mardi, 28 mars 2006
IMMIGRATION «CHOISIE» OU FUITE ORGANISEE DES CERVEAUX?
Les nouvelles dispositions de la politique d’immigration du Royaume Uni rendues publiques le 7 mars et qui rentreront en vigueur l’été 2007 sont la traduction d’une stratégie cynique de pillage des cerveaux des pays pauvres. Le gouvernement britannique classe les candidats à l’immigration en cinq catégories. Les médecins, ingénieurs, spécialistes des nouvelles technologies et de la finance forment le groupe privilégié qui peut accéder au territoire d’Albion sans disposer à l’avance d’une offre d’emploi. Les salariés intermédiaires – infirmiers, enseignants, comptables–seront les bienvenus dans les secteurs où le pays manque de main d’œuvre même si une offre d’emploi ne leur ouvrira pas forcement les portes du Royaume Uni. Quant aux travailleurs faiblement qualifiés, ils devront répondre à des offres précises, pour une durée fixée à l'avance et avec la garantie de leur départ à l'issue du contrat. Les étudiants et les cas particuliers (sportifs, musiciens, salariés d'entreprises internationales) constituent les deux dernières catégories.L'objectif est, selon le gouvernement britannique, de simplifier l'accès des travailleurs les plus diplômés et de restreindre l'entrée dans le pays des moins qualifiés. Ce qui n’est pas loin du projet de loi sur l’immigration préparé par le ministre français de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, qui avait fait le tollé en janvier dernier. En effet pour obtenir la fameuse carte de séjour «privilège», qui ouvre toutes les portes, il faudrait faire partie du cercle restreint des étrangers à fort potentiel. Dénommée «capacité et talents», cette carte est réservée aux candidats à l’immigration dont les compétences peuvent apporter une contribution au développement de l’économie française. Mais pour passer d’une immigration «subie» à une immigration «choisie» le gouvernement de son altesse royale va plus loin en ne voyant dans l’individu que sa valeur utilitaire. «Nous voulons que des étudiants viennent dans nos universités et nous voulons des travailleurs hautement qualifiés dont notre économie a besoin», clame le premier ministre britannique, Tony Blair (Jeune Afrique n° 2357 du 12 au 18 mars 2006). On ne saurait être plus clair. Hier avec la traite négrière comme aujourd’hui avec le système capitaliste, l’Europe fait le tri et prélève ceux qui répondent à ses besoins. Aussi, l’immigration «choisie» consiste-t-elle à entrebâiller les portes de l’Europe afin qu’y entrent les médecins, les infirmiers, les informaticiens… dont elle a besoin en laissant aux Etats africains le soin de gérer la grogne sociale et de contenir les mécontents et les désespérés, du fait des salaires de misère et du chômage.
Le fait est que l’Europe, qui ne veut pas subir l’immigration, fait subir aux peuples d’Afrique les conséquences de ses choix économiques à travers les reformes structurelles qu’elle exige des Etats. Les candidats à l’immigration ont d’abord souffert de la violation, de leurs droits économiques et politiques dans leurs propre pays et pas seulement du fait de la corruption de leurs dirigeants. Les causes de leur exil qui sont internes et externes ne sauraient être réduites à la pauvreté et l’extrême pauvreté dont l’issue serait la «bonne gouvernance». En forçant les barbelés de Ceuta et de Melilla, les victimes africaines de la mondialisation voulaient tout simplement se libérer de la prison dans laquelle le FMI, le G8 et l’Europe les enferment et qui fait de leurs dirigeants de simples exécutants et des geôliers plus ou moins consentants. Ces candidats à l’immigration sont souvent de jeunes ruraux qui savent à peine lire et écrire. Ils n’ont doit ni au visa ni au voyage par avion, à plus forte raison un emploi décent en Europe. La riche et puissante Europe exige l’ouverture des économies africaines au commerce mondial, dont elle est l’une des principales gagnantes, pendant qu’elle se barricade. L’intensification des flux migratoires n’est, en somme, ni un hasard, ni la faute d’une Afrique noire, pauvre et corrompue mais l’une des conséquences tragiques de la violence de l’ordre économique mondial. La politique de l’immigration «choisie» n’aboutira qu’à la destruction des économies et des efforts de développement en Afrique pour relever le défi de la croissance et de la compétitivité en Europe.
Fousséni Traoré est rédacteur en chef du quotidien Le Républicain (Bamako, Mali)
07:20 Publié dans ECONOMIE, FOUSSENI TRAORE, RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Europe
mardi, 20 décembre 2005
OMC : QUAND LE NORD PLONGE UN PEU PLUS LE SUD DANS LA MISERE
Les subventions aux exportations agricoles doivent disparaître d’ici la fin de l’année 2013. C’est la principale décision prise par les 149 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hong Kong après six jours de tractations houleuses. Si cet accord obtenu à l’arrachée a permis d’éviter un second échec après Cancun en 2003 et sauver in extremis le cycle des négociations entamé il y a quatre ans, les pays africains sont sortis avec un amer goût, eux qui avait fondé beaucoup d’espoirs. Pour les ménager, les pays développés se sont engagés à permettre, à partir de 2008, l’importation de 97% des produits des Etats les moins avancés, sans droit de douanes et de quotas. Il a également été prévu de supprimer dès 2006 les subventions à l’exportation dont bénéficient les producteurs de coton des pays riches, notamment ceux des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Cette mesure aurait pu être salutaire pour les Africains si elle concernait les aides internes qui font 80% des 4 milliards de dollars que les Etats-Unis versent chaque année aux 25 000 cotonculteurs américains. L’Union européenne octroie également des aides substantielles estimées à 1milliard de dollars aux 90 000 producteurs de la Grèce et aux 10 000 d’Espagne.
Grâce à l’argent que leurs gouvernements leur versent, les producteurs américains et européens produisent en grande quantité et inondent le marché, faisant chuter les prix. On estime à 40% la réduction des cours du coton sur le marché international due aux subventions. Cette situation menace la filière coton en Afrique où la compétitivité et la grande qualité de l’ «or blanc» fait vivre plus de 15 millions de personnes dans les 33 pays producteurs. Les pertes sont estimées à 400 millions de dollars par an pour les économies africaines. Le coton africain n’est plus rentable face à ses concurrents subventionnés, bien qu’il soit de haute qualité et produit à des coûts inférieurs de moitié. Le coton est un cas exemplaire de relations commerciales inégales. Un nombre restreint de producteurs, soutenus par des subventions dans les pays riches, menace l’unique «gagne-pain» de plus de15 millions de paysans démunis d’Afrique. Plusieurs autres millions de personnes sont encore touchées de manière indirecte par les difficultés actuelles de ce secteur.
Alors qu’il ne constitue qu’une part mineure de l’activité économique des pays développés, le coton joue un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté des pays les moins avancés africains. Il est d’une importance vitale pour les pays africains. Pour le Bénin, Burkina Faso, le Mali et le Tchad, le coton représente en moyenne 10% du produit intérieur brut, 66%des revenus d’exportations agricoles, 33% des recettes d’exportations totales. Le coton est l’un des rares produits qui permet aux pays producteurs d’Afrique de tirer bénéfice du système commercial international. Ces pays ne demandent pas de dons, de crédits, ou d’exceptions. Ils ne demandent que le respect des principes de base de l’OMC, c’est à dire une concurrence et des échanges équitables. L’OMC ne peut ignorer une telle distorsion sur le marché. A Doha en novembre 2001, les négociateurs ont reconnu que les pays industrialisés profitaient davantage des résultats du dernier cycle de négociations de l’OMC (Urugay Round ) que les régions pauvres. Ils ont promis de tenir compte des effets du commerce sur le développement et convenu de remédier aux restrictions et distorsions touchant les marchés agricoles mondiaux et de les prévenir. Cette promesse vient d’être trahie, une fois de plus, à Hong Kong.
L’accord de compromis donne huit ans aux pays signataires pour mettre fin à leurs subventions aux exportations agricoles. Huit ans pendant lesquels les sociétés cotonnières africaines, qui enregistrent des déficits chroniques, mouront de leur belle mort. D’autant plus qu’aucune indemnisation financière compensatrice n’est prévue, comme cela était le cas à Cancun, pour corriger les effets de distorsions des subventions sur le coton africain. L’échéance 2013 a été préférée à 2010, qui figurait sur le texte initial, sur l’insistance des Européens pour qu’elle coïncide avec la fin du financement de la Politique agricole commune (PAC). Aussi, l’accord ne précise pas en détails comment diminuer les subventions agricoles et supprimer les barrières douanières pour les produits des 49 pays les plus pauvres de la planète. Cette suppression ne concerne d’ailleurs pas la totalité de ces produits, ce qui donne une marge discriminatoire aux pays riches qui peuvent écarter ceux qu’ils jugent stratégiques.
L’OMC est censée assurer le bon fonctionnement du marché international. Dans le cas du coton, les pays africains ne demandent pas de cadeaux, ils veulent tout simplement que les principes de base du commerce mondial soient appliqués. Le temps est venu pour les Etats-Unis et l’Union européenne de procéder à des reformes économiques. Ce processus sera difficile et douloureux pour les producteurs concernés. Mais sans un tel effort, ce sont les pays les plus faibles et les producteurs les plus démunis qui en paieront le prix.
Fousséni Traoré est rédacteur en chef du quotidien malien le Républicain
12:52 Publié dans FOUSSENI TRAORE, RELATIONS EXTERIEURES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
lundi, 12 décembre 2005
23e SOMMET AFRIQUE –FRANCE : LES TETES COURONNEES SONT PASSEES A COTE DU DEBAT
Comme dans une pièce de théâtre les rideaux sont tombés sur le 23e sommet des chefs d’Etats d’Afrique et de France. Mais une fois de plus les têtes couronnées sont passées à côté des vraies questions comme dans une comédie de mauvais augure. « La jeunesse africaine, sa vitalité, sa créativité et ses aspirations », le thème du sommet qui a regroupé 51 pays dont 25 étaient représentés par leur chefs d’Etat était des plus attendu. Ceci, après les évènements des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla où la jeunesse africaine a été humiliée, violentée et tuée aux portes de l’Europe et les violences urbaines qui ont secouées les banlieues françaises du fait d’une jeunesse française d’origine africaine mal intégrée, exclue de tout. Aujourd’hui, plus de la moitié de la population africaine a moins de 21 ans et les deux tiers moins de 30 ans. Au delà des conflits armées, des guerres et des soulèvements, la crise de l’emploi constitue la préoccupation majeure des jeunes. Des millions d’Africains ne mangent pas à leur faim et près de la moitié vivent avec moins d’un dollar par jour. Les difficultés de travailler et de construire sa vie dans des conditions décentes dans son pays contraint des milliers d’Africains à émigrer en Europe au péril de leur vie. « Des milliers de jeunes africains partent de chez eux, en quête d’opportunités, qu’ils espèrent trouver ailleurs. Ils empruntent le Sahara, les détroits, les océans et parfois même le train d’atterrissage des avions. Combien d’entre eux se sont noyés ou perdus à jamais, dans le désert, ou ont été abandonnés à leur sort, dans des embarcations sommaires ? Nous ne le saurons jamais», a affirmé le président malien Amadou Toumani Touré qui connaît si bien les conditions de vie de ses concitoyens, même si il ne les partagent pas.
L’avenir de l’Afrique est dans sa jeunesse, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. « Quel avenir l’Afrique va-t-elle offrir à sa jeunesse ? C’est bien la question qui vaille celle qui détermine toutes les autres et a laquelle il nous appartient, tous ensemble, d’apporter une réponse », clame le président français Jacques Chirac. Si les chefs d’Etat ont su se poser de bonnes questions, les solutions qu’ils ont adoptées étaient des plus inadaptées. Pour toute réponse à l’insuffisance de financement en Afrique, la France se propose de porter le montant de son aide publique à 0,7% de son PNB d’ici 2012 et invite les autres pays européens à faire de même. C’est du déjà vu. La même promesse avait été faite par François Mitterrand en 1985 lors du 12e Sommet à Paris, mais elle n’a été jamais tenue. Pour endiguer l’immigration clandestine, Jacques Chirac soutient que la France continuera à accueillir sur son sol les étudiants africains en veillant à ce que les compétences des jeunes diplômés puissent profiter à leur pays d’origine. « Elle facilitera le déplacement de tous les chefs d’entreprise, créateurs, chercheurs, qui doivent pouvoir participer sans entraves aux échanges internationaux ». Une façon intelligente d’encourager la fuite des cerveaux africains dont la France a surtout besoin pour son développement. Mais que Chirac sache que ceux qui vont à Ceuta et à Melilla ne sont point de cette catégorie et c’est eux qui constituent le gros de l’immigration clandestine. Cette jeunesse souvent analphabète dont les chefs d’Etat se soucient peu et qui peut s’épanouir sur le continent s’il y a un minimum de bonne gouvernance. Mais les sommets France-Afrique ne se tiennent pas pour s’occuper des vrais problèmes de l’Afrique. Ces rencontres sont devenues une grande messe où les chefs d’Etat africains viennent faire montre d’allégeance à leur suzerain français dans un étalage de moyens qui constitue une insulte à la misère quotidienne de leurs peuples. « Nous ne voulons plus de déclarations et d’énièmes plans d’actions, mais plutôt des mesures politiques structurées et opérationnelles adoptées par les Etats en vue d’améliorer effectivement les conditions de vie de la jeunesse africaine », avertit Marie Tamoifo Nkom, porte parole de la jeunesse africaine et de la diaspora. « Si, les politiques ne s’occupent pas des jeunes, le vent du changement, en contexte démocratique, conduira la jeunesse à s’occuper des politiques afin que les engagements aient un sens », clame-t-elle. La jeunesse africaine constitue aujourd’hui une bombe à retardement. Si elle n’est pas canalisée, qu’elle emprunte les voies de la contestation violente et des idéologies extrémistes, le péril est grand et pour l’Afrique et pour le reste du monde.
Les plans traditionnels européens qui se basaient sur la signature des accords et les partenariats avec des pays méditerranéens comme des zones tampons afin de limiter l’immigration clandestine des jeunes africains vers l’Europe ont échoué. Ces jeunes africains migrateurs vers l’Europe dans la clandestinité ne sont ni des délinquants ni des voyous. Mais ils sont porteurs d’un important message adressé aux chefs d’Etats africains qui n’ont pas pu réaliser l’ambition des jeunes dans le cadre des programmes de développement. Le fait qu’ils défient les murs fortifiés, les frontières et les dispositifs de sécurité au prix de leur vie est aussi un message à l’Occident. Il s’avère impossible de résoudre le problème sans une volonté politique sincère de l’Afrique et de l’Europe qui doivent travailler pour l’annulation des dettes africaines, le commerce équitable, le soutien des projets africains de développement des infrastructures et la création des opportunités d’emploi. Le phénomène de la migration est aussi vieille que le monde et ce n’est pas à l’heure de la mondialisation, de la globalisation des économies que la vague va s’estomper. La logique de fermeture des frontières sera impuissante à stopper l’immigration. Tout contrôle paraît dérisoire, car chaque jour, dans des conditions difficiles et au prix parfois de leur vie, des milliers de personnes s’expatrient à la recherche de meilleure vie au delà de l’océan.
Fousséni Traoré est rédacteur en chef du quotidien Le Républicain (Bamako, Mali)
14:15 Publié dans AFRIQUE, FOUSSENI TRAORE | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Europe
lundi, 07 novembre 2005
L’HUILE DE POURGHERE, BIOCARBURANT DE DEMAIN ?
Un générateur, alimenté par de l’huile de pourghère, permet d’illuminer un village malien de 3 000 habitants. Ce biocarburant pourrait aussi remplacer l'essence dans les véhicules… «Personne n’y croyait. C'était au-delà de nos rêves !» Batou Bagayoko, chef du village de Kéléya, ne cache pas sa joie de voir, depuis trois mois, les rues de sa localité éclairées la nuit. Son enthousiasme s’explique : l'électricité est une denrée rare au Mali. Seulement 13 % des citadins et moins de 1 % des ruraux y ont accès. Située à 100 km au sud de Bamako, Kéléya est la première localité à bénéficier du courant produit par un générateur alimenté par de l’huile de pourghère (Jatropha curcas), un arbuste de la famille des euphorbiacées. La population nage en plein bonheur. Cheick Oumar Doumbia, soudeur, travaille maintenant à l’électricité. «J'ai quadruplé mes revenus», explique-t-il, un large sourire aux lèvres. Il vient de remiser au garage son vieux générateur à gasoil, très coûteux en carburant et constamment en panne. Assitan Kéïta, ex-commerçante de céréales, possède maintenant un réfrigérateur. Elle vend de l'eau glacée, des jus de gingembre, d'oseille et des limonades. «Je ne peux pas expliquer tout le bien que le courant m'a apporté», dit-elle, avouant des revenus de l'ordre de 15 000 Fcfa (environ 23 euros) par mois. Le générateur qui alimente le réseau électrique a été installé par le Programme national de valorisation énergétique de la plante pourghère (PNVEP). Un réseau de plus de 2 km de câble électrique dessert la mairie, le bureau du sous-préfet, la mosquée, la maternité, l'école et une vingtaine d'abonnés.
Aboubacar Samaké, le chef du programme national de valorisation énergétique de la plante pourghère (PNVEP), place de grands espoirs dans ce carburant végétal. «Le coût de production du litre d'huile de pourghère pouvant être estimé entre 170 Fcfa (0,25 euros) et 250 Fcfa (0,38 euros) contre 475 Fcfa, soit le double, pour le gasoil, le programme induira assurément à terme d'importantes économies notamment sur la facture d'importation pétrolière du pays, la production d'électricité en milieu rural et la consommation des véhicules», soutient-il. Le programme prévoit l'électrification de cinq villages en cinq ans. Il ambitionne aussi de convertir à ce bio carburant 20 véhicules 4 x 4 fonctionnant au gasoil classique. Également en vue, l'accroissement de la production nationale de graines de pourghère grâce à l'aménagement de périmètres par les populations rurales. Le tout pour un budget de 708 millions de Fcfa, plus d’un million d’euros. Le projet, aux activités relativement modestes, semble pourtant emballer les autorités maliennes. Lors du 45e anniversaire de l'indépendance du pays, le 22 septembre dernier, le président de la République, Amadou Toumani Touré, a déclaré : «La promotion et l'exploitation à une plus grande échelle du carburant biologique, dérivé du 'bagani', la plante pourghère, sont à prendre en compte dans les stratégies alternatives.» Il est même question de créer une compagnie de développement pour améliorer son rendement en graines, son cycle cultural, les performances de l'huile produite comme carburant.
Appelé bagani (poison) en bambara, le pourghère est une plante facile d’entretien et qui résiste très bien à la sécheresse. Les animaux la boudent à cause de son odeur. C’est pourquoi les paysans la plantent en haies vives pour protéger leurs cultures. Les graines sont utilisées comme purgatif en médecine traditionnelle et l'huile pour fabriquer du savon. L’idée de faire de cette huile un carburant ne date pas d’aujourd’hui. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, le colonisateur français avait expérimenté ce carburant pour prévenir une éventuelle pénurie de pétrole. Les tests furent peu probants et le projet abandonné. Au début des années 1990, les expériences reprennent avec l'installation d'un moteur à huile végétale pour actionner un moulin à céréales et un groupe électrogène. Depuis, diverses études ont confirmé la faisabilité technico-économique et les avantages environnementaux liés à la valorisation du pourghère. La vulgarisation du carburant vert doit beaucoup à la fabrication par les ateliers militaires centraux de Markala (centre du pays) d’une presse mécanique pour traiter les graines. À Kéléya, on continue de profiter du courant sans payer un sou. Mais, pas pour longtemps : les abonnés recevront bientôt leurs premières factures d’électricité.
Fousséni Traoré est rédacteur en chef du quotidien Le Républicain (Bamako, Mali)
14:05 Publié dans FOUSSENI TRAORE, PROSPECTIVE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe








