Telegraf : «Quand l'Etat a découvert à travers moi ces possibles sources d'argent, il en fallait toujours plus, et ma démission était devenue impossible». Quelques mois plus tard, Milosevic, arrêté en avril 2001 et accusé de malversations financières, affirmait devant les juges serbes que «l'argent avait été dépensé pour des armes, des munitions et d'autres fournitures destinées aux armées des Serbes de Bosnie et de Croatie, et que, pour des raisons de secret d'Etat, cela ne pouvait être inscrit dans le budget».
Selon le rapport, une partie des sommes servait pour l'armée ou la police. Le reste transitait par des banques yougoslaves, en particulier la Beogradska Banka, où Milosevic commença sa carrière d'apparatchik sous la tutelle de Borka Vucic, qui restera le cerveau financier du clan. L'argent partait vers des sociétés écrans au travers de banques étrangères basées à Chypre (Banque populaire de Chypre) et en Grèce (Banque hellénique). Le document scrute les comptes de huit de ces compagnies, dont Aviatrend, créée à Gibraltar en 1994 par un présumé trafiquant d'armes russe, ou la société Neocom, basée à Chypre et dont le propriétaire était jusqu'en 1998 Borislav Milosevic, frère de Slobodan et ancien ambassadeur de Yougoslavie en Russie. «Des paiements étaient effectués vers des sociétés basées en Israël, en Russie et aux Etats-Unis, et impliquées dans la production et la vente d'équipements militaires», indique le rapport. Des transferts partaient aussi sur des comptes basés dans une cinquantaine de pays (Grèce, Allemagne, Autriche, Chypre, Suisse, Luxembourg, Liechtenstein, Singapour, Monaco, Guernesey, Jersey et Man...). Mais, du propre aveu des enquêteurs, il sera impossible de dérouler l'ensemble de l'écheveau financier monté par l'ex-homme fort de Belgrade Impossible, sans doute si l’on s’arrête à l’acte de décès de Milosevic et si l’on ne veut pas voir que ses réseaux, eux, sont toujours bien vivants…
Daniel Riot est journaliste
19:20 Publié dans DANIEL RIOT , DROIT & JUSTICE , RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
mercredi, 08 mars 2006
ENERGIE : L’EUROPE DEPEND ENCORE TROP DE SES LOGIQUES NATIONALES
Oui, il faut une Europe de l’énergie. Et nous aurions dû la créer depuis longtemps… Mais sommes-nous en train de la faire ou de la rendre impossible ? Sur un marché en effervescence, la commission de Bruxelles semble être prise au piège de son manque d’initiative, d’absence de stratégie et de deux aspirations contradictoires : lutter contre les concentrations, les trusts, et libéraliser la concurrence, pour le bénéfice des consommateurs… Coup d’œil dans le rétroviseur : Avec l’acier, le charbon et (on oublie trop Euratom) le nucléaire, la construction européenne s’est fondée sur les matières premières et les sources d’énergie. Grande lucidité des «pères de l’Europe» qui avaient bien analysé les causes des guerres civiles européennes de 14/18 et de 39/45 : les cartels, les rivalités entres les industries de «guerre», les impérialismes dictés par les batailles de l’énergie. Car l’énergie, c’est la vie. Et la mort. La puissance et la faiblesse. La domination et la soumission. L’air, l’eau, les fruits de la terre, le pétrole, l’électricité, les matières premières et le reste… Le projet CECA a été conçu dans cette perspective. Les conditions ont changé, mais les réalités de bases restent les mêmes : avec les mêmes «nerfs de la guerre», déclarée ou non, civile ou militaire, armée ou financière. Sur l’énergie, trois constats :
1. Tout ce qui n’est pas renouvelable est épuisable… Vertige ! Pour l’eau, pour le pétrole, pour les matières premières, pour la saturation de l’atmosphère par une pollution croissante qui dérégule tout, y compris la température de la planète. Il n’y a pas de stratégie commune véritable. Pas de vraie politique commune. L’Union, dépassée par les événements. Pourtant, Jacques Delors, en son règne, avait vu juste, à coups de livres verts ou blancs et de rapports qui sont restés dans les tiroirs….
2. Les sources d’énergie créent des dépendances terribles. Pourquoi n’a-t-on pas médité davantage le chantage au pétrole fait en 1973 pendant le conflit israélo-arabe ? Pourquoi l’Europe dans son ensemble s’est-elle mise en état de dépendance de la Russie depuis les années 1990, en gaz et en pétrole ? Pourquoi avons-nous laissé à «l’économie-casino», donc aux puissances d’argent, le droit de décider qui contrôle, donc qui dirige quoi ?
3. Dans les batailles européennes d’aujourd’hui sur l’énergie, la Commission est prise entre deux feux. D’un coté : l’esprit des libéralisation. De l’autre : le risque des monopoles, des trusts. Donc, d’un coté, la concurrence dévastatrice, et, de l’autre, une concurrence trahie. A quoi bon remplacer des monopoles d’Etat par des monopoles privés ? Question subsidiaire, mais essentielle : dans ce secteur comme dans d’autres, pourquoi les multinationales apatrides ont-elles su mieux utiliser les règlements européens que les entreprises européennes ? Malheur de l’Europe : elle suscite plus de confiance et d’espoirs à l’extérieur qu’à l’intérieur…
Trois cas précis (entre autres) posent problèmes : Mittal contre Arcelor, avec l’appui d’un géant allemand ; l’accord germano-russe conclu par Schröder sur le gazoduc par la Baltique, donc derrière le dos des Polonais et au mépris des pays baltes ; L’alliance Suez-Gaz de France contre l’OPA de l’italien Enel. Là, on rêve… Edf et Gdf ont été séparés, malgré 60.000 salariés communs, sous prétexte que le gaz et l’électricité sont des domaines différents. Mais Suez + Gaz de France, c’est quoi ? L’électricité plus le gaz : comprenne qui pourra… Qui plus est, comment ne pas s’interroger sur le rôle de l’Etat français dans cette opération qui fait des remous partout, en Italie et en Belgique notamment. Dominique de Villepin, chantre du «patriotisme économique», et son ministre de l'Economie et des Finances, Thierry Breton, ont multiplié les consultations pour voir comment protéger Suez alors que l'Europe de l'énergie est en ébullition depuis l'OPA de 29,1 milliards d'euros du géant allemand E.ON sur l'espagnol Endesa, qui était convoité par Gas Natural. Le nouvel ensemble pèse plus de 72 milliards de capitalisation boursière, ce qui en ferait le numéro deux européen derrière Electricité de France (77 milliards). Il affiche un chiffre d'affaires combiné de 63,9 milliards en 2005 Les deux groupes doivent publier leurs comptes annuels en mars. Sur le premier semestre, Suez a dégagé un profit net de 1,5 milliard tandis que Gaz de France a affiché 1,2 milliard. Si ce rapprochement a déjà été plébiscité par les investisseurs, les syndicats de Gaz de France n'ont pas caché leur hostilité en rappelant que le gouvernement avait promis que l'Etat conserverait 70% au moins du capital. La CGT, la CFDT et FO ont dénoncé une privatisation déguisée. Les conseils d'administration des deux groupes ont insisté sur le respect de leurs cultures et sur les créations d'emplois, non chiffrées à ce stade, précise l’agence Reuters.
Remarque 1. François Hollande n'a pas tort de parler de «précipitation» sur la forme de cette fusion. Le gouvernement renie en effet, sans aucune forme d'explication, la forte promesse faite en 2004 de garder Gdf dans le giron public, au nom, déjà, du caractère stratégique du gaz. Voilà l'entreprise pourtant privatisée aujourd'hui. Remarque 2. On peut s'étonner du va-et-vient : Gdf a été séparée d’Edf, au motif que le marché du gaz est différent de celui de l'électricité. Voilà qu'on recolle le gaz de Gdf avec l'électricité de Suez, qui se veut concurrent d’Edf. Où est la logique ? Où est le bon sens dans la perspective de la défense du secteur public, pourtant vantée par le gouvernement français ? Sur le fond, on peut comprendre que le groupe Suez ait souhaité, depuis deux ans, racheter Gdf : son PDG, Gérard Mestrallet, voulait se diversifier dans l'énergie et le groupe public est, lui, trop petit à l'échelle européenne. Mais l'opération était bloquée par la promesse de non-privatisation de Gdf. Un constat : C'est l'éventuelle OPA italienne qui pousse le gouvernement à déclencher le rapprochement franco-français. C'est ce qui est déplorable, d’un point de vue européen. De Villepin s'avère protectionniste, pour ne pas dire nationaliste. La France a dit non au projet de Constitution européenne. Elle dit non, aujourd'hui, à l'Europe de l'énergie. Et le livre vert de la Commission européenne sur une politique commune de l’énergie semble bien dépassé… «Nous voulons une énergie qui soit durable, à moyen et long terme, qui soit compétitive et qui soit sûre du point de vue de l'approvisionnement. Il paraît évident que pour l'obtenir nous ne pouvons pas avoir vingt-cinq politiques différentes», a affirmé son président, José Manuel Barroso, hier, à l'agence Lusa. «L'augmentation extraordinaire des prix de l'énergie, une certaine instabilité politique dans certains pays fournisseurs et certaines crises récentes ont attiré l'attention sur la nécessité d'une stratégie commune», a-t-il ajouté. Soit. Mais que cela pèse-t-il par rapport aux lignes de forces du marché et des politiques nationales ?
Selon une version provisoire du document, que les agences de presse ont obtenue, le texte définit plusieurs priorités : la mise en œuvre de politiques énergétiques communes tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'Europe, une diversification des sources d'énergie internes, une plus grande intégration des marchés des Vingt-Cinq, la prise en compte du réchauffement climatique, et le développement de la recherche. Des objectifs déjà connus qui s'accompagnent d'initiatives plus concrètes comme la création d'un centre européen pour les réseaux énergétiques, et l'élaboration d'un plan stratégique pour la recherche et la technologie. Mais concrètement que cela veut-il dire ? Dépassée, la Commission… Sur un sujet pourtant essentiel, vital et qui aura des retombées directes sur les contribuables et les consommateurs européens. L’échec de «l’Europe de l’énergie», c’est un échec existentiel pour «l’ Europe citoyenne»… Et pour l’Europe réaliste. Questions alors :
1. En quoi Enel sait-il moins que Gdf ce qu'est l'intérêt stratégique de l'Europe ? Quand on a vu Vladimir Poutine couper le gaz de l'Ukraine, il y a quelques semaines, l'Union européenne a découvert qu'elle manquait d'unité face au géant russe, son premier fournisseur, et qu'elle se mettait en quelque sorte à sa merci. Chacun comprend donc que la sécurité gazière de l'Europe passe par la constitution de grands groupes paneuropéens et non par la construction de «champions nationaux».
2. Le renoncement à l'Europe est mauvais pour le consommateur, qui verra le prix payé surélevé au nom de la défense des intérêts industriels de «champions». Il est mauvais pour l'Europe, puisque les «champions» ne pourront plus se marier entre eux. En 1998, la sortie par le haut dans les industries de défense, tout aussi stratégiques, s'est faite par la création d'EADS. Il faudrait suivre la même voie pour l'énergie.
Mais… 3. Secteur stratégique, le marché de l'énergie recèle de gros enjeux. Rapproché au nom du patriotisme économique, le duo Gdf-Suez se hissera sur la troisième marche du podium européen de l'énergie avec un chiffre d'affaires cumulé de 64 milliards d'euros, et même au deuxième rang par sa capitalisation boursière. Et alors ? Qui y gagnera ?
En face de ces questions, la commission Barroso semble bien timorée, voire défaillante par rapport à ses responsabilités : Selon le quotidien La Tribune, «José Manuel Barroso se réserverait d'interpeller les leaders européens, lors du Conseil européen des 23-24 mars, sur des questions plus 'politiques', y compris, donc, les dérives à ses yeux 'nationalistes', de l'actuelle composition du paysage industriel européen.». Cela veut dire quoi, en clair ? Le citoyen européen ne comprend pas…
Daniel Riot est journaliste
14:40 Publié dans DANIEL RIOT , ECONOMIE | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
mardi, 21 février 2006
QUE VEULENT VRAIMENT LES IRANIENS?
Que veulent vraiment les dirigeants iraniens ? Et surtout que peuvent-ils ? Cette double question en soulève une autre : qui gouverne vraiment à Téhéran ? Ces questions deviennent obsédantes pour les diplomates européens confrontés à des signaux antagonistes, à des informations contradictoires… Une seule certitude : les rois de la Perse d’aujourd’hui sont passés maîtres dans l’art de la douche écossaise. Du chaud, brûlant, et du froid, glacial. En tout, sur tout et pour tout ou presque. Un double langage, ou deux langages différents ? Une stratégie «tendue et détendue» avec «avancées et reculées». Sourires et grimaces. Carottes et bâtons. Et des contradictions trop flagrantes, trop apparentes pour ne pas être calculées ou … subies. Mystères à Téhéran ! Ces dernières heures, quelques signes contradictoires parmi d’autres :
Sur le nucléaire, tout d’abord : Des discours de fermeté, voire d’agressivité, à Téhéran où l’on affirme que les recherches sur l’enrichissement de l’uranium ont été reprises, en dépit des «injonctions internationales». «C’est un droit que personne ne peut nous contester». Mais, dans le même temps, des gestes de bonne volonté, d’ouverture et de dialogue, sont faits à Moscou et à Bruxelles. A Moscou, les négociations russo-iraniennes sur le nucléaires ont été «positives» : les deux jours de négociations seront poursuivis à Téhéran par d’autres pourparlers…. L’offre russe, soutenue par les Américains et les Européens, de permettre à l’Iran de développer, en Russie, une énergie nucléaire exclusivement «pacifique» donc «civile» n’est donc pas rejetée… Espoirs ? Pas sûr…. «Je ferais preuve de prudence avant d'employer les termes de rupture ou d’échec tant que les discussions ne seront pas terminées», conseille le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, cité par Interfax, et devenu expert dans l’art de la litote. Le dialogue continue. C’est l’essentiel. A Bruxelles, le chef de la diplomatie iranienne, Manuchehr Motaki, a eu des contacts au plus haut niveau, à la Commission, au Parlement européen, à Bruxelles, et avec Javier Solana, le Haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité (PESC). Cette visite peu médiatisée est importante par le seul fait qu’elle a eu lieu. D’autant plus qu’au-delà du dossier nucléaire, les Européens ont pu développer les arguments sur leurs positions au Proche-orient (Liban, Syrie, discussions israélo-palestiniennes), sur la lutte contre les terrorismes, sur les droits de l’homme en Iran, sur le non-respect des biens et des personnes de l’Union européenne en Iran à la suite de «l’affaire des caricatures».
Sur Israël ensuite : Un groupe iranien créé fin 2004, Esteshadioun (Candidats au martyr), vient de relancer une campagne de recrutement de volontaires à l'attentat-suicide en cas d'attaque militaire contre la République islamique. De la part d’Israël ou des Américains. Le président de la République islamique, Mahmoud Ahmadinejad, multiplie les déclarations anti-sionistes, antisémites, anti-américaines et anti-européennes : l'Holocauste est un «mythe», la «destruction d’Israël» est un «but», l’Europe devrait «offrir» un territoire pour un «Etat juif» ; les Britanniques sont à l'origine des troubles qui secouent, depuis l'été 2005, la province iranienne du Khouzistan, limitrophe du sud de l'Irak. Il affiche un soutien «complet» au Hamas et raille en permanence le « projet» américain de démocratisation du Proche-Orient qui a abouti, selon lui, au résultat contraire à celui escompté en ouvrant aux mouvements islamistes le champ politique (ce qui n’est pas faux). Mais dans le même temps, les spécialistes des affaires iraniennes remarquent que l’anti-sionisme officiel ne se traduit par aucune agressivité contre les juifs iraniens : «La négation de l'Holocauste, n'est pas un acte antisémite proprement dit - les juifs iraniens ne sont pas attaqués et les lieux sacrés du judaïsme, telles les tombes de Daniel et d'Esther, ne sont pas profanés - mais un acte calculé, comme l'est l'hostilité aux Etats-Unis et à Israël. Il vise à rallier l'opinion arabe et musulmane à la cause du régime», remarque ainsi M. Jahanbegloo, un politologue iranien, cité par Le Monde.
De cette remarque, dont la pertinence est confirmée par d’autres spécialistes des questions iraniennes, une leçon majeure : les gesticulations iraniennes sont d’abord à usage interne. En fait, les autorités iraniennes utilisent «l’ennemi extérieur» comme ciment de l’unité intérieure : classique… Le problème, pour le régime, c’est de savoir jusqu’où il peut ne pas aller…. Bien des dénonciations «d’ingérences extérieures» relèvent d’une «parano» soigneusement calculée et cultivée, mais les Iraniens ont un sens aigu des rapports de forces. Ils savent qu’ils ne sont pas à l’abri d’une attaque-éclair unilatérale d’Israël ou des Etats-Unis.
Ainsi, le politologue russe Mikhaïl Deliaguine estime «probable» une frappe aérienne américaine contre les sites nucléaires en Iran. Cité par l’agence russe RIA-Novosti dans une information publiée le 14 février, le président de l’Institut des problèmes de la mondialisation constate que «ces derniers jours, les Etats-Unis éprouvent un besoin croissant de mener une guerre contre l’Iran», et compare la situation actuelle à celle de 1999, à la veille des bombardements par l’Otan en Yougoslavie, et à celle de 2003, à la veille de l’occupation de l’Irak par les troupes de la «coalition». Il n’est pas le seul à raisonner ainsi. Israël, de son coté, a évidemment des plans d’action pour neutraliser l’effet de nuisance de l’Iran sur trois plans : l’arme nucléaire, bien sûr ; le soutien au «terrorisme», surtout si le Hamas au pouvoir ne modifie ni ses buts ni ses méthodes et est soutenu par l’Iran ; et les alliances douteuses, entre Téhéran et Damas qui, notamment à travers le Liban, visent Israël…. Au début de l’année, la presse britannique avait fait état de manœuvres réalisées par les forces aériennes d’Israël et ses marines de guerre simulant une intervention sur les implantations nucléaires souterraines en Iran, dans le style de l’action menée en juin 1981 contre le réacteur Tammuz, d’Osirak, en Irak. C’est un secret de Polichinelle : Les Iraniens ne l’ignorent pas. Tout le problème, pour eux, est de déterminer les lignes rouges à ne pas franchir en poursuivant un double but : diaboliser «l’ennemi» (l’Occidental, en général) pour cimenter l’unité intérieure ; susciter des divergences entre la Russie, la Chine, l'Union européenne et les Etats-Unis. Le problème, pour les Européens, est d’adopter une attitude commune avec un double objectif : neutraliser les dangers que représentent les Iraniens pour la paix mondiale et tenter de réintégrer l’Iran dans une communauté internationale qui n’a aucun intérêt à être en conflit avec les héritiers d’une civilisation fantastique. Mais aujourd’hui, comme jadis, «comment peut-on être persan ?» Vieille question, pour eux et pour les autres, donc pour nous…
Daniel Riot est journaliste
18:00 Publié dans DANIEL RIOT , RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
samedi, 18 février 2006
NON A DES FATWAS DE L'ONU CONTRE VOLTAIRE
Voici un vrai débat. Et un vrai défi. Le plus important sans doute au niveau planétaire, dans le registre des Droits de l’Homme, depuis les grands débats entre les « Occidentaux » qui mettaient en avant les droits individuels et les régimes communistes qui opposaient « libertés réelles » et « libertés formelles ». Et plaçaient « l’Humanité » avant les Hommes….Voltaire condamné par l’ONU? Des fatwas contre Montesquieu ? Diderot à l’index ? Beaumarchais au bûcher ? Les Lumières éteintes comme des bougies vacillantes sous les souffles des mollahs ? Le risque est là. Sérieux.
L’initiative que vient de prendre de l’OCI, l’Organisation de la Conférence islamique ne suscite pas l’attention et les réactions qu’elle devrait. Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle se place avec habileté dans la perspective de la défense de tous les monothéismes et qu’elle s’appuie tactiquement sur les réflexes très en mode dans toutes les croyances et les courants de pensée. « Intégristes de tous pays, unissez-vous » ?
Les 57 pays de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) ont en effet porté sur le terrain de l'ONU leur combat contre les caricatures de Mahomet….Ils ont déposé en un texte affirmant que "la diffamation des religions et des prophètes est incompatible avec le droit à la liberté d'expression". L'amendement est destiné à être intégré à l'acte de naissance du Conseil des droits de l'homme, voué à remplacer la commission éponyme de Genève, discréditée par la présence en son sein de régimes répressifs. Coincées entre répression et régression, les nations dites unies ?
Le projet donnerait pour mandat au nouvel organe onusien de "promouvoir le respect universel de toutes les religions et valeurs culturelles" et de "prévenir les cas d'intolérance, de discrimination, d'incitation à la haine et à la violence (...) contre les religions, les prophètes et les croyances". L'amendement de l'OCI précise que les attaques contre les religions causent des "dissonances sociales qui conduisent à des violations des droits de l'homme".
"L'islam est diffamé dans de nombreux pays et nous voulons y mettre un terme", explique Munir Akram, l'ambassadeur du Pakistan à l'ONU, initiateur de la démarche. Nombre de média arabes défendent cette position en mettant en avant le faits que l’Islam et les pays musulmans « sont médiatiquement diabolisés » depuis le 11 septembre et « qu’au moins le prophète » doit être mis au dessus de ces « campagnes de dénigrement »
Heureusement, les pays occidentaux ont rejeté en bloc la proposition, qu'ils jugent dangereuse pour la liberté d'expression et celle de la presse. "Nous avons étudié le langage proposé et il est inacceptable" dans le cadre du Conseil des droits de l'homme, affirme publiquement l'ambassadeur américain, John Bolton."Nous ne pouvons pas donner carte blanche au nouveau conseil pour devenir une police religieuse", estime un diplomate européen cité par Le Monde. Mais la volonté de trouver un compromis, de « faire un geste » à l’égard de l’OCI, de prendre en compte les conséquences de cette « affaires des caricatures » suscitent quelques réflexes de compréhension proche de la résignation ou de la soumission….Ainsi, la ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, s'est prononcée pour l'adoption à ce sujet d'une résolution de l'ONU séparée du texte sur le Conseil des droits de l'Homme afin de «rendre justice au souci et aux exigences des pays arabes».
"Qui peut s'opposer à un tel texte ?", ne cesse de répéter l'ambassadeur pakistanais. "Au moment où nous créons un nouvel organe, nous voulons être sûrs qu'il va promouvoir le respect des religions", ajoute-t-il, prévenant que la prise en compte des revendications de l'OCI sera "une ligne rouge dans la négociation".
Des « lignes rouges », il doit y avoir d’autres… Autant nous avons dit ici et ailleurs tout le mal que nous pouvions pensé des caricatures danoises et surtout l’irresponsabilité de médias européens, français notamment, qui ont confondu liberté et irresponsabilité, information et provocation, autant il importe de RESISTER, au sens plein du terme à tout ce qui peut altérer davantage encore une liberté d’expression ….encore bien minoritaire dans le monde, et notamment dans les pays de l’OCI…
Les « lignes rouges », ce sont celles qui devraient interdire à des gouvernements d’instrumentaliser et d’exploiter des affaires de presse pour en faire des « incidents diplomatiques », et laisser-faire des manifestations de masse contre des biens et des personnes. Où sont les condamnations fermes des attaques d’ambassades, des appels au boycott, des menaces de mort, des « contrats » lancés contre les dessinateurs danois, des emprisonnements de journalistes de pays arabes, des attaques contre les communautés chrétiennes au liban et ailleurs…
Les « lignes rouges » , ce sont celles que franchissent les pays qui soutiennent des régimes qui ne vivent qu’attisant les haines raciales et religieuses , qui entretiennent des « guerres des civilisations » qui ne date pas d’aujourd’hui mais qui peut nous faire renouer avec un passé…Le « choc des ignorances » n’est pas seulement dû à « l’égotisme occidental » comme on le dit trop souvent en étalant un masochisme aussi stérile que stupide. Le dialogue euro-arabe, les dialogues entre les religions, les dialogues entre l’occident et l’Islam passent par un esprit de compréhension, bien sûr, mais aussi par une fermeté exemplaire dans le défense intelligente de valeurs qui n’ont rien d’une création spontané mais sont les fruits d’une longue Histoire
Dans cette perspective, il nous faut :
1) Sortir du manichéisme. Bush n’a pas arrangé les choses, c’est vrai. Ceux qui le dénoncent le plus sont, dans les régimes arabo-musulmans et ailleurs, sont en fait ceux qui le bénissent le plus : l’anti-américanisme sert de ciment à des pouvoirs fondés sur la négation de bien des doits de l’Homme
2) Sortir de cette vision sélective qui réduit la planète à un antagonisme entre l’Occident et l’Islam. La notion d’Occident mériterait d’être redéfinie, le mot Islam ne traduit pas à diversité des mondes musulmans et il est, dans le monde, d’autres croyances, d’autres religions, d’autres philosophies de vie et d’action.
3) Sortir de cette spirale de l’intolérance et de la haine qui mine tout. On n’en sortira pas uniquement par des excuses, comme vient de le faire Javier Solanna au nom des Européens dans une tournée digne d’un bourgeois de Calais. Certes, il faut nous souvenir que l’atout majeur des « pensées occidentales » repose sur les vertus de l’auto-critique, des remises en causes, des remises en questions de soi-même. Faisons tout pour approfondir sans cesse nos démocraties, pour cultiver notre modèle social, pour être de plus en plus dignes de nos valeurs proclamées. N’oublions pas que la Liberté comme les Droits de l’Homme, comme la Paix est d’abord un combat permanent, une arboriculture qui réclame des soins constants, une vigilance permanente, et un vrai courage…
Daniel RIOT
15:15 Publié dans DANIEL RIOT | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe
jeudi, 16 février 2006
DIRECTIVE "SERVICES": A SUIVRE, AU PRINTEMPS...
Compromis approuvé : le Parlement européen a dit oui à la directive sur les services, revue et corrigée, par 391 voix pour, 213 voix contre et 34 abstentions. Son but : libéraliser les services au sein de l'Union européenne, qui représentent 70% du PNB européen et employaient 116 millions de personnes l'an dernier. Les syndicats avaient protesté contre ce document, arguant qu'il constituait une menace potentielle pour les droits des travailleurs européens. Les partisans du texte avaient pour leur part affirmé que la mesure allait ouvrir de nouveaux marchés et contribuer à la relance de l'économie européenne. Lors d'un compromis intervenu la semaine dernière entre les deux principaux groupes du Parlement, le PSE (socialistes) et le PPE (conservateurs), les députés ont supprimé la clause du pays d'origine qui stipulait qu'un prestataire de services serait soumis «uniquement» au droit du pays d'où il venait, et non au droit du pays où il exerçait son activité. Ce principe avait suscité une vague d'hostilité dans certains pays européens, où l'on craignait un afflux d'artisans de l'Est proposant leurs services à bas prix sans avoir à appliquer les réglementations sociales des pays d'accueil. Il avait probablement été une des raisons derrière le double «non» français et néerlandais à la Constitution européenne l'an dernier.
Les députés ont également réduit le nombre de secteurs concernés par la mesure, mais retenu les principes fondamentaux de la directive, qui obligent les Vingt-Cinq à assurer un libre accès aux services sur leur territoire. Cette nouvelle version exclut notamment les services sociaux, comme l'aide aux personnes âgées ou handicapées, ainsi que les services d'intérêt général, comme les compagnies d'eau et de gaz. La Commission européenne a précisé qu'elle allait élaborer une troisième version à partir de ce vote, qui sera connue d'ici la fin du mois d'avril. Les Etats-membres devront ensuite l'approuver.
Daniel Riot est journaliste
19:55 Publié dans DANIEL RIOT , ECONOMIE , SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
LA FRANCE ET LES DROITS DE L'HOMME: LE GARDE DES SCEAUX SUR LA DEFENSIVE...
Oh! Que c'est dur d'être ministre de la justice de la France «pays des droits de l'Homme» quand le Commissaire européen des droits de l'Homme montre du doigt toutes les atteintes qui leur sont faites dans les secteurs dont vous êtes responsable. Pauvre Pascal Clément.... Pour le ministre de la justice, le rapport du Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Alvaro Gil-Roblès, très objectif donc très critique sur la situation des prisons en France, est «injuste». Ce que Pascal Clément oublie, c'est que Gil-Roblès, en France comme ailleurs, ne juge pas sur les intentions affirmées mais sur les faits... Ce qui est scandaleux, c'est que le Garde des Sceaux réagisse, face à ce rapport, comme les autorités de pays mis en cause pour des raisons à la fois identiques et différentes: les Russes en Tchétchénie, les Anglais en Irlande du nord, les Turcs face à toutes leurs oppositions....Or, en France, en l'état, il n'y a pas de mesures d'exception...
«L'exception française», en matière de droits de l'Homme, c'est l'ampleur du décalage entre les discours et les actions réelles, entre les proclamations et les actes. Le rapport lucide et courageux de Gil-Roblès ne fait que confirmer bien d'autres rapports (enterrés) qui confirment l’incontestable: La France de 2006 n'est en rien la patrie des droits de l'Homme... Fantasmes et mirages...Illusions. Ce rapport, dixit Pascal Clément, ne reflète «pas la réalité des efforts sans précédent pour moderniser le parc pénitentiaire» des gouvernements appartenant à l'actuelle majorité. Il a rappelé qu'entre 1900 et 1986 aucun programme immobilier pénitentiaire n'a été mis en œuvre. Et alors? Nous payons de vieilles factures dont tous les partis qui ont assumé le pouvoir sont responsables... Le seul mot de «parc» est irrecevable... En revanche, selon Pascal Clément, un programme de 13 200 places supplémentaires a été lancé en 2002. Tant mieux, mais c'est trop peu... Les premières prisons de ce programme, après ceux lancés en 1986 par Albin Chalandon et en 1994 par Pierre Méhaignerie, verront le jour en 2007. Tant mieux, mais ce n'est qu'un projet. Gil-Roblès juge sur ce qui est, non sur ce qu'on voudrait....
Dans on rapport, Gil-Robles pointe du doigt une «surpopulation» carcérale «chronique» et un «manque de moyens nécessaires au fonctionnement de la plupart» des sept établissements qu'il a visités. Le nombre de détenus est de 116 pour 100 places, selon les chiffres officiels, avec des taux d'occupation de 200 % pour onze maisons d'arrêt (établissements qui accueillent les détenus en attente de jugement et les courtes peines). La situation «ne sera conforme à notre tradition humaniste et à nos valeurs républicaines qu'à la sortie de ce lourd programme immobilier», a reconnu le ministre. C'est bien de le dire mais nous restons-là dans des promesses, non dans des plans d'actions.. Globalement, le texte, qui dénonce aussi un manque «criant» des moyens de la justice, contient des éléments «incontestables» mais également des éléments «erronés» ou dépassés, a estimé le ministre...Ah bon! Et lesquels? Le montant du budget de la justice, par exemple, inférieur selon M. Gil-Robles à 1 % du budget de l'Etat, rappelant qu'il en représente 2,16 % en 2006. Il a également estimé que l'inquiétude du commissaire sur la sécurité des tribunaux n'était «plus d'actualité» puisqu'il vient d'annoncer «un plan de sûreté des juridictions». Sur le prix jugé «exorbitant» des locations de télévisions par les détenus, Clément a annoncé que ces prestations seront confiées d'ici à 2007 à des «prestataires privés, ce qui permettra de baisser les coûts». Concernant la procédure de mise en isolement, critiquée par le rapport car non limitée dans le temps, il a annoncé qu'une réforme devrait «entrer en application au printemps». Des chiffres, on peut faire tout dire. Et le «printemps» commence quand?
Le ministre n'a en revanche pas commenté la durée taxée d’«excessive» du placement au mitard, qui peut atteindre 45 jours en France. C'est dommage: il devrait refaire une conférence de presse... Il a aussi opposé une fin de non-recevoir aux critiques sur les mesures de sécurité lors des transferts et l'hospitalisation des détenus (port de menottes et surveillance) estimant qu'elles étaient «adaptées à la dangerosité de chaque détenu». Sur ces questions aussi, il devrait refaire une conférence de presse... A propos de la présence très limitée de l'avocat lors de la garde à vue, épinglée par le rapport, le ministre a déclaré qu'il retenait une suggestion du commissaire pour les personnes suspectées de grand banditisme ou de terrorisme, pour lesquels l'avocat est admis seulement à la 72e heure. Là encore, la défense officielle n'est pas bonne: en matière de droits de l'homme «l'exception» française doit accepter quelques leçons venues d'ailleurs. La construction européenne à tous les niveaux se traduit par une harmonisation par le haut et non par le bas... En matière de police et de justice, la France a visiblement plus de leçons à recevoir qu'à donner.
Daniel Riot est journaliste
16:25 Publié dans DANIEL RIOT , DROIT & JUSTICE | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe
mercredi, 15 février 2006
LES EURODEPUTES SOCIALISTES FRANCAIS SE LAISSENT PRENDRE EN OTAGE PAR FABIUS
Quand je pense à tous mes ennemis de droite qui me traitent de gauche, et à tous mes amis de gauche qui me jugent trop à droite, je ne devrais pas publier cette note. Mais il se trouve que je n’ai qu’une carte : elle est de presse. Et même si cet encartage là n’a pas toutes les vertus (loin s’en faut), j’y tiens. Une affaire de liberté. Ou plutôt de quête de liberté. Les propos inadmissibles du socialiste Georges Frêche sur les Harkis me semblent aussi exécrables et condamnables que les pires propos révisionnistes, racistes et xénophobes de «leaders» de la droite-extrême. Et la démagogie m’insupporte quelle que soit sa source… Ce n’est pas évident à assumer, surtout que je n’ai rien d’un Zorro : ni cheval, ni masque, ni épée. Dommage… La générosité d’âme sans moyen de l’imposer, cela doit avoir un nom : impuissance, peut-être. Ou naïveté. Peu importe. Venons-en au sujet-clef…
Au moment des débats internes au PS, j’avais écrit une «Lettre à mes amis socialistes tentés par le non à la constitution». Sans grand succès, visiblement. Aujourd’hui, j’aurais envie d’écrire une autre «Lettre à mes décevants amis socialistes» qui, une fois encore, sacrifient l’essentiel à l’accessoire, privilégient la tactique à la stratégie, le calcul de pouvoir aux vraies ambitions du pouvoir. Pouvoir de faire et non d’être ou d’apparaître… Je ne dois rien comprendre à la politique, en fait… Pourtant, j’adore le théâtre… «Exemplaire», la réconciliation (de façade) des euro-socialistes français ? Exemplaire, dans la mesure où elle illustre précisément ce que l’esprit de responsabilité devrait interdire de faire… Contre-exemplaire ! Fabius, qui multiplie ses contacts en Europe, a même fait le déplacement de la Saint-Valentin à Strasbourg, pour marquer de sa présence physique cette manifestation organisée par la Confédération européenne des syndicats (qui avait prôné le oui au projet de traité constitutionnel)… La récupération est l’un des arts de l’antiquaire, dirait un mauvais esprit que je ne suis pas tout à fait… Et face à cette «terrifiante» directive «services» qu’on s’obstine toujours à surnommer «Bolkestein», les rangs socialistes se resserrent. Comme si le parti n’avait pas été divisé par le referendum sur la Constitution. Comme si ce parti, héritier de Mitterrand l’Européen, ne devait pas assumer une responsabilité majeure dans la victoire du non en France…
«Du passé, faisons table rase»… Même d’un passé récent, et non encore bien décortiqué, analysé, dépassé. Les tenants du oui et ceux du non se retrouvent donc, côte à côte, ensemble, dans le refus de la «directive services». Tous seront en rupture avec leur groupe au Parlement européen, et en accord avec ceux qui se croient majoritaires en Europe, parce que les non de gauche se sont ajoutés aux non de droite en France… Les jeux politiques les plus dangereux ? Ceux de la mauvaise foi, des mauvais calculs… Et des visions sélectives. Comme le dit Jean-Louis Bourlanges, eurodéputé UDF, plus politologue que politicien, «la position des socialistes français me paraît tragiquement déterminée par des considérations politiciennes. Je rencontre partout des socialistes qui me disent que le texte n'est pas si mauvais que cela, mais qu'après tout ce qui a été dit pendant la campagne référendaire, on ne peut pas le soutenir. En fait, les socialistes qui ont voté oui sont hypnotisés par ceux qui ont voté non. Tout cela est totalement déterminé par des enjeux de politique intérieure.» Bizarre : j’ai fait les mêmes rencontres et les mêmes constats…
Au passage, Jean-Louis Bourlanges fait un petit rappel qui s’impose : «La directive services» est directement tirée de l'article 49 du traité de Rome, qui a été négocié et signé par les socialistes, qui n'ont aucune raison de rougir de leur œuvre. Il est clair que les socialistes ont un mal fou à savoir s'ils sont pour le marché et la concurrence comme l'ensemble des social-démocraties européennes, ou s'ils sont contre, comme MM. Mélenchon, Emmanuelli, le Parti communiste et l'extrême gauche.» Grave question qui est soigneusement esquivée en cette saison, où 2007 compte plus que «l’avenir dans la durée», où les déraisons de la politique («politichienne», disait de Gaulle) triomphent sur les raisons d’Etat…. Machiavel en son genre, Mitterrand avait bien vu que Fabius était le plus doué… pour tromper son monde, en toute bonne conscience. Ce grand prêtre de l’Europe non libérale n’a-t-il pas personnellement signé l’Acte unique qui est le traité le plus «hyper-capitaliste» européen ? Le problème, ce n’est pourtant pas lui : ce sont ceux qui déraisonnent en suivant sa déraison, en applaudissant à ses trahisons. Et en favorisant ses ambitions. Comme l’écrit si bien Alain Duhamel dans les «Prétendants» (chez Plon), «il n’y a pas un mystère Fabius, il y a une question Fabius éternelle, celle de la sincérité». Fabius, ou «l’envergure égarée», c’est aujourd’hui la question de tout le PS. «Laurent Fabius a fait passer Laurent Fabius avant l’Europe». Il ne faudrait pas que le PS fasse passer le PS avant l’Europe… et la France en Europe. C’est pourtant ce que de bons amis (à moi) de gauche sont en train de faire ou de se préparer à faire… Dommage pour elles et pour eux. Tragique pour tous.
Daniel Riot est journaliste
09:10 Publié dans CONSTITUTION , DANIEL RIOT , RELATIONS INTER INSTITUTIONNELLES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe








