mardi, 14 février 2006
L’ARCHAISME ALLIE DU LIBERALISME
Sous jacent depuis des années, il semble que le résultat du référendum du 29 Mai dernier ait fini de décider les Français à basculer franchement du côté «anti-tout», et de l’Europe en particulier. Cette opposition systématique à toute nouveauté relève le plus souvent du bric à brac et, disons le, est bien souvent irrationnelle et archaïque. C’est donc l’état mental de notre pays qui est en cause. Essayons de passer en revue quelques sujets d’actualité. Les OGM par exemple. Le sujet est complexe et il convient de le traiter avec nuances. En l’état actuel des connaissances, personne ne peut réellement évaluer les risques pris. Les campagnes menées par les différents lobbies, défenseurs ou opposés aux OGM, nous inondent d’informations parmi lesquelles il est bien difficile de faire un tri. On a mis dans la tête des gens qu’en conséquence, le fameux principe de précaution devait s’appliquer, sans bien savoir d’ailleurs ce que ce principe contenait. Alors, au nom de la sacro sainte prévoyance, on se bat contre les OGM. Dans le même temps, les mêmes Français se ruent sur leurs téléphones portables dont des études sérieuses, notamment celles publiées par l’OMS, tendent à prouver qu’une exposition prolongée aux ondes électromagnétiques émises par les antennes relais est néfaste à la santé, notamment celle des enfants. Principe de précaution, aux oubliettes, comportement irrationnel et archaïque.
Autre exemple, celui de l’eau. Les sécheresses répétées des années précédentes et le déficit en pluie ont, nous dit on, créé un important déficit des nappes phréatiques. Mais nous parle t-on des quantités phénoménales d’eau puisées par les agriculteurs pour leurs cultures ? L’Ouest français et la Vendée en particulier, sont extrêmement touchés par le phénomène. On y a planté depuis des années du maïs qui nécessite beaucoup d’eau. Chacun savait que les réserves y étaient limitées et de là à penser que tôt ou tard on allait vers des problèmes n’était pas bien difficile à deviner. Mais comme des subventions européennes étaient à la clé, on a planté du maïs, on a touché des subventions et maintenant on va réclamer des subventions pour arracher le même maïs. Le déficit en eau vient de Bruxelles. Comportement irrationnel et archaïque.
En cette fin de règne chiraquienne, les Français ont abdiqué et ne font plus de politique intérieure. Tous les griefs sont pour Bruxelles et cette maudite Europe qui veut tout réglementer. Du plombier polonais à la TVA réduite pour les travaux, des négociations au sein de l’OMC aux délocalisations, on veut nous faire croire que, décidemment, la Commission gère tout, que le pouvoir de décision nous a définitivement échappé et qu’il est donc bien temps de mettre le holà à tout cela. Notons au passage que les plus virulents en la matière sont exactement ceux qui, par leur refus du Traité, ont empêché la mise en place d’institutions capables de défendre nos intérêts, laissant se développer un système anarchique où chacun défend sa propre cause et est donc inefficace. On feint de croire que c’est là la réalité, comme si la Commission n’était pas placée d’abord sous l’autorité du Conseil des Ministres, instance d’impulsions et de décisions, et ensuite sous la plus haute autorité du Conseil européen des Chefs d’Etat et de Gouvernement. Et comme si ces Ministres ou ces Chefs d’Etat ou de Gouvernement n’étaient pas tous élus de façon démocratique dans chaque pays. Comportement irrationnel et archaïque.
Il ne faut pas continuer cette liste de désolations et de mensonges. Personne ne dit que créer l’Europe peut se faire sans effort. Personne ne dit que la mondialisation est bonne dans tous ses aspects. Mais la pire des choses est sûrement ce repli sur soi même, cette peur de l’avenir, qui, en vérité, reflètent tous deux un manque de confiance en soi inquiétant. A bien y regarder, cet archaïsme dans le comportement, voire les idées, est sans aucun doute le meilleur allié du libéralisme sauvage qui n’a plus qu’à attendre le champ de ruines que nous sommes en train de lui préparer et qui lui sera servi sur un plateau.
Didier Vincent est entrepreneur
08:41 Publié dans DIDIER VINCENT , ECONOMIE , SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
mardi, 24 janvier 2006
EUROPE : ET SI ON PARLAIT DE CE QUI FACHE?
Sans bien s’en rendre compte, excepté ceux qui suivent les affaires européennes de près, l’UE vient de sortir d’une zone à hauts risques pour sa construction. En effet, la façon dont Tony Blair abordait la Présidence britannique début Juillet 2005 ne présageait rien de bon pour les Européens convaincus. Ne disait on pas qu’il était devenu, suite aux référendums hollandais et français, l’homme fort de l’Europe ? Certes, plus européen que beaucoup de ses compatriotes, on pouvait quand même craindre que la vision particulière de l’Europe que les anglais ont conservé prenne l’ascendant. Sa médiocre performance conclue par le bricolage du budget 2007-2013, histoire de ne pas perdre la face, est en soi une bonne nouvelle pour l’UE, en creux, mais les dommages auraient pu être beaucoup plus importants par le succès d’un libre échangisme très à la britannique, dont, bien sûr, le risque continue d’exister, continuant son chemin de manière cachée mais néanmoins efficace et contre lequel il faut rester vigilant. L’actuelle présidence autrichienne qui sera suivie par celle de la Finlande puis de l’Allemagne nous laisse un temps de répit afin de regarder les choses calmement, bien en face. La crise que traverse la construction de l’Union devrait nous permettre de parler de ce qui fâche, de ce dont peu de monde nous parle ouvertement et qui constitue sûrement les obstacles les plus forts dans ce processus compliqué. Je souhaite évoquer ici les forces centrifuges qui font que le processus a du mal à déboucher sur des résultats tangibles depuis quelques années. On peut aisément séparer ces forces en deux catégories simples : celles extérieures à l’Union, celles qui lui sont propres. Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, qui a intérêt à voir l’Europe se former ?
Le discours américain si plein de compassion pour ce qui nous arrive et consistant à dire que l’émergence d’un partenaire puissant à ses côtés ne peut être qu’une bonne chose, n’est en vérité que de façade. Qui ne voit que la puissance américaine n’a aucun intérêt, tant politique qu’économique, à voir une Europe « puissance » exister sur un autre modèle que le sien tout en partageant avec elle les mêmes valeurs. Les américains se présentant comme les champions de la défense de la Démocratie et du développement économique, l’Europe pourrait constituer pour eux comme un concurrent, certes amical, mais dangereux dans leurs sphères d’influence actuelles que ceux-ci souhaitent manifestement agrandir pour conforter leur suprématie. La chose n’est pas nouvelle mais on a souvent tendance à trop l’oublier. Ce n’est pas être anti-américain que de regarder la chose de cette manière, c’est être tout simplement réaliste.
La Russie, elle, se trouve dans une situation délicate. Sentant bien que son nécessaire développement économique passe par une coopération accrue avec les pays de l’Union, elle regarde aussi la construction européenne d’un point de vue politique, et là ses intérêts sont manifestement opposés. Les différents épisodes pour l’intégration de certains des ex-pays de l’Est dans l’OTAN nous montrent bien que c’est à regret que la Russie a vu sa sphère d’influence politique diminuer de façon importante et il y a fort à parier que là aussi, l’émergence d’une puissance politique sur son front occidental ne peut que la préoccuper. Fort heureusement pour l’Europe et quand bien même la Russie demeure une puissance à ne pas négliger, son pouvoir d’influence est sans commune mesure avec celui des USA.
Dans ce schéma, la Chine apparaît plus neutre mais il y a fort à parier que ses arrière pensées ne sont pas angéliques. Quitte à lui faire un procès d’intention, qui ne voit que la Chine joue la carte européenne dans le seul souci de faire monter les enchères dans son dialogue en forme de bras de fer caché avec les USA. Voulant parler de puissance à puissance, la Chine reste soucieuse de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Sa bonne volonté manifeste vis-à-vis des pays de l’UE notamment par l’espèce d’équilibre maintenu de manière plus ou moins artificielle dans le développement de son commerce avec l’UE comparé à ses échanges avec les USA ne doit pas cacher la réalité des choses, à savoir que la puissance américaine est et demeurera longtemps pour les Chinois un pôle d’attraction bien plus important que l’Europe qui se transforme pour elle en faire valoir vis-à-vis des américains. L’intérêt de la Chine n’est pas l’Europe en elle-même, c’est l’Europe en alternative aux USA au mieux, en faire valoir au pire. N’attendons pas grand-chose de ce côté-là.
Les forces centrifuges les plus puissantes qui empêchent aujourd’hui l’Union de prendre sa véritable dimension, je veux dire sa dimension politique, sont hélas internes. Inutile de revenir sur la complexité de son processus de fonctionnement, du déficit démocratique qui lui est reproché, sur les intérêts divergents des uns et des autres. Liste non exhaustive des sujets qui transforment les négociations entre les partenaires en discussions de marchands de tapis. Au fond, au point où nous en sommes, la question qui se pose concrètement aux près de 455 millions d’habitants de l’UE peut sans doute être posée de manière simple et abrupte : avez-vous envie de vivre ensemble ? Dans le discours, on trouve assez peu de personnes répondant par la négative. Lorsqu’il s’agit de passer aux choses concrètes, aux actes, la chose est moins évidente. La question est donc pourquoi ?
On dit souvent que la diversité, notamment culturelle, de l’Europe est un de ses atouts. L’argument n’est pas contestable à condition que cette diversité soit correctement assumée par ses habitants et pour ce faire, encore faudrait il que ceux-ci se connaissent. Or que constatons nous ? L’inter pénétration des économies n’a pas entraîné une meilleure connaissance des uns vis-à-vis des autres, il y a plus là une recherche d’intérêts réciproques qui n’implique pas nécessairement un investissement personnel dans la découverte de l’autre. La liberté de circulation, totale dans l’espace Schengen, quasi-totale dans le reste de l’Union, les échanges, notamment au sein de la jeunesse, les jumelages ont-ils contribué à un approfondissement de la connaissance que nous avons les uns des autres ? Il n’est qu’à regarder comment les Anglais sont accueillis en Dordogne ou voir comment les Allemands se comportent sur les plages landaises en restant groupés entre eux, pour s’apercevoir qu’il y a des ratés et que l’osmose ne se fait pas bien. L’amitié franco-allemande, si souvent présentée comme le moteur de la construction européenne, peut nous servir d’illustration. Que savent au juste les Français des Allemands et réciproquement ? C’est un malentendu incroyable qui persiste dans la perception que les Français ont des Allemands et réciproquement, une méconnaissance quasi-totale des uns pour les autres. Je sais que ce n’est pas politiquement correct de dire ces choses, mais elles existent. Qui a vu le film « Tu marcheras sur l’eau » d’un réalisateur israélien sorti au printemps 2005, la manière dont celui-ci a décrit la réalité non seulement des rapports juifs / allemands mais surtout la réalité du comportement des allemands eux-mêmes, celui-là est bien obligé de constater qu’aucun réalisateur français n’a jamais regardé les allemands comme cela et qu’aucun n’est encore aujourd’hui en position de le faire.
Sans les critiquer, qu’est ce que les Français ont compris de la réunification allemande, obsédées qu’étaient les autorités françaises de l’époque par le maintien de la reconnaissance par la nouvelle Allemagne de la ligne Oder-Neisse sous la pression du lobby polonais ? Un très récent échange avec des amis allemands a fait ressortir un détail intéressant : le mot « conversation » ne se traduit pas en allemand, ou alors par « discussion », mot qui en français n’a pas exactement le même sens. A bien le regarder, ce détail en dit plus long que l’on ne pense. On pourrait multiplier les exemples. Que savent les Sardes des Ecossais ? Que savent les Lithuaniens des Portugais ? Inutile de continuer la liste. Dans ces conditions, avons-nous envie de vivre ensemble ? Pour moi la réponse est oui. Mais je ne sous-estime pas, loin de là, les forces, notamment le nationalisme toujours bien vivace sur notre continent, qui s’y opposent. Au stade où nous en sommes, c'est-à-dire au moment où il nous faut concrétiser de manière politique la construction de l’Union et avant de fixer les règles qui vont la gouverner, il n’est sans doute pas inutile pour chacun d’entre nous de faire un effort d’ouverture. C’est sans doute ce qui a manqué à la France le 29 Mai. Y sommes nous prêts ?
Didier Vincent est entrepreneur, ancien cadre d’un groupe industriel français
13:30 Publié dans CONSTITUTION , DIDIER VINCENT , SOCIETE | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Europe
samedi, 21 janvier 2006
UNION EUROPEENNE : COMMENT RELANCER LE PROJET ?
Optimiste de nature, je veux croire que le processus de construction de notre Union marque une pause et que la machine n’est pas définitivement bloquée. Les conditions pour relancer la dynamique européenne sont nombreuses et nous ne pouvons pas faire l’économie de les regarder avec courage et lucidité avant d’entreprendre quoique ce soit. Trois de ces conditions me paraissent essentielles pour repartir sur des bases saines. D’abord, et avant tout, dédramatiser le débat français. Le résultat du référendum du 29 Mai a créé les conditions d’une cassure plus profonde qu’on veut bien le dire dans notre pays. Partisan du oui, j’avoue bien sincèrement que mon ressentiment vis-à-vis de ceux qui portent la responsabilité d’un arrêt brutal dans la construction d’un de mes rêves, aussi imparfaite fut elle, est un élément important. Je ne discute en rien leur liberté de choix mais je m’interroge sur le bien fondé de celui-ci. Inutile de réécrire l’histoire. Je veux être un homme de bonne volonté et dépasser mes émotions pour avancer sur le chemin européen. Mais cette attitude ne m’empêche pas d’avoir quelques exigences vis-à-vis de ceux qui ont arrêté le processus. Et la première de celles-ci est de leur demander d’exprimer clairement et de manière réaliste la vision qu’ils ont de l’Union. Ayant rejeté un texte reflétant une certaine vision de celle-ci et de son fonctionnement, ce n’est pas trop demander que de savoir au juste quelle est la leur. A dire vrai, le silence règne. Gageons que l’initiative de certains nous sortira de l’ornière.
Deuxième point. On a dit que l’élargissement trop rapide à certains pays de l’ex bloc soviétique a constitué un des éléments de rejet du Traité. Que cette dilution faisant passer l’UE de 15 à 25 et bientôt 27 est un élément déstabilisant. Je ne partage pas cette analyse, l’ouverture à ces pays constituant le dernier véritable acte politique de l’Union. Par contre, les conditions mêmes de leur adhésion n’ont pas été suffisamment débattues. Sans faire de procès d’intention aux nouveaux arrivants, une certaine ambiguïté demeure sur leurs motivations d’adhésion à l’Union : est-ce une réelle volonté politique ou une simple adhésion économique avec accès aux marchés et aux subventions ? Ce point devra être clarifié.
Enfin, et sans doute le plus important, le rejet du TCE par les Français pose la question de la méthode par laquelle l’Union s’est formée pendant les cinquante dernières années. Pour simplifier, disons que celle-ci a été faite de pas successifs, pragmatiques et toujours objet de négociations, donc de compromis avec nos partenaires. Le TCE, pas parfait, loin de là, en était une bonne illustration. Cette méthode là est elle encore acceptée ? C’est une chose de se dire européen, c’en est peut être une autre de faire les efforts nécessaires pour concrétiser la chose. Je ne suis pas de ceux qui apprécient particulièrement les citations mais deux me semblent aujourd’hui bien résumer une situation complexe. Le Président Mitterrand a dit, au soir de sa vie, devant le Parlement de Strasbourg, «le nationalisme, c’est la guerre». Le Général de Gaulle n’a cessé de répéter «on ne fait pas de politique sans tenir compte des réalités». Voilà qui devrait baliser notre chemin.
Didier Vincent est entrepreneur, ancien cadre d’un groupe industriel français
06:30 Publié dans CONSTITUTION , DIDIER VINCENT | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Europe








