samedi, 02 septembre 2006
GUNTER GRASS VEUT-IL SE JUSTIFIER?
(Par BORIS KAIMAKOV / Source: RIA Novosti) Le fait est assez rare pour être signalé. La radio Echo de Moscou a diffusé un entretien accordé par Günter Grass à la chaîne de télévision allemande ARD, puis a organisé un débat autour des déclarations de l'écrivain. Les aveux du prix Nobel de littérature annonçant son enrôlement dans les Waffen SS a suscité un immense intérêt de la part des auditeurs. Les avis étaient partagés. Certains estimaient que Günter Grass a réalisé une brillante opération de publicité pour promouvoir son nouveau livre. D'autres considéraient que l'écrivain a tout simplement voulu cacher un fait de sa biographie, jugé dangereux. Et il y en avait enfin qui croyaient qu'en dévoilant son passé dans les troupes blindées des Waffen SS, Günter Grass cherchait une réhabilitation publique.
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dimanche, 20 août 2006
GUNTER GRASS, L’ARTSITE IMMORAL
(Par GUY SORMAN / Le futur c’est tout de suite) Servir dans les SS à dix-sept ans, si nécessaire, à la rigueur, on pourrait comprendre : Günter Grass n’avait sans doute pas le choix.Le dissimuler pendant soixante ans tout en distribuant des leçons de morale aux Allemands, en traquant partout les Nazis ou suspects de l’être et les néo-nazis et les crypto-nazis, ça c’est plus surprenant : un tour de force. Que Günter Grass lui-même s’avère incapable d’expliquer, pas plus son silence que sa confession. Soixante ans de mensonge donc, qui illustrent que l’on peut simultanément être un grand artiste et d’une grande immoralité. Troublant pour l’esprit peut-être, mais il est commun que l’on puisse à la fois se faire magicien des mots, des formes ou des sons, et rester dénué de tout sens moral, voire d’un bon sens élémentaire. Rappelons, pour rester en Allemagne, que des artistes incontestables (Leni Riefenstahl, Arno Brecker, Furtwängler par exemple) s’accommodèrent fort bien du régime Nazi. Une excursion par la France et l’on se souviendra que Jean-Paul Sartre, pendant toute la deuxième guerre mondiale, oublia de protester contre le Nazisme et l’antisémitisme. Günter Grass s’inscrit dans cette tradition schizophrène. À moins que, comme Sartre, il se soit placé, parce qu’artiste, au-dessus de toute morale.
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