vendredi, 21 décembre 2007
THE UNITED STATES OF EUROPE BECOME A REALITY
When last night hundreds of people gathered on the bridge between Frankfurt/Oder (Germany) and Slubice (Poland) and elsewhere along the German-Polish border, they celebrated a historical event: the final opening of the border. As from today, 24 countries belong to what is called the “Schengen space”, which means that citizens from these countries can freely cross borders without a border control. This is a major step towards a united Europe and finally a step towards the European integration of the “new” European countries such as Lithonia, Estonia, Latvia, Slovakia, Slovenia, Czech Republic or Hungary. Historically spoken, this opening ends the former European format of “West” and “East” to create a new European map. Theoretically, a citizen from, say Tallin in Estonia, can now travel to Algeciras, Spain, without being bothered when crossing the borders.
11:00 Publié dans ELARGISSEMENT , ENGLISH EDITION , KAI LITTMANN , PODCAST | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : europe, schengen, borders, kai littmann, europeus.org
samedi, 06 octobre 2007
ET SI L'EUROPE PUISSANCE PASSAIT PAR LA TURQUIE
Les opposants les plus subtils à une Turquie européenne se veulent pour la plupart des européistes convaincus et partisans de l’Europe puissance. Ils nous disent en substance ceci : avec l’arrivée de la Turquie, cheval de Troie des Etats-Unis mais aussi de l’islam, et sorte de seconde Angleterre, le projet d’une Europe puissance (carolingienne) sera dilué, dénaturé et partant, rendu caduque. Avec l’intégration de l’altérité turque disparaîtra la frontière identitaire entre l’Europe et la non-Europe et du coup la possibilité pour celle-ci de devenir un acteur influent et respecté de la communauté internationale. Corrélativement afin de bâtir l’Europe puissance et de peser sur les affaires du monde nous devons tenir la Turquie à l’écart, arrêter l’élargissement et nous consolider dans nos frontières identitaires.07:45 Publié dans CENGIZ AKTAR , ELARGISSEMENT , TURQUIE | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : turquie, europe, moyen-orient, cengiz aktar, europeus.org
mardi, 04 septembre 2007
TURQUIE: COMMENT NICOLAS SARKOZY A MANGE SON CHAPEAU
Le discours sur la Turquie de Nicolas Sarkozy «président», prononcé lundi dernier devant les ambassadeurs du Quai, a de quoi surprendre tant il s’éloigne de celui que l’on avait coutume d’entendre de la bouche de Nicolas Sarkozy «candidat». Dans sa dernière allocution, le Président a en effet déclaré que «la France ne s’opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l’Union et la Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent, à condition que ces chapitres soient compatibles avec les deux visions possibles de l’avenir de leurs relations : soit l’adhésion, soit une association aussi étroite que possible sans aller jusqu’à l’adhésion. Je ne vais pas être hypocrite. Chacun sait que je ne suis favorable qu’à l’association.» Une déclaration en parfaite contradiction avec les affirmations de Nicolas Sarkozy «candidat» qui, pour mémoire (voir vidéo), déclarait il y a encore peu qu’il voulait purement et simplement suspendre toute négociation avec Ankara, «l’Europe [étant faite] pour les Etats européens» (sic)…14:45 Publié dans ELARGISSEMENT , THOMAS LEFEBVRE , TURQUIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, france, turquie, sarkozy, thomas lefebvre, europeus.org
dimanche, 29 juillet 2007
LA FIN DU REFERENDUM?
Nicolas Sarkozy va-t-il profiter de la réforme constitutionnelle qu’il projette pour rayer d’un trait de plume l’innovation la plus contestable de son prédécesseur, le référendum obligatoire en cas d’élargissement de l’Union européenne ? Lors de l'installation du «comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Vème République», le 18 juillet, le chef de l’Etat n’a pas abordé explicitement ce sujet, mais ce n’est pas révéler un secret d’Etat que de dire que toute la classe politique française –enfin sa partie la plus responsable- souhaite qu’il en soit ainsi. Sarkozy lui-même, selon un de ses ministres, aimerait bien que le Comité en fasse la proposition. Car il s’agit d’une véritable bombe à retardement qu’a laissé Jacques Chirac à ses successeurs.18:42 Publié dans CONSTITUTION , ELARGISSEMENT , JEAN QUATREMER , POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : europe, référendum, turquie, élargissement, jean quatremer, europeus.org
samedi, 13 janvier 2007
ELARGISSEMENT : LE VAGUE A L’AME DE L’EST
(Par Jacques PILET / Source : Blog l’air du large – Suisse) Roumains et Bulgares se sont sentis bien seuls à l’heure de fêter leur entrée dans l’Union européenne. Ils se savent peu désirés. Ils sont soulagés d’être admis dans leur famille naturelle, heureux de bientôt voyager sans entraves, pas mécontents de bénéficier de la solidarité continentale. Mais pris aussi d’angoisses à l’idée des efforts nécessaires.
12:47 Publié dans ELARGISSEMENT , LU AILLEURS | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, élargissement, roumanie, bulgarie, europeus.org
jeudi, 04 janvier 2007
BONNE ANNEE EUROPEENNE, OU PRESQUE…
Ca y est, c’est fait. Comme prévu, la Roumanie et la Bulgarie sont dans l’Union. Officiellement, du moins, la signature du traité d’adhésion ayant été bien antérieure. Une arrivée en grandes pompes, donc, ou presque. Parce que cette fois, pas de grand barnum institutionnel ou médiatique autour des deux petits nouveaux. Sans doute en raison d’un sentiment de malaise amplifié par le refus, in fine, d’un moratoire prévoyant un temps le report de leur entrée à 2009. 2007 ne pouvait de ce fait pas être 2004. A une exception près, toutefois. Là encore, nul avis n’aura été demandé aux citoyens des Etats membres «accueillants». Sorte de «dormez bien, tout va bien», refrain dont nul officiel digne de ce nom ne semble se lasser.
17:15 Publié dans CHRISTOPHE NONNENMACHER , CONSTITUTION , ELARGISSEMENT , POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, élargissement, constitution, bulgarie, roumanie, europeus.org, christophe nonnenmacher
jeudi, 21 septembre 2006
ON NE STOPPE PAS LE TRAIN DE L'ELARGISSEMENT
Avant les vacances d’été, la crise avec la Turquie était inévitable, foi de diplomate. Face au refus persistant d’Ankara d’ouvrir ses ports et aéroports aux navires et avions chypriotes, la suspension des négociations d’adhésion à l’Union semblait programmée pour l’automne, les Vingt-cinq en ayant fait une condition sine qua non à leur poursuite. Mais voilà : les Européens ont toujours préféré un mauvais compromis à une crise dont personne ne maîtrise le développement. La Commission et les Etats membres cherchent donc une solution qui permettrait de ne pas en arriver là, tout «en accroissant la pression sur la Turquie», comme on le dit à Bruxelles.
09:26 Publié dans ELARGISSEMENT , JEAN QUATREMER | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, turquie, chypre, élargissement, jean quatremer
dimanche, 10 juillet 2005
COMMENT RENOUER AVEC LA DYNAMIQUE CONSTRUCTIVE DES PERES FONDATEURS ?
L'ambition
politique initiale des six Etats fondateurs fut de moins en moins partagée lors
des adhésions successives. Des considérations essentiellement économiques ont
motivé les adhésions des îles Britanniques et du Danemark, puis celles des pays
du sud de l'Europe, et enfin celles des pays d'Europe centrale. L'AELE et le
Conseil nordique n'ayant pu devenir de véritables alternatives, la plupart des
pays membres de ces organisations ont adhéré contraints et forcés. Seule
l'adhésion de l'Autriche fait exception, cette dernière ayant toujours
manifesté sa volonté de participer aussi à la construction politique
européenne. La fuite en avant dans un élargissement sans fin critiquée
récemment dans Le Point par Wolfgang Schäuble a atteint ses limites. Les
citoyens des pays européens veulent savoir où va la construction européenne et
quelles en seront ses frontières. Du lendemain de la guerre à la chute du mur,
la construction européenne n'était qu'une partie du grand jeu de la guerre
froide. Depuis 1945, pour la première fois de leur histoire, les pays européens
ne sont plus acteurs des relations internationales. Or un nouveau monde est né
avec la fin de la Russie soviétique et la réunification de l'Europe. Une page
est définitivement tournée et les pays européens se trouvent aujourd'hui à la
croisée des chemins : soit ils existent politiquement et sont à même de
maîtriser leurs intérêts vitaux, soit ils demeurent une province de l'ensemble
atlantique.
Aujourd’hui, seule une relance politique par un petit groupe de pays - qu'on l'appelle groupe de pays pionniers, noyau dur, avant-garde, Europe à géométrie variable - peut désormais permettre de relancer la construction politique européenne. Karl Lamers a récemment proposé une relance politique par un noyau dur à partir de la défense européenne (Le Figaro, 31 mai). Une Europe politique ne peut assurément exister sans défense commune. Seules la France et l'Allemagne sont à même de former un noyau dur opérationnel et, à droite comme à gauche, les partisans de cette forme de relance l'ont régulièrement rappelé (Lamy/Verheugen, Lamers/Schäuble, Strauss-Kahn, Bourlanges, Villepin...). «Si, un jour, il y a un vrai risque de dilution, la bonne réponse, parce que c'est la seule version possible du “noyau dur”, c'est une fédération franco-allemande.» (P. Lamy, Le Monde, 31 mars 2003.). Or, depuis la réunification allemande, la coopération entre Paris et Berlin fonctionne mal et nos partenaires considèrent ce tandem avec suspicion. Il nous faut donner des gages d'ouverture aux petits pays et surtout à l'Europe centrale.
Ce que propose le Think Tank Alsace est la création d'une fédération qui comprendrait la France, l'Allemagne et trois petits pays : la Belgique, le Luxembourg et la Hongrie. Des experts ont d’ores et déjà été chargés de travailler sur les formes politique, économique et institutionnelle que pourrait prendre une telle fédération. Après le conseil européen de décembre 2003 et l'échec partiel de la CIG sur le projet de traité constitutionnel, Peter Medgyessy, chef du gouvernement hongrois, a rencontré le président français. A la suite de cette rencontre, le ministre des Affaires étrangères hongrois, Laszlo Kovacs, et le premier ministre, Peter Medgyessy, ont déclaré au cours d'une conférence de presse que la Hongrie souhaitait faire partie de cette avant-garde politique européenne. Strasbourg, de par sa situation géographique et à partir des institutions et organisations qu'elle abrite, a vocation à devenir le centre de décision politique de ce noyau dur et le point de convergence des experts et des débats sur l'Europe stratégique. Strasbourg est très bien placée pour accueillir la future autorité de surveillance du programme Galileo. Comme la Belgique et le Luxembourg, l'Alsace est riche de sa double culture française et germanique. Historiquement, culturellement et économiquement, l'Alsace appartient déjà à l'Europe centrale. Un Slovène, un Viennois, un habitant de Cracovie ou de Budapest se sent chez lui à Strasbourg.
La logique de l'élargissement sans fin mène à une Europe marché, une vaste zone de libre-échange sans poids politique. En revanche, une relance politique par un groupe de pays pionniers laissant la porte ouverte aux pays de l'Union souhaitant les rejoindre mène à une Europe puissance, donc une Europe capable de peser dans un monde redevenu multipolaire, une Europe à même de discuter avec la Chine, l'Inde et les Etats-Unis, et enfin une Europe où la concurrence ne prime pas sur la solidarité. Paradoxalement, tant la situation intérieure française que la situation internationale y sont propices. La Russie et la Turquie se rencontrent au Kremlin du 8 au 10 juin sur l'Asie centrale. Fin juin, les chefs d'Etat et de gouvernement de Russie, d'Inde et de Chine se rencontrent au lac Baïkal. Des accords énergétiques sont en discussion entre l'Iran, la Chine et l'Inde : il est question de la construction d'un oléoduc et d'un gazoduc allant d'Iran en Chine, en passant par le Pakistan puis l'Inde. C'est-à-dire qu'à l'Est de l'Union les principales puissances européennes et asiatiques préparent leur autonomie stratégique, ont des intérêts communs avec l'Europe et sont prêtes à favoriser l'émergence d'une Europe politique forte. Sur le plan intérieur, le nouveau premier ministre, Dominique de Villepin, a été en 2003, après la réélection surprise de G. Schröder, l'homme de la relance de la coopération franco-allemande (compromis avec l'Allemagne sur la PAC...). Il a surtout été le plus actif promoteur d'une Union franco-allemande comme base ouverte d'un noyau dur européen capable de devenir le moteur politique de toute l'Europe (Le Monde, 13 novembre 2003). Ce mois-ci, la Grande-Bretagne a pris la présidence de l'Union. Nous aurons besoin de cette période pour réfléchir aux modalités de la relance politique. Après ces six mois, l'Autriche succédera aux Britanniques ; gageons que si nos cinq pays donnaient corps à leur projet, l'Autriche ne s'opposerait pas à cette initiative. L'Autriche compléterait d'ailleurs avantageusement notre avant-garde en lui donnant une continuité territoriale.
Henri de Grossouvre, est responsable du Think Tank Alsace, créé le 1er octobre 2004 à Strasbourg au sein de l'ADA (Agence de développement Alsace)
13:40 Publié dans CONSTITUTION , ELARGISSEMENT , PROSPECTIVE | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Europe
mercredi, 04 mai 2005
VOUS AVEZ DIT PROJET EUROPEEN?
Jamais consultés ou informés par les dirigeants de la majorité ou de l’opposition depuis le référendum de Maastricht, les Français sont en droit de s’interroger sur le débat qui fait rage au sujet du traité constitutionnel. Si chaque traité fondateur de l’Union européenne a donné lieu à des affrontements, jamais la classe politique française n’en était arrivée à ce stade de la caricature ou de l’implosion. En dehors de quelques anti-européens farouches et déterminés, chaque parti ou formation politique majeure est sans cesse en demande de «plus d’Europe».
Mais a-t-on vu les états majors des partis prendre le temps nécessaire pour expliquer années après années le rôle de l’Europe et de sa construction ? La dernière campagne électorale européenne a été particulièrement pauvre en arguments et s’est essentiellement axée sur la politique française. A-t-on vu les leaders des grands partis politiques français être candidats à la mandature européenne ? Les Français ne sont pas sots et se rendent bien compte que nos ténors préfèrent se réserver pour le parlement français.
Le résultat de cette indifférence est sans aucun doute la cause du taux extrêmement important d’abstention et de la sanction sévère subie par le gouvernement et sa majorité. La totalité des partis politiques français ont, la plupart du temps, utilisé l’Union européenne et sa construction pour justifier des impossibilités de gouverner ou de réformer. Nous avons tous en mémoire le combat mémorable mené par le gouvernement français pour la baisse de la TVA issue d’une promesse électorale. Dans un autre registre, le pacte de stabilité a été brocardé alors que la France en a été une des initiatrices. Combien de ministres se sont appuyés sur les media pour nous expliquer le combat qu’ils livraient auprès de la commission pour sauver des emplois ? Combien d’élus de la nation se sont émerveillés sur le traité de Nice qui était aux dires de l’époque une formidable avancée ? Aucun ne se souciait alors de préciser aux Français que l’arrivée de nouveaux entrants le rendrait inadapté.
A bien y regarder, ce que se demandent en fait aujourd’hui les Français est si le Oui au traité constitutionnel est fait pour eux ou bien uniquement pour ceux qui le leur «vendent». Pourquoi a-t-on oublié de leur d’expliquer clairement que la Turquie qui est un partenaire de longue date de l’Union avait vocation à en devenir membre ? Bien que cette question ne soit pas au cœur du traité constitutionnel, les déclarations des partis politiques majeurs ont encore un peu plus brouillé les cartes. Alors qu’aucun effort de présentation des nouveaux adhérents à l’Union n’a été fait, la Roumanie et la Bulgarie rejoindront l’Union en 2007, au plus tard en 2008. La Croatie et la Serbie Monténégro, eux, pourraient très rapidement suivre, des discussions avancées – connues des seuls initiés – étant actuellement en cours à cet effet.
Dans un tel contexte, nombreux sont les Français qui en viennent à se demander s’il existe encore un véritable projet européen. Les avantages de la monnaie unique, la libre circulation des biens et personnes, le droit de s’installer et d’exercer son métier dans un autre pays membre de l’Union, tout ceci ne les concerne malheureusement que pour une minorité d’entre eux. Les autres, eux, attendent toujours que l’on veuille bien leur expliquer les avantages du «plus d’Europe». L’Union dont une majorité de Français a rêvé devait être une zone de prospérité économique. Certes, le traité constitutionnel leur propose parmi ses objectifs la recherche du plein emploi. Mais, au quotidien et pour des populations fragilisées par la perte de leur travail, cette notion d’objectif semble bien faible et abstraite. Ne nous a-t-on pas n effet parallèlement expliqué que les accords économiques internationaux contribueront à faire disparaître des pans entiers de l’industrie. Seront nous en mesure de limiter les importations chinoises ou indiennes alors même que ces deux pays sont clients de nos technologies de pointe et jouissent de ce fait un moyen de pression commerciale à notre encontre ? Il est dommage qu’Airbus ne puisse fournir assez d’emplois pour recycler tous les salariés français qui seront victimes de ces échanges. Voilà peut être pourquoi une partie encore majoritaire de nos concitoyens s’apprête à voter Non au projet de traité constitutionnel.
Jean Claude Benard est consultant en stratégie commerciale sur le Web.
07:49 Publié dans CONSTITUTION , ELARGISSEMENT | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : Europe
lundi, 18 avril 2005
LA GRANDE ASIE CENTRALE : UNE PAX AMERICANA DE L’ATLANTIQUE A L’OURAL ?
Le Général de Gaulle le redoutait, Georges Walker Bush le fait… Il n’aura échappé à personne qu’une nouvelle confrontation « Est-Ouest » est en cours, sur le pourtour de la mer Noire, dans le Sud - Caucase et en Asie centrale. L’opposition met en jeu d’une part la politique de voisinage russe héritée de la tutelle soviétique sur les ex-Républiques soviétiques et d’autre part l’offre sécuritaire de l’Otan d’un « Partenariat pour la Paix ». La Russie, dans cette nouvelle confrontation « bloc à bloc » pourrait ainsi être tentée d’aller regarder du côté de la Chine, qui n’a pas, elle non plus, intérêt à ce que l’Asie centrale « s’atlantise ». Les « révolutions pacifiques » qui ont porté au pouvoir le géorgien Mikhaïl Saakachvili en 2004, puis « installé » l’Ukrainien Victor Iouchenko (de façon mouvementée) ou le leader communiste Vladimir Voronine en Moldavie début mars (de manière plus feutrée) sont autant de conversions de « créatures » de l’ère soviétique au paradigme de la bonne gouvernance occidentale. Sans éluder les conditions particulières liées au conflit tchétchène, ce Limes européen - qui le sera réellement quand les adhésions de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Turquie seront effectives - se trouve confronté à une révolution stratégique de grande ampleur opérée par l’Otan. Ainsi, à côté de la relance de projets d’intégration régionaux à l’instar du GUUAM (Marché commun liant la Géorgie, l’Ukraine, l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan et la Moldavie) sous l’égide du Président ouzbek Karimov, le projet que les Américains ont savamment proposé doit permettre à ces pays de quitter la Communauté des Etats Indépendants (CEI). C’est cette CEI qui, en 1991, avait permis à la Russie de garder son « Etranger proche » dans sa sphère d’influence.
Quelques exemples concrets suffisent à étayer cette analyse : L’accord du nouveau gouvernement roumain pour ouvrir des facilités militaires aux Américains vers l’Irak aujourd’hui et peut-être vers l’Iran demain ; La formation par les Américains de Géorgiens à la lutte anti-terroriste en Ossétie du Sud au grand dam des Russes qui conservent des intérêts politiques et militaires bien particuliers dans la région (troupes en Abkhazie, en Géorgie et en Transnistrie ; flotte de la mer Noire encore basée à Sébastopol en Crimée) ; La mise à disposition des bases aériennes du Kazakhstan d’où sont partis nombre de bombardiers américains en partance pour l’Afghanistan et l’Irak. Sans oublier bien évidemment l’enjeu stratégique des oléoducs et des gazoducs continentaux permettant aux « Majors » anglo-saxonnes et à quelques entreprises italiennes de relier les champs prometteurs de la mer Caspienne à la Méditerranée…
Qu’on se le dise : le « Grand Jeu » engagé par les puissances occidentales à la fin du XIXème siècle recommence. Seulement cette fois-ci l’Europe n’est plus qu’un pion dans un jeu d’échec et semble bien désarmée face à la « tour » américaine ! C’est dans cette mise en perspective géopolitique qu’il faut replacer la candidature turque à l’Union Européenne qui deviendrait ainsi la porte d’entrée vers de nouveaux marchés. La « Sublime Porte » placerait l’Europe, qu’elle en soit consciente ou qu’elle refuse obstinément de le voir, devant un dilemme idéologique : projet politique partagé et assumé ou aire géographique portée par une logique marchande largement conditionnée par le travail en amont des fondations, celle de Georges Soros en tête, « Think tanks » de toutes natures, sociétés de service, programmes de formations universitaires américaines qui, de Bichkek à Bucarest, émaillent le nouvel environnement politique et intellectuel de cette zone si stratégique à l’avenir européen. En effet, comment concevoir avec clarté un projet européen si ses frontières apparaissent floues au point de se confondre avec celles de l’Otan et d’un vague projet alternatif à mi-chemin entre offre sécuritaire et ouverture de marché à la concurrence ?
Il existe pourtant un autre lien qui devrait s’imposer à nous : la Francophonie, notion politique s’il en est. La Moldavie, la Roumanie, la Bulgarie en sont membres à part entière, tandis que la Géorgie et l’Arménie y ont rang d’observateurs. La langue française demeure, par l’université de Galatassaray à Istanbul, celle d’une partie des élites turques et le souvenir tangible des missions archéologiques asiatiques peut-être un vecteur suffisamment puissant pour relancer notre influence dans la région, à condition que l’on en perçoive le réel enjeu…Nul doute que la Chaîne d’information internationale y contribuera.
Après le projet du Grand Moyen-Orient qui visait à asseoir des régimes plus dociles à l’égard de l’agenda en matière de politique étrangère américaine, n’assisterions-nous pas à la mise en place d’une nouvelle forme de « containment » face à un voisin russe trop pesant pour nombre d’ex-Républiques sœurs ? L’objectif est clairement établi. Les Américains l’ont bien compris et tirent parti des peurs et des menaces réelles qui pèsent sur la région : Tentatives de déstabilisation islamiste, à l’instar de la tentative avortée d’installation d’un Califat au Kirghizistan, en Ouzbékistan et au Tadjikistan ; Délitement de l’Etat de droit aux profits d’intérêts mafieux dans une zone où est encore disséminée une partie du legs nucléaire soviétique, irriguant ainsi un circuit officieux qui déstabilise bien au-delà de cette seule région. La France peut-elle rester inactive alors que sa présence plus que symbolique en Afghanistan et sa prise de position cohérente quant à la guerre en Irak lui offrent des atouts importants dans les Etats voisins de la zone ? Voilà tout l’enjeu de l’Europe qui doit exercer un magistère moral, à défaut d’être économique pour l’instant. La mission parlementaire visant à rapprocher la présence française en Asie centrale est une avancée qui en appelle d’autres. « L’ambition est une force » disait Clausewitz. Gageons que la France en prenne conscience avant de perdre la main dans le rabattement des cartes au niveau mondial…
Emmanuel Dupuy est directeur du développement de Vic-Dom consulting, société de conseil en stratégie et intelligence économique
10:50 Publié dans ELARGISSEMENT , EMMANUEL DUPUY , RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Europe








