mardi, 10 avril 2007

DER EURODISTRIKT ERNEUERT UNSER POLITIK VERSTANDNIS

medium_VON_ELVIRA_DROBINSKI_WEISS.jpgWir nennen gerne Dinge beim Namen und was keinen Namen hat, das hat in unserer Wahrnehmung oft auch keinen Platz. Nun gibt es seit dem 17. Oktober 2005 offiziell einen Eurodistrict Strasbourg-Ortenau. Was damit bezeichnet wird, das weiß keiner so recht, denn der Eurodistrict ist eine Herausforderung für unser herkömmliches Politikverständnis.

 

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mardi, 18 octobre 2005

L’EURODISTRICT MET CALIMERO AU TAPIS

Hier. 17 octobre 2005. A l’Est, du nouveau. De quoi, peut-être, surprendre le romancier François Ruegg. De quoi certainement imaginer que la politique n’est peut-être pas aussi immuable qu’on le dit. L’histoire ne se passe pas au sein de l’un de ces «méchants» nouveaux pays membres de l’Union. Pas plus qu’elle n’a de lien avec le célèbre plombier polonais. Non, elle se déroule ici, à la frontière franco-allemande, où vient d’être signée la première Convention eurodistrict entre la Communauté urbaine de Strasbourg et les anciennes villes ennemies de l’Ortenau. Soixante ans après la fin des combats, cet ensemble de collectivités a décidé de s’unir. De couler les fondations d’une zone binationale. De (ré)initier une forme de « petite » construction européenne, loin des couloirs obscurs de la «grande» de Bruxelles et de ses petits meurtres entre amis. Certes, le texte manque encore d’inspiration, de projets concrets, de transparence. Certains ont signé «le stylo entre les dents». Mais l’acte notarié est bel et bien là et pourrait, en cas de succès, donner naissance à 41 autres eurodistricts en Europe, si l’on en croit les propos que tenait Claudie Haigneré alors qu’elle était encore ministre française des affaires européennes.
 
L’intérêt de la chose ? Substituer à la coopération transfrontalière de papy-mamie un axe de développement communément réfléchi et partagé : sur le plan fiscal, des transports, de la santé, des langues, de l’enseignement et de la formation… Tout en y intégrant les citoyens, ces petits êtres grincheux que leurs élus n’écoutent véritablement qu’en période électorale ou lorsqu’ils occupent les bancs douillets de l’opposition. Pourtant traditionnellement conservateurs et plus proches de Calimero que du conquérant Vickie le Viking, les Strasbourgeois et leurs homologues allemands semblent au moins avoir compris cela. Compris que la grande machine Shadock devait être dépoussiérée. A ceci près que la compréhension ne suffira pas. Elle devra être suivie de faits. En intégrant réellement à l’entreprise les citoyens et le secteur privé. En n’en faisant pas une fois de plus de simples cautions mais des partenaires. C’est uniquement à ce prix que la coquille eurodistrict signée hier se remplira de jaune et de blanc pour donner naissance à un ensemble cohérent, à même de redonner un peu de sens et de panache au politique.

 

Kai Littmann est président du Forum citoyen eurodistrict

lundi, 04 avril 2005

LES EURODISTRICTS AVANCENT SUR LE PLAN JURIDIQUE MAIS BEAUCOUP RESTE A FAIRE AU NIVEAU CITOYEN

Le salut des eurodistricts viendra-t-il de Bruxelles ? Pas impossible. Car pendant que la mise en oeuvre des ces premières structures transfrontalières piétine (la «Convention de coopération» débattue péniblement pendant dix-huit mois entre la Communauté urbaine de Strasbourg – CUS - et l’Ortenau et annoncée le 17 février dernier n’est toujours pas signée), les choses avancent du côté du Berlaymont. Proposée par la Commission le 17 août 2004, une nouvelle structure de «Groupement européen de coopération transfrontalière – GECT» pourrait voir le jour et être appliquée dès le 1er janvier 2007, le Comité économique et social européen et le Comité des régions (qui toutefois, souhaite un changement d’appellation en «Association européenne de coopération transfrontalière – AECT ») ayant déjà manifesté leur soutien à ce projet qui devrait permettre aux régions de bénéficier d’une base juridique commune pour développer des coopération transfrontalières renforcées.

Le signal bruxellois envers les régions est clair. Il vise à «surmonter les obstacles entravant la coopération transfrontalière» et à favoriser «l’amélioration des conditions dans lesquelles sont mises en œuvre les actions de coopération transfrontalière». Ce projet, novateur, aurait non seulement le mérite de mettre tout le monde d’accord sur le plan juridique mais aussi de faire comprendre, même au plus borné de nos élus locaux, qu’il est véritablement de portée européenne et ne peut être réduit à l’échelle d’un petit dossier local aussi prometteur soit-il. Comprendre : l’eurodistrict n’est pas une simple affaire rhénane mais bien communautaire.

Cette nouvelle aurait a priori de quoi réjouir. A un petit détail près : tout comme nombre d’élus locaux, Bruxelles semble elle aussi oublier d’intégrer la société civile dans ce processus juridique. Tout du moins le texte ne précisant pas si la personne juridique créée comme GECT relève du droit publique ou du droit privé, rien n’indique que le monde citoyen pourra y être associé. En fait, nulle mention n’y est faite de possibles participations civiles. Bruxelles est-elle alors en passe de manquer une autre occasion de rapprocher les instances et la société civile ? Probable, et cela ne laisse rien présager de bon. Combien de temps en effet les citoyennes et citoyens européens resteront exclus du processus politique, surtout à l’échelle locale ? Le texte ne donne pas de réponse directe mais ne permet pas d’imaginer que ce lien sera par son entremise prochainement resserré, au moins dans les Etats où le rôle de citoyen ne dépasse guère celui d’une machine à voter. Comme en France, où son statut s’inscrit dans le cadre de la démocratie représentative et où le citoyen ne participe pas au processus politique et se cantonne, bien malgré lui, à sanctionner la politique menée par ses élus à la seule occasion des échéances électorales. Un système, loin, très loin de la démocratie directe allemande qui inclut directement les populations dans le processus politique et dans lequel leur participation est un droit reconnu et défendu par la constitution.

En somme, rien n’indique dans le projet bruxellois que les pays les moins ouverts à la citoyenneté réelle et active ne soient encouragés à se réformer pour que le gouffre séparant les élus de leurs administrés s’y réduise. Cette stratégie paraît d’autant plus absurde que tout un chacun y gagnerait si les citoyens se voyaient (re)donner la place qui devrait être la leur dans le débat politique européen et local. Car si cette mise à l’écart du champ politique de la société civile devait perdurer, il ne servirait à rien de s’étonner qu’un jour, le citoyen prenne son destin en main et sanctionne la «caste» politique d’un carton rouge. D’ici là, et afin que ce scénario ne s’impose comme une constante, il est plus que jamais urgent d’avancer. Dans les régions frontalières, tout d’abord, où travailler sur des projets Eurodistricts ne doit plus se limiter à en parler de temps à autre : dans l’Eurodistrict CUS-Ortenau, les élus ont déjà annoncé cinq fois ( !) la création d’une structure juridique (quatre fois un Groupement de coopération transfrontalière et une fois la Convention de coopération) – mais à ce jour rien de cela n’existe. Peut-être serait-il ici bon de cesser les bavardages et d’agir. Sur le plan européen, ensuite, le projet de la Commission est intéressant, certes. Mais d’ici au 1er janvier 2007, si l’on veut que l’entreprise réussisse dans les faits, il lui importera d’ouvrir la voie à une participation citoyenne active dans son application. Deux échelles géographiques – locale et continentale - pour un même problème de société serait-on tenté de dire. Celui de l’urgence de mettre fin à la confiscation de l’intelligence politique par les «professionnels» du secteur et aux discussions stériles généralement dictées par les seules luttes partisanes. Dans les mois qui viennent et d’ici 2007, un message fort devra donc être entendu de nos élites. Celui de dire «cessez donc de vous prendre la tête avec ces discussions techniques et administratives et rapprochez-vous de la société civile. Si vous n’avez pas d’idées pour un Eurodistrict, les citoyens, eux, en ont plein et ne demandent qu’à vous les soumettre et les concrétiser à vos côtés…. ».

Kai Littmann est président du Forum citoyen eurodistrict

mardi, 15 mars 2005

DE L’EURODISTRICT A L’HEUREUX DISTRICT

Lancés le 22 janvier 2003 par Jacques Chirac et Gerhard Schröder, via la Déclaration du traité de l’Elysée, les quatre eurodistricts franco-allemands commencent enfin à prendre corps. Peut être pas à la vitesse et de la manière souhaitées, mais leur mise en place avance. Premier du lot, l’Eurodistrict centre (Communauté urbaine de Strasbourg-Ortenau), longtemps paralysé par d’interminables discussions quant à la forme juridique qu’il adopterait et à la localisation future de son secrétariat, a fait un (petit) pas en avant le 17 février dernier : celui-ci, ont décidé les élus, fonctionnera sur la base d’une «convention de coopération». Un statut assez obscure pour le non-initié mais somme toute guère imaginatif, de nombreuses instances de coopération transfrontalières «classiques» fonctionnant déjà sur cette base. En somme, pour tout ce qui relève du côté novateur, d’un signal et d’une volonté politique forts, il faudra, au moins en l’état, repasser, ce statut restant très éloigné de l’exploration «de nouvelles formes de coopération» et du «laboratoire d’expériences», voulus par Paris et Berlin. Côté participation citoyenne, l’affaire n’est pas non plus des plus simples. Car si le Landrat (équivalent allemand de la préfecture) de l’Ortenau affirme être prêt à soutenir une participation civile – le Forum citoyen eurodistrict pourrait, par exemple, selon lui, se voir offrir un statut d’observateur, de membre ou de partenaire au sein du comité de pilotage eurodistrict etc. - les partenaires français se refusent encore pour l’heure à toute éventualité allant en ce sens, quand bien même un rapprochement entre les mondes politique, administratif et associatif pourrait, là encore, être annonciateur d’innovation. Deux visions s’opposent donc en l’état. Deux conceptions démocratiques : d’un côté, la démocratie participative telle que pratiquée en Allemagne où la participation citoyenne dans le processus politique est inscrite dans la constitution, et bien mieux adaptée aux réalités du XXIème siècle ; de l’autre, la démocratie représentative à la française où le citoyen n’est consulté qu’à l’occasion des échéances électorales. Reste que rien n’interdit d’imaginer que les choses puissent évoluer, tant au niveau des contenus qu’au niveau de la structure juridique…

Plus exemplaire dans son avancement, l’Eurodistrict Sud (Fribourg, Emmendingen, Colmar, Mulhouse, Séléstat, Erstein) avance à une cadence supérieure. Après avoir fait valider avec succès au mois de décembre dernier le plan de lancement de leur eurodistrict (présenté le 26 octobre 2004) par les gouvernements nationaux concernés, les élus locaux s’occupent de l’identification des projets prioritaires et multiplient leurs rencontres. Et, à défaut d’avoir défini la structure juridique future de l’entité, les maires des différentes villes, toutes tendances confondues - Verts (Fribourg), UMP (Colmar), PS (Mulhouse), sans étiquette (Emmendingen) – avancent sereinement dans leurs travaux. Leur point fort : avoir su largement «dépolitiser» le projet. Champion sur le plan technique, l’eurodistrict PAMINA (PAlatinat de Sud, MIttlerer Oberrhein, Nord-Alsace) - qui s’articule autour de la ville allemande de Karlsruhe - dispose depuis deux ans déjà d’une structure juridique propre sous forme de groupement local de coopération transfrontalière (GLCT). Avancée sur le plan pratique, la structure peine néanmoins à se développer sur le plan populaire. En effet, rare sont les citoyens prévenus de l’existence du projet. Reste qu’en l’état, la volonté politique de pousser le débat dans la sphère publique existant, ce problème devrait être rapidement résolu. Enfin, l’Eurodistrict Sarre-Moselle, joue pour sa part la carte non institutionnelle. Chargée de son développement, l’association «Zukunft Sarre-Moselle Avenir» - créée par les instances politiques et regroupant des communes et structures locales -, travaille ainsi sur les premiers projets avec des partenaires allemands et français. Structure très flexible, elle accomplit à la fois un travail d’information et d’animation auprès des collectivités et de la population et préconise, par la voix de son président Roland Roth, une implication directe des citoyens dans les travaux de mise en œuvre de cet eurodistrict.

Des quatre modèles de développement, lequel est-il le plus avancé ? Difficile à dire d’autant plus que le choix de la structure juridique n’est en fait pas forcément des plus significatifs, le statut de «Groupement européen de coopération transfrontalière » (GECT), qui entrera en vigueur le 1er janvier 2007, étant susceptible de se substituer in fine aux structures en cours de développement. D’inspiration communautaire, le GECT devrait en effet permettre aux régions frontalières de s’organiser sous forme de « structure autonome possédant la capacité juridique reconnue aux personnes morales » dans les législations des Etats membres. Mieux encore, celle-ci ne nécessitera pas, pour sa mise en place, d’approbation des Etats nationaux. Seule lui suffira, pour être validée, que les régions concernée fassent état de son existence dans le Journal Officiel des Communautés Européennes. Facile à créer et souple dans son application, le GECT pourrait ainsi très rapidement s’affirmer comme la base légale des eurodistricts. Par défaut, c’est donc bien sur leur contenu, leur apport intellectuel et pratique que s’établira la «hiérarchisation» des eurodistricts. Un sujet sur lequel Strasbourg, ville souhaitée leader par Paris et Berlin dans l’innovation, doit encore faire ses preuves. Pour elle-même, en tant que capitale européenne, et pour l’Europe, de nombreuses régions (pan)européennes observant attentivement ses faits et gestes afin, en cas de succès, de les reproduire. En somme, pour peu qu’elle négocie bien ce virage, plus que de concourir contre ses voisins régionaux, la capitale parlementaire de l’Union pourrait s’affirmer comme un moteur de la construction d’une Europe de la proximité. Mais pour cela faut-il encore que les élus locaux – français en particulier – fassent œuvre d’imagination, de courage et de volonté politique et ne se satisfassent pas d’une convention de coopération, certes louable car péniblement acquise, mais bien insuffisante au regard de l’enjeu. Celui de créer plus qu’un eurodistrict, un heureux district à dimension citoyenne, à même d’anticiper, à l’échelle régionale, les enjeux sociaux, politiques, économiques et culturels de demain.

Kai Littmann est président du Forum citoyen eurodistrict

mercredi, 19 janvier 2005

DES VŒUX LOURDS DE CONSEQUENCES

19 janvier 2021. 6h30. Réveil au son de NTV Europe. « Marek Göric, président de L’ODE – l’Office des Eurodistricts – a annoncé la nuit dernière la création de l’eurodisctrict Friesland. Située aux confins des Pays-Bas et l’Allemagne du Nord, cette nouvelle zone binationale confirme un peu plus encore le succès des communautés régionales transnationales au sein de l’Union européenne », relate la chaîne d’information télévisée en Une de son édition matinale « Imaginez, alors qu’en 2003 le concept d’Eurodistrict n’était qu’une simple idée lancée par le président français Jacques Chirac et le Chancelier allemand Gerhard Schröder, soixante-quinze structures de ce type ont été créées en moins de vingt ans, se félicite Marek Göric, au micro de Tatiana Derhoff, journaliste vedette de NTV. Et c’est payant. Toutes les régions qui ont adoptés ce modèle peuvent en témoigner. Les systèmes sont plus souples, les citoyens participent directement au processus décisionnel, par le biais d’assemblées représentatives ou de consultation référendaires. Nous élisons nos propres parlements et ceux-ci sont en prise directe avec Bruxelles sur de nombreux domaine. En fait, ce que nous sommes parvenus à faire est ce que tout le monde qualifiait d’impossible il y a encore quelques années. Renouer le dialogue entre les élus et les populations. Un vent nouveau souffle sur l’Europe. »

La mine réjouit, le président de l’ODE ne l’a pas sans raison : les régions eurodistrict affichent en moyenne un insolent taux de participation électoral de 84,6 %. A la tête de l’Eurodistrict Perpignan-Barcelone, Jose Benitèz, un petit homme d’une cinquantaine d’années au fort accent catalan, peine encore à y croire. Rencontré quelques années plus tôt lors d’un colloque sur ce phénomène transrégional, il me résumait il y a peu en une phrase l’importance du travail entrepris depuis vingt ans. « Si seulement nous avions eu cette idée plus tôt… En fait c’était toi qui avais raison. » Le Forum, en tout cas, dont la présidence changea plusieurs fois de mains et dont les ramifications vont aujourd’hui jusqu’en Anatolie centrale. Mais, sur le fond, Benitèz dit vrai. Les électeurs retournent aujourd’hui aux urnes. Tout simplement parce qu’ils savent que leur voix compte, qu’elle a du poids. Qu’elle ne se résume plus à une simple carte électronique que l’on agite tous les cinq ans. Que, désormais, les décisions se prennent tout au long d’un mandat en concertation entre les instances politiques, administratives et la société civile. En fait, les eurodistricts on (ré)inventé la démocratie participative.

Le symbole de ce succès siège depuis novembre 2012 à Bratislava. Sous le sigle ODE, celui-ci coordonne à l’échelle européenne l’ensemble de ces structures bi, voire tri-nationales et les représente auprès de l’Union dès lors que des intérêts communs aux différentes régions concernées sont engagés. Ce choix géographique n’a pas manqué de surprendre. A l’origine, cette structure était en effet pressentie à Strasbourg, ancienne ville d’accueil du Parlement européen. Mais la municipalité alors en place n’ayant pas jugé bon de participer à la première vague de création des eurodistricts en 2005, le choix se porta finalement sur une agglomération qui s’était distinguée comme plaque tournante entre l’ancienne Europe centrale et l’Europe occidentale, à proximité des centres décisionnels que sont aujourd’hui Vienne, Budapest, Prague, Berlin et Varsovie.

Seize ans plus tard, Strasbourg végète, peine à assumer des choix politiques qu’il est désormais trop tard pour regretter. Pressenti depuis le début des années 1990, le transfert définitif du Parlement européen vers Bruxelles a été officialisé en 2012. Six ans plus tard, le Conseil de l’Europe, entamait sa lente migration vers Budapest. La Cour européenne des droits de l’homme, dont les activités étaient désormais très proches de celles de la Cour européenne de justice, plia quant à elle bagages pour Luxembourg. Conséquence directe, les représentations diplomatiques permanentes présentes dans la capitale alsacienne fermèrent progressivement leurs portes. Faute d’intérêt politique et reléguée progressivement au rang de ville dortoir depuis 2007 – date à laquelle le TGV entra en gare sans être accompagné du moindre projet de développement économique local (une autre occasion manquée) – Strasbourg vit ainsi progressivement l’ensemble de ses acquis fragilisés puis disparaître. Exode successif de ses fonctionnaires européens, transfert de l’ENA à Bruxelles depuis son changement de statut en Ecole européenne d’Administration, délocalisation de ses centres de R&D en Suisse, voire au sud de l’Europe, faute de compétences de haut rang, dépôt de bilan de l’aéroport international… La liste n’est pas exhaustive.

A l’inverse, les région limitrophes, qui avaient su saisir leur chance dès 2005 et fait parti des zones pilotes eurodistrict, ont connu un développement inversement proportionnel. Première ville à avoir créer un parlement tri national (les municipalités française de Mulhouse et suisse de Bâle étant avec elle membre de qui fut alors baptisé « Eurodistrict sud ») la ville allemande de Fribourg usa de sa nouvelle notoriété et de sa réputation déjà affirmée dans les secteurs de la recherche et de l’environnement pour accueillir quelques années plus tard la nouvelle agence européenne du développement durable et de la recherche énergétique. Plus au nord, l’Eurodistrict Pamina, dont le siège est à Karlsruhe, développa, avec l’appui financier de Paris et Berlin et suite à une motion déposée par ses habitants, un pôle scientifique et multimédia de premier ordre, dont le point d’orgue fut, en 2017, l’inauguration de Trans-e-Tech, consortium spécialisé dans la recherche sensorielle et intuitive. Résultat, le gain d’une aura internationale et 8000 emplois directs et indirects créés. Aux blocages identitaires de la première heure et des éternelles craintes identitaires auront donc vite fait place un engouement populaire sans précédent. Chaque population resta attachée à sa culture nationale mais s’ouvrit, par un échange quotidien, à l’autre. L’apprentissage des langues fut encouragé, les écoles internationales démocratisées, les médias bilingues développés et les mouvements associatifs et politiques transnationaux généralisés. Mieux, cet élan coordonné depuis Bratislava serait, selon NTV, vu avec bienveillance depuis Bruxelles et pourrait très prochainement inspirer la nouvelle réforme des institutions communautaires.

Suivent les annonces commerciales et la météo. Froide comme à Bratislava. De quoi refermer quelques instants les yeux. Histoire de grappiller quelques minutes d’un sommeil pesant, partagé entre la satisfaction de voir les eurodistricts à leur apogée et la frustration d’être citoyen d’une ville dortoir qui paie encore le fruit de son inertie passée. Sonnerie stridente du réveil. 7h30. Navigation à vue. Direction cuisine. Mise en service de la machine à café. Rapide coup d’œil par la fenêtre. La nuit, toujours la nuit. La pluie, toujours la pluie. Appui machinal sur le bouton « on » de la radio. « Il est 7h45 sur la radio de l’info. Le rappel des actualités avec Marc Bogossian. Merci Camille. Aujourd’hui 19 janvier, le couple municipal transmettra, depuis l’école Saint Thomas de Strasbourg, ses vœux à la presse pour cette nouvelle année. Une année 2005 qu’il veut… » Deux mille quoi ?! Cinq ? (…) Long soupir. Frottement des yeux. Pensée : tout n’est peut-être pas encore perdu. Reste à se mobiliser et à souhaiter que l’anticipation politique fasse partie des vœux municipaux. Sinon, autant directement retourner en 2021.

Par Kai Littmann - président du Forum citoyen eurodistrict

dimanche, 16 janvier 2005

L’EURODISTRICT FAIT SES COMPTES

La nouvelle devrait être appréciée par nombre d’entrepreneurs et travailleurs transfrontaliers. D’ici quelques mois, la Banque populaire et la Volksbank devraient mettre à disposition de leurs clients un «compte eurodistrict» (en référence à la zone expérimentale regroupant la région de Strasbourg et l’Ortenau allemand). Avantage du système, le Rhin ne devrait plus être un empêcheur de projets mais bel et bien un facilitateur. «L’idée est de créer un outil qui permettra d’accélérer les procédures d’ouverture de comptes de part et d’autre de la frontière avec des conditions préférentielles pour le financement de systèmes de paiement», explique Pierre Klein, directeur de la VR-Koordination Deutschland Frankreich, structure à l’origine du projet, associant la banque Populaire, douze Volksbank et la DZ. Si l’ensemble des services proposés n’est pas encore officialisé, Pierre Klein laisse cependant filtrer de précieux indices. «Les frais bancaires transfrontaliers que nous proposerons devraient être extrêmement réduits, retraits aux distributeurs automatiques inclus. Par ailleurs, nos clients pourront indifféremment se rendre dans une agence de la Banque populaire ou des Volksbank partenaires pour accéder à la gestion de leur compte.» Autre avantage pressenti du système, la possibilité d’accorder aux entrepreneurs «des crédits à taux préférentiel pour ceux ayant une activité sur les deux rives du Rhin».

En tout cas, «la volonté y est», se félicite-il. «Les options sont prises et la labellisation du compte devrait être faite avant la fin de l’année. Comprenez-nous, il est bien joli de parler d’Eurodistrict mais encore faut-il avoir quelque chose à y mettre. Notre rôle est aussi de le faire avancer et de tenter de répondre à des problématiques réelles. C’est dans cette optique que s’inscrit le lancement de ce compte.» L’Alsace et l’Ortenau seront donc aux premières loges de cette nouvelle ère bancaire. Mais pas question de s’arrêter là, prévient déjà le directeur de la VR-Koordination Deutschland Frankreich «Les premières régions concernées feront en quelque sorte office de laboratoire. Ce que j’entends par là est que, si demain, des opportunités se présentent par exemple entre Paris et Francfort, on y va !». Novateur le projet l’est. Mais il s’inscrit également dans une démarche de plus longue haleine. «Au travers de la la VR-Koordination Deutschland Frankreich, nous proposions déjà différents services transfrontaliers à nos clients. Je pense notamment à l’aide à l’évaluation de biens dans les affaires de successions, à la recherche de partenaires commerciaux en France et en Allemagne, ou à l’assistance légale et fiscale dans le développement d’entreprises.» Un marché potentiel de 14 000 personnes si l’on prend en compte les seuls allemands résidant sur la rive française et travaillant pour certains dans leur pays d’origine. Autant de personnes qui ne manqueront certainement pas d’apprécier les avantages d’un compte eurodistrict dans leurs démarches quotidiennes.

Par Christophe Nonnenmacher – journaliste à l’Européenne de Bruxelles

mardi, 07 décembre 2004

LES EURODISTRICTS DOIVENT ETRE UN LABORATOIRE DE DEMOCRATIE EUROPEENNE

par_kai_littmann_copier.jpgLa coopération franco-allemande se porte-t-elle si mal? Non. Certainement pas. A titre d’exemple, la seule aire géographique couvrant la Communauté urbaine de Strasbourg (France) et l’Ortenaukreis (Allemagne) - prévue comme zone pilote pour les futurs eurodistricts, accueille actuellement 156 projets Interreg en cours. Nul doute que la coopération y est intense et fonctionne bien.

Pourquoi alors mettre en œuvre des Eurodistricts? Lorsque le Chancelier allemand Gerhard Schröder et le Président français Jacques Chirac signent la Déclaration Commune du Traité de l’Elysée, le 22. janvier 2003, tous deux entendent faciliter la mise en place d’un tout autre type de collectivité territoriale. Comme ils s’appliqueront à l’expliquer par la suite, les eurodistricts sont destinés à devenir des «laboratoires d’expériences» pour «les nouvelles formes de coopération et pour y accueillir les institutions européennes». Et qui dit «laboratoire d’expériences» dit également «innovation». L’idée développée ici par les deux chefs d’Etat et de gouvernement n’est donc pas de donner une nouvelle forme administrative à une coopération déjà en cours, mais bien d’inventer de nouvelles formes de coopération.

Et c’est ainsi que naît quelque chose de tout á fait extraordinaire: un instrument qui peut permettre d’établir un nouveau rapport entre les mondes politique, administratif et citoyen. Klaus Brodbeck, président du Landrat de l’Ortenau confirme : «L’Eurodistrict ne peut développer tout son potentiel qu’à la condition qu’il repose sur trois piliers: la politique, l’administration et la société civile.» A une époque où les élections communales sont boudées par 40 à 60 % de l’électorat, il est grand temps de mettre en œuvre des processus permettant de surmonter ce exergue10_copier.2.jpgclivage entre les instances et les citoyens. L’Eurodistrict est le moyen idéal pour y parvenir. La raison en est simple: dans un périmètre réduit (CUS-Ortenau, soit environ. 800 000 habitants), de nouvelles procédures et de nouveaux systèmes peuvent être testés sans aucun risque. Si le test n’est pas satisfaisant, si l’innovation n’est pas concluante, tant pis : on y met fin en quelques jours, sans dégât aucun. S’il est une réussite, l’expérience peut être prolongée jusqu’à ce qu’on sache si elle peut également s’appliquer à d’autres niveaux. C’est là tout l’intérêt d’un «laboratoire d’expériences», tant au plan régional qu’européen. Pour une raison bien concrète au moins : c’est dans ces eurodistricts qu’une partie de l’avenir de l’Europe se prépare. C’est ici qu’y sera donnée une large part des impulsions qui décideront de notre qualité de vie future. C’est ici que la politique locale et européenne de proximité peut prendre une nouvelle dimension. C’est ici que peut (re)naître une véritable coopération entre le citoyen et les instances. Mais pour cela, nul ne suffit d’interpeller la société civile, de l’appeler à plus de responsabilité et d’engagement… Ce qu’il faut est intégrer – enfin- le citoyen dans le processus politique local. Car c’est uniquement par ce biais que commencera un rapprochement entre ces mondes si différents et pourtant si proches.

La rive franco-allemande a été choisie comme zone d’expérimentation. Comme modèle pour les autres régions européennes. C’est une chance précieuse. Actuellement, pas moins de quarante-deux d’entre elles préparent déjà des eurodistricts. L’Europe entière, de Barcelone à Varsovie, regarde le long de la frontière rhénane. Attend des résultats… pour prendre exemple sur ses avancées. Ce rôle moteur, la région de Strasbourg – pourtant capitale parlementaire de l’Union – peine à l’assumer. Il est grand temps que cela change. D’autres, sinon, ne manqueront pas de prendre le relais, à l’instar les eurodistricts Sud (Fribourg, Emmendingen, Colmar, Mulhouse, Séléstat, Erstein), PAMINA (Karlsruhe, Wissembourg, Lauterbourg) et SarreMoselle (Sarrebruck, Forbach), tous en développement le long du Rhin. Le symbole ne manquerait d’ailleurs pas d’ironie : « Strasbourg l’Européenne », capitale européenne des droits de l’homme et du citoyen, dépassée dans sa vocation humaniste par plus « petit » qu’elle. La force de ces trois autres eurodistricts ? Une même volonté d’innover, de montrer l’exemple. Tous, à la différence de Strasbourg, ont compris une chose essentielle. Pour que le projet avance, pour que l’expérience fonctionne, il est fondamental de commencer par dépolitiser le dossier. De dépasser les petites querelles intestines. De se mettre ensuite autour d’une table pour discuter d’initiatives concrètes. Et, surtout, de veiller à ce qu’existe, dès le départ, une véritable communication et coopération entre les différents eurodistricts, pour éviter de se retrouver avec de nouvelles frontières au sein d’une seule et même région. Les organisations citoyennes peuvent très bien assumer ce rôle d’interface. Au moins dans un premier temps, avant que les eurodistricts n’aient chacun trouvé leur vitesse de croisière. Appelée à plus de responsabilité et d’engagement, la société civile est prête à assumer son rôle dans cette aventure formidable. Mais est-ce vrai pour l’ensemble de la classe politique et administrative. A eux, maintenant, de le démontrer.